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Dans «Troubles dans l’insertion», Antoine Sansonnens décrypte les «embarras professionnels» vécus dans la relation d’aide. Interview sur ces postures de l’entre-deux qui, entre injonctions d’activation et réalités cliniques, redéfinissent l’éthique du secteur.
Antoine Sansonnens © Stemutz / HETS-FR(REISO) Antoine Sansonnens, vous qualifiez la mission de « rendre capable » les jeunes souffrant de troubles psychiques de mandat par nature compromis. En quoi ce compromis tient-il moins aux jeunes eux et elles-mêmes qu’à l’indétermination sociale dans laquelle ces personnes se trouvent ?
(Antoine Sansonnens, professeur HES associé, Haute école de travail social de Fribourg, HES-SO) Qualifier la mission de « rendre capable » comme mandat compromis revient à déplacer le regard des dispositions individuelles des jeunes vers les conditions sociales de leur prise en charge. Ceux et celles-ci sont en effet saisi·es dans une zone d’indétermination : ni vraiment pathologiques, ni pleinement autonomes, ils et elles relèvent d’un « public flou » dont les capacités restent difficilement objectivables. Cette indétermination est redoublée par des politiques d’activation qui les construisent simultanément comme sujets à responsabiliser et comme publics à risque d’incapacité. Ce phénomène est observable notamment dans les évolutions récentes de l’Assurance-invalidité (AI) qui met de plus en plus l’accent sur l’intégration des jeunes afin d’éviter une entrée précoce en rente.
Comment cette situation empêche-t-elle concrètement l’application des protocoles standards d’insertion par les praticien·nes ?
Avec ce mouvement, les praticien·ne·s doivent encourager l’autonomie sans disposer de repères stables sur les résultats attendus. Or les protocoles standards d’insertion, fondés sur des logiques de contrat, de contrepartie obligatoire, de temporalité mesurée et d’évaluation quantitative, présupposent au contraire une certaine lisibilité des capacités et des trajectoires. Leur application se heurte ainsi à la nécessité d’un travail relationnel, informel et situé, invisible et peu reconnu dans les dispositifs d’évaluation, car il est difficilement objectivable. C’est dans cet écart entre le prescrit et le réel de leur activité que se loge le caractère compromis du mandat.
Loin d’y voir un signe d’incompétence, vous décryptez dans le concept d’« embarras professionnel » le révélateur d’une éthique en acte face à l’incertitude. Comment cet embarras se manifeste-t-il lorsque les logiques gestionnaires entrent en collision avec la temporalité propre au rétablissement psychique ?
Effectivement, l’embarras professionnel ne renvoie pas à une défaillance ou à une paralysie de l’action, mais à une modalité ordinaire de l’agir dans des situations caractérisées par l’incertitude. La figure structurelle de l’embarras professionnel que je propose émerge précisément lorsque les exigences de l’action publique (activation, mesurabilité, respect des délais) entrent en dissonance avec la temporalité, notamment du rétablissement psychique, marquée par des discontinuités et des latences. Les praticien·nes se trouvent alors dans des configurations où il leur faut agir « comme si » les conditions de l’insertion étaient réunies, tout en sachant qu’elles ne le sont pas. Cet entre-deux produit une tension éthique : faut-il continuer de répondre coûte que coûte aux prescriptions ou suspendre l’action au nom de l’attention portée aux jeunes ?
L'ouvrage Troubles dans l'insertion ; «Rendre capables» des jeunes souffrant psychiquement sera verni le mardi 19 mai 2026 de 12h30 à 13h30 à la HETS Fribourg dans le cadre d’un midi-conférence, en présence d'Antoine Sansonnens, de Marc-Henry Soulet, sociologue et professeur émérite de l'Université de Fribourg, et de Stefanie Kurt, professeure HES ordinaire à la Haute école et Ecole supérieure de travail social - Valais, représentante des Éditions Seismo.
Entrée libre, sans inscription.
L’embarras s’inscrit donc comme une forme de résistance à l’automatisation des pratiques ?
En effet, dans le sens où il engage une réflexivité située sur ce qu’il convient de faire, sans possibilité de s’appuyer sur des normes stabilisées. Cet embarras signale une résistance à l’automatisation des pratiques et peut même être compris comme un éloge du doute, c’est-à-dire comme la reconnaissance féconde de ce qui échappe aux cadres décisionnels préétablis. Dans cette perspective, il rejoint Nancy Bouchard (2019), qui, dans Pour une éthique ouverte à l’inattendu : libérer la face lumineuse de l’incertitude, prolonge la pensée de Guy Bourgeault en faisant de l’incertitude une condition de l’existence et une ressource pour l’agir, invitant à dépasser les certitudes normatives afin d’ouvrir la pratique à l’inattendu. Cette posture se rapproche de la « capacité négative » de Philips (2009) concept emprunté au poète John Keats, soit l’aptitude à demeurer dans le doute sans chercher à le réduire trop vite.
Votre ouvrage met en lumière des phénomènes de « fantomisation » ou d’absentéisme des jeunes, ainsi que des « discordances temporelles » avec l’institution. Comment les praticien·nes vivent-ils et elles ces ruptures de lien ?
Les phénomènes de « fantomisation » et d’absentéisme mettent centralement à l’épreuve les compétences professionnelles liées au tissage et à l’entretien du lien. Ils sont d’abord interprétés à l’aune des attendus institutionnels (engagement, régularité, progression) et peuvent dès lors être vécus comme des échecs professionnels. Cependant, une lecture plus compréhensive conduit à les envisager comme des formes de régulation du côté des jeunes : la mise à distance peut constituer une réponse à une pression jugée excessive ou à une inadéquation des dispositifs. Les praticien·nes oscillent ainsi entre une logique de responsabilisation et une logique de préservation. Cette oscillation nourrit des embarras relationnels inextinguibles, liés à l’imprévisibilité des trajectoires juvéniles et à la possibilité de disparitions soudaines, parfois sans signe ni explication, qui peuvent déstabiliser durablement l’action professionnelle. Elle engage dès lors une posture d’humilité et d’accueil, tenant ensemble disponibilité du lien et renoncement à sa maîtrise.
Il ne s’agit ni de céder à une logique coercitive, ni de renoncer à tout cadrage, mais de composer avec les contraintes institutionnelles et les états relationnels du moment
Dans cette perspective, le travail d’accompagnement peut se rapprocher d’un « travail social palliatif » (Soulet, 2018) où l’enjeu n’est plus prioritairement la résolution ou la normalisation des situations, mais le maintien d’un espace de présence suffisamment stable pour que le lien demeure possible malgré les ruptures, les interruptions et les retours incertains.
Comment les intervenant·es négocient-ils et elles le paradoxe quotidien entre la « symétrie à l’épreuve du contrôle » et l’« autonomie à l’épreuve de l’attachement » que vous évoquez ?
Les relations d’accompagnement contemporaines sont traversées par une injonction à la symétrie (reconnaissance de l’autonomie, participation, consentement, valorisation des savoirs expérientiels) qui coexiste avec des exigences de contrôle inhérentes aux dispositifs. Ce double impératif se traduit par des situations « paradoxantes » où l’autonomie est attendue tout en étant encadrée, où l’attachement est requis sans devenir dépendance. Les praticien·ne·s négocient ces tensions à partir d’un agir situé, c’est-à-dire une manière d’intervenir continuellement ajustée aux configurations concrètes, aux temporalités de la situation et aux variations de la relation, plutôt que sur une application standardisée des cadres normatifs. Ainsi, il ne s’agit ni de céder à une logique coercitive, ni de renoncer à tout cadrage, mais de composer en situation avec les contraintes institutionnelles et les états relationnels du moment.
Dans ces situations « paradoxantes », comment maintenir un lien bienveillant ?
Cette composition repose précisément aussi sur une forme de bienveillance radicale, au sens de ce que Ouellet (2025) met en avant dans le sillage du hopepunk : une manière d’articuler lucidité face aux tensions du réel et engagement actif dans des gestes de care, de soutien et de reconnaissance, même dans des contextes dégradés ou incertains. Il ne s’agit pas d’une bienveillance naïve ou désaffiliée des contraintes institutionnelles, mais d’une orientation pratique et résistante qui maintient l’attention à l’autre malgré la pression des dispositifs et la fatigue des situations. Face aux situations de crises ou aux comportements ambivalents, ce travail repose ainsi sur une intelligence pratique et située : maintenir un lien suffisamment soutenant pour éviter la rupture tout en posant des repères lisibles, parfois fluctuants, mais toujours négociés dans l’interaction. La régulation se fait alors dans l’ajustement continu de l’intervention, au plus près des singularités des situations, plutôt que dans la recherche d’un équilibre abstrait entre autonomie et contrôle.
Votre analyse pointe un « doute dans la nomination » et la difficulté à distinguer « troubles du comportement » et simples « émotions adolescentes ». Comment les travailleur·euses sociaux·ales gèrent-elles et ils une posture de laquelle dépend potentiellement l’accès aux droits ?
Le « doute dans la nomination » renvoie à l’indétermination des situations qui fragilise les opérations de catégorisation et rend incertaine la possibilité de qualifier objectivement les maux des jeunes. Distinguer entre trouble psychique à faire reconnaître et expressions ordinaires de l’adolescence relève souvent d’une opération complexe. Dans un contexte où le diagnostic conditionne l’accès aux droits, les praticien·ne·s se trouvent amené·e·s à endosser une fonction de qualification parfois sans en détenir pleinement la légitimité institutionnelle. Cette position de « diagnosticien·ne·s profanes » les confronte à des embarras de nomination pris dans un dilemme : nommer pour ouvrir des droits au risque de figer les situations dans des catégories réductrices ou suspendre la nomination au risque de priver les jeunes de soutiens essentiels.
Ce dilemme de la nomination reste-t-il une simple difficulté pratique pour les intervenant·e·s, ou révèle-t-il, selon vous, un problème plus structurel dans la manière dont nos politiques publiques organisent l’accès aux droits ?
Ces embarras rendent effectivement plus largement compte des limites d’une organisation des politiques publiques fondée sur une approche catégorielle stricte, où l’accès aux ressources est subordonné à l’inscription dans des catégories diagnostiques instituées et stabilisées. Une telle logique tend à rigidifier des trajectoires pourtant mouvantes, à renforcer les effets de médicalisation de problèmes d’origine sociale, tout en exposant en miroir le risque inverse de minimisation des souffrances lorsque celles-ci échappent aux catégories reconnues.
Face à ces impasses, quelles pistes distinguez-vous pour sortir de cette logique binaire ?
Cette tension invite à penser des alternatives aux politiques strictement catégorielles davantage centrées sur les situations et les besoins afin de mieux saisir la complexité des trajectoires et la variabilité d’expression de la souffrance. L’enjeu dépasse donc la seule question de la nomination pour engager un nécessaire rapprochement interdisciplinaire et interinstitutionnel entre les champs de la santé et du social, notamment entre psychiatrie et insertion. Un tel décloisonnement permettrait sans doute de mieux articuler les logiques de soin, d’accompagnement et d’accès aux droits, en tenant ensemble les lectures cliniques et les lectures sociales des situations.
Vous suggérez que ce sont les bénéficiaires qui absorbent les chocs des dysfonctionnements entre les secteurs de la santé et de l’insertion). Avez-vous identifié des mécanismes concrets par lesquels les praticien·nes tentent d’amortir ces chocs, ou assistez-vous souvent, malgré leur bonne volonté, à un jeu de « patate chaude » qui laisse les jeunes sans prise en charge adaptée ?
Les « carambolages interinstitutionnels » désignent les effets de désajustement entre des systèmes (santé, insertion, assurances) structurés par des logiques distinctes. Ces désynchronisations se traduisent par des parcours discontinus, dont les jeunes accompagné·es supportent en bonne partie les coûts. J’ai pu observer que les praticien·nes cherchent à en atténuer les effets en développant des pratiques de coordination, de traduction et d’ajustement des orientations, ainsi que, parfois, des formes de résistance implicites ou explicites aux cadres institutionnels. Il s’agit, ce faisant, de rendre compatibles des temporalités et des critères d’intervention hétérogènes. Toutefois, ces tentatives se heurtent à des contraintes structurelles fortes, qui entravent la continuité des prises en charge. Il en résulte des situations de circulation, voire de relégation, au sein desquelles la responsabilité se diffuse sans jamais être pleinement assumée.
Cette posture créative révèle une compétence discrète, mais essentielle, située au croisement de l’éthique pratique, de la créativité professionnelle et de la gestion des injonctions contradictoires.
À cet égard, une intervenante rencontrée au Québec m’évoquait le parcours d’une jeune ayant circulé pendant près d’une décennie entre différents dispositifs d’insertion, marqué par une succession d’échecs, sans déboucher sur une insertion durable sur le marché du travail. Ce n’est qu’au terme de ce long cheminement qu’elle a été reconnue comme présentant des « contraintes sévères à l’emploi », catégorie administrative ouvrant droit à une aide spécifique dans le cadre du programme de solidarité sociale. Cette reconnaissance repose notamment sur l’attestation, par expertise médicale et socioprofessionnelle, de limitations durables ou permanentes empêchant l’exercice d’un emploi régulier.
Vous décrivez des ajustements fins tels que la « méthode des petits pas » ou des « espaces potentialisants » qui semblent se situer dans l’informel, voire dans une certaine « clandestinité des compétences ». Les praticien·nes ont-ils et elles conscience de « bricoler » ainsi en dehors des cadres prescrits ?
Les ajustements observés relèvent souvent d’un travail à la marge des prescriptions, que l’on peut qualifier de « bricolage » au sens noble. Les praticien·nes mobilisent des ressources informelles pour maintenir des marges de manœuvre dans des cadres contraints et disposent en réalité d’une conscience variable, mais réelle de ce décalage entre l’action prescrite et l’action effectivement réalisée.
Cette posture est-elle vécue comme une source de souffrance éthique ou comme un espace de créativité professionnelle nécessaire pour faire face aux injonctions contradictoires ?
Cette créativité est ambivalente. Elle peut générer une forme de souffrance éthique, liée à l’écart entre les prescriptions institutionnelles et ce qui est jugé pertinent au regard des situations concrètes. Mais elle constitue également une condition de possibilité de l’action, en permettant de soutenir des « espaces potentiels », où les jeunes peuvent expérimenter sans être immédiatement exposés aux exigences de performance ou à la sanction de l’échec. Dans cette perspective, une part du travail d’accompagnement relève aussi d’un travail fictionnel au sens pragmatique : faire « comme si » certaines conditions étaient réunies, maintenir des scénarios d’insertion provisoires ou encore aménager des cadres d’interaction qui tiennent davantage par leur valeur opératoire que par leur conformité stricte aux prescriptions. Cette dimension fictionnelle n’est pas un mensonge, mais une suspension temporaire de certaines contraintes de réalité afin de rendre l’action possible et d’être agissant pour les jeunes. Ce travail, peu visible et rarement reconnu institutionnellement, est pourtant central dans les processus de capacitation et dans la continuité des parcours. Il révèle ainsi une compétence discrète, mais essentielle, située au croisement de l’éthique pratique, de la créativité professionnelle et de la gestion des injonctions contradictoires.
Le dernier chapitre conceptualise l’« agir liminal » comme une pratique contemporaine fluide et située dans l’entre-deux. En quoi cette façon d’agir répond-elle spécifiquement aux particularités de la génération actuelle de jeunes en souffrance ?
Initialement forgée en anthropologie pour désigner les phases de seuil au sein des rites de passage, la notion de liminalité renvoie à des états transitoires, ambigus et indéterminés, situés entre deux positions sociales stabilisées. Reprise ici de manière décalée, elle est moins mobilisée pour qualifier des situations que pour éclairer une modalité d’intervention : ce que l’on peut appeler un agir liminal. L’agir liminal désigne ainsi une manière d’intervenir à la fois souple, molle, située et provisoire, attentive aux processus plutôt qu’aux états stabilisés. Il s’agit d’accompagner des trajectoires incertaines sans chercher à les normaliser prématurément. Cette approche entre en résonance avec les transformations contemporaines des parcours de jeunesse, marqués par la prolongation des transitions et l’instabilité des repères. L’agir liminal valorise dès lors des formes d’expérimentation, de latence et de réversibilité, et suppose de suspendre, au moins temporairement, les exigences de résultat afin de soutenir des dynamiques fragiles. En ce sens, il constitue une réponse située aux limites des modèles d’insertion linéaires.
Au-delà de la seule jeunesse, cette pratique fluide de l’« agir liminal » ne s’inscrit-elle pas plus largement comme une nouvelle norme pour l’ensemble du travail social ?
Dans une lecture baumanienne (2006) de la modernité liquide, cet agir liminal peut être interprété comme une pratique inscrite dans un contexte marqué par l’instabilité des cadres institutionnels, la fragilisation des parcours biographiques et la fluidification des repères normatifs. Dans un tel environnement, les trajectoires peinent à se stabiliser durablement et les dispositifs eux-mêmes doivent composer avec des situations en recomposition constante. L’agir liminal apparaît dès lors moins comme une innovation marginale que comme une modalité ordinaire de l’intervention sociale dans la modernité liquide où les professionnel·les sont continuellement amené·es à ajuster, différer ou reconfigurer leurs modes d’action pour faire face à des parcours devenus eux-mêmes fluctuants, réversibles et difficilement linéarisables.
Votre conclusion soulève un enjeu politique majeur : le maintien de nombreux·ses jeunes dans des « limbes », c’est-à-dire dans une transition interminable, par peur de les orienter trop tôt vers le handicap ou de les lancer prématurément sur le marché du travail. Ne risque-t-on pas, sous couvert de bienveillance, de perpétuer une précarité durable ?
La question des « limbes » met en lumière une tension entre prudence professionnelle et indécision politique. Retarder une orientation peut être nécessaire pour éviter des assignations prématurées, mais ce report peut aussi se transformer en immobilisation. Le risque est alors de produire une forme de précarité durable où les jeunes demeurent dans des dispositifs sans perspective claire. La frontière entre accompagnement prudent et renoncement tient sans doute à la capacité à maintenir des horizons d’action, même fragiles et révisables. Lorsque l’attente devient une finalité en soi, elle cesse d’être protectrice pour devenir une forme d’abandon institutionnel. À l’inverse, accompagner suppose de tenir ensemble temporalité longue et décisions ajustées, sans céder ni à la précipitation ni à l’indétermination prolongée. Dans cet équilibre fragile, l’enjeu est de préserver une part d’espoir, non comme promesse de résolution, mais comme maintien des possibles, une capacité d’agir et de transformer, là où tout tend pourtant à se figer.
(Propos recueillis par Céline Rochat)
Bibliographie
Antoine Sansonnens, «Troubles dans l’insertion« Rendre capables » des jeunes souffrant psychiquement» , Ed. Seismo, 2026, 374 pages. Disponible à l'achat ou en Open Access
Une étude établit une stabilité globale de la confiance sociale en Suisse depuis 2002. Toutefois, un clivage générationnel s’accentue: la confiance des plus de 65 ans progresse, celle des 14-25 ans stagne à un niveau inférieur.
© Pavel Danilyuk / Pexels
La confiance sociale, pilier des démocraties et de la cohésion collective, ne subit aucune érosion généralisée en Suisse. Tel est le constat ferme de Claire Janssen, Ursina Kuhn et Marieke Voorpostel, chercheuses au centre FORS, dans une analyse parue en mai 2026. Fondée sur les données du Panel suisse de ménages (2005-2024) et de l’European Social Survey (2002-2022), l’enquête dessine une trajectoire nationale rassurante, à contre-courant du déclin observé outre-Atlantique ou dans certaines régions d’Asie et d’Afrique. Si le niveau moyen de confiance a atteint un pic vers 2017 avant de se stabiliser, cette moyenne occulte une divergence structurelle selon l’âge.
L’analyse détaillée met en exergue un phénomène inédit depuis deux décennies : l’élargissement du fossé intergénérationnel. D’une part, la confiance des personnes de plus de 65 ans a progressé de manière significative, culminant en 2024. D’autre part, celle des 14-25 ans a reflué entre 2014 et 2022. Une légère inflexion positive s’observe depuis, mais le niveau demeure inférieur à celui des autres tranches d’âge.
Cette dynamique résulte de la conjugaison de deux effets. Le premier est lié au cycle de vie : la confiance croît naturellement avec l’âge, processus de socialisation qui s’étend jusqu’à la retraite. Le second, historique, tient à l’appartenance cohortale. Les baby-boomers (né·es entre 1946 et 1964) conservent le niveau de confiance le plus élevé, héritage probable d’un contexte d’après-guerre marqué par l’optimisme et la croissance. À l’inverse, la génération Z (née depuis 1997) affiche, à âge comparable, une défiance légèrement plus marquée que les millennials.
Les chercheuses refusent toute explication monocausale pour qualifier ce ralentissement chez les jeunes. Celui-ci s’inscrit dans un contexte de crises multiples — changement climatique, pandémie, crise sécuritaire — tel que décrit dans l’étude. En Suisse, ce sentiment s’exacerbe face à la précarité économique, au manque de logements abordables et à l’utilisation néfaste des réseaux sociaux. Le sentiment de sécurité personnelle et l’optimisme quant à l’avenir, deux moteurs essentiels de la confiance, se sont érodés chez les plus jeunes au cours des vingt dernières années.
Si le niveau de formation agit comme un levier puissant — les titulaires d’un degré tertiaire manifestant systématiquement plus de confiance que celles et ceux disposant d’une formation obligatoire —, il ne résorbe pas l’écart générationnel. Les auteures appellent à une vigilance accrue. En l’absence de « crise de confiance » avérée, le remplacement progressif des baby-boomers par des cohortes plus sceptiques menace, à terme, la stabilité du capital social helvétique. Pour les politiques publiques et le travail social, l’urgence réside désormais dans la compréhension et le soutien aux mécanismes de reconstruction de la confiance chez les jeunes adultes.
(Source : Social Change in Switzerland)
Référence
Janssen, C., Kuhn, U. & Voorpostel, M. (2026). Confiance sociale en Suisse (2002-2024) : les aînés progressent, les jeunes stagnent. Social Change in Switzerland, N° 44. doi : 10.22019/SC-2026-00003
Un rapport genevois documente l’ampleur des violences sexistes, sexuelles et LGBTIQ+phobes subies par les personnes LGBTIQ+ dans tous les contextes de vie, ainsi qu’un recours limité aux dispositifs d’aide.
© TBD Tuyên / Pexels
À Genève, les violences envers les personnes LGBTIQ+ apparaissent à la fois massives et diffuses. Publié le 28 avril 2026, le rapport spécifique de l’enquête Iceberg met en évidence un phénomène systémique, documenté à partir d’un échantillon de 463 personnes adultes.
Dans l’espace public, 93,6% des femmes lesbiennes et bisexuelles, 88,9% des personnes trans et non binaires et 78,5% des hommes gays et bisexuels déclarent avoir subi des violences. Le cadre professionnel est également fortement concerné, avec des taux atteignant 68,9% pour les personnes trans et non binaires. Les espaces privés et numériques complètent ce continuum de violences.
Ces situations ont des effets concrets sur les comportements : 44,5% des personnes concernées déclarent modifier leur manière d’occuper l’espace public à la suite de violences.
Les conséquences dépassent la seule sphère individuelle. Elles affectent la santé physique et mentale, mais aussi les trajectoires de formation, l’insertion professionnelle et l’accès aux espaces de vie.
Parmi les personnes ayant subi des violences en couple, des troubles psychologiques sont rapportés par 51,1% des personnes trans et non binaires, 41,9% des femmes lesbiennes et bisexuelles et 28,5% des hommes gays et bisexuels. Par ailleurs, 22,2% des personnes LGBTIQ+ évoquent des atteintes graves à leur santé mentale. Le harcèlement obsessionnel concerne 54,2% des personnes LGBTIQ+, contribuant à des situations d’isolement.
Ces violences s’inscrivent dans un contexte de discriminations persistantes. Ainsi, 29,6% des hommes hétérosexuels interrogés considèrent comme normal qu’un parent ressente de la déception ou de la colère si son enfant est LGBTIQ+.
Malgré leur gravité, ces violences donnent lieu à un faible recours aux aides formelles. Ainsi, 60,9% des personnes LGBTIQ+ n’ont sollicité aucun soutien après une violence subie dans l’espace public ayant des conséquences sur leur santé ou leur comportement. Lorsqu’une aide est recherchée, elle passe principalement par l’entourage ou par des professionnel·les de la santé.
Le rapport souligne que le réseau institutionnel et associatif ne prend en charge qu’une partie des personnes concernées, mettant en évidence des enjeux d’accès, de lisibilité et de confiance envers les dispositifs existants.
(Source : communiqué de presse)
Voir le Résumé exécutif du Rapport spécifique LGBTIQ+
Voir le Rapport spécifique LGBTIQ+
Le Conseil fédéral a adopté un programme 2026-2030 pour prévenir la violence et la négligence envers les personnes âgées. Coordonné par l’Office fédéral des assurances sociales, il s’appuiera sur les structures existantes.
© Sabine van Erp / Pixabay / CCLe Conseil fédéral a adopté, le 20 mars 2026, un programme d’impulsion destiné à renforcer la prévention et la détection précoce de la violence envers les personnes âgées. Prévu de 2026 à 2030, ce programme sera coordonné par l’Office fédéral des assurances sociales. Sa mise en œuvre sera assurée en grande partie par des organisations nationales d’aide à la vieillesse.
Selon les estimations citées par la Confédération, entre 300'000 et 500'000 personnes de 60 ans ou plus subissent chaque année une forme de violence ou de négligence en Suisse. Il peut s’agir de violences physiques, psychologiques ou économiques, ou encore d’un manque d’aide. Ces situations surviennent le plus souvent dans des relations de confiance, notamment dans les contextes de l’assistance et des soins.
Élaboré par l’Office fédéral des assurances sociales avec des acteur·trices des domaines de la vieillesse, de la santé, des soins, des affaires sociales, de la violence, de la justice, de la police et de la protection de l’adulte, ce programme vise à prévenir les situations de maltraitance, à mieux les repérer et à y répondre de manière appropriée.
Le document prévoit quatre champs d’action : l’échange et la coordination, la transmission de connaissances et la sensibilisation, le développement et la promotion d’offres axées sur les besoins, ainsi que les bases et stratégies.
En raison de la situation financière de la Confédération, le programme sera déployé à l’aide des instruments existants. Les organisations nationales d’aide à la vieillesse, déjà soutenues au titre de l’article 101bis de la loi fédérale sur l’assurance-vieillesse et survivants, sont appelées à jouer un rôle central dans cette mise en œuvre. Une collaboration avec les cantons et d’autres partenaires est également prévue.
Les premières activités devraient débuter au second semestre 2026.
(Source : communiqué de presse)
Voir le « Programme d’impulsion pour prévenir la violence sur les personnes âgées »
Les personnes LGBTIQA+ présentent en Suisse une santé psychique moins bonne que la population générale. Une alliance d’organisations publie une stratégie appelant à agir contre les discriminations.
© pikisuperstar / FreepikEn Suisse, les personnes LGBTIQA+ présentent une santé psychique moins bonne que celle de la population générale. Ce constat ressort notamment d’un rapport de recherche consacré à la santé psychique et à la résilience des personnes LGBTIQA+ en Suisse, publié en 2025.
Dans le prolongement de ces travaux, plusieurs organisations ont élaboré la « Stratégie LGBTIQA+ Mental Health », publiée sous forme numérique le 5 mars. Le document a été coordonné par les associations faîtières LOS, Pink Cross, TGNS et InterAction, en collaboration avec plus de quinze organisations queer, ainsi qu’avec des expert·es de la recherche et de la pratique. Des entretiens individuels ont également été menés avec des personnes concernées, parallèlement à des échanges avec différentes organisations.
La stratégie vise à informer les milieux politiques et sanitaires des mesures jugées nécessaires pour améliorer la santé psychique des personnes LGBTIQA+. Elle appelle notamment à renforcer l’ancrage politique de cette thématique dans les stratégies publiques, les programmes de prévention et les mécanismes de financement.
Le document plaide aussi pour un meilleur accès à des soins exempts de discriminations, ainsi que pour un développement des compétences professionnelles. Les réalités de vie LGBTIQA+ devraient ainsi être davantage intégrées dans la formation, la formation continue et la pratique des professionnel·les de la santé.
La stratégie souligne également l’importance des organisations communautaires, qui contribuent à créer un sentiment d’appartenance et favorisent la santé psychique. Enfin, elle rappelle que l’égalité juridique et sociale constitue un facteur déterminant de promotion de la santé.
Pour les organisations engagées dans cette démarche, la publication de cette stratégie doit désormais permettre de faire entendre ces revendications auprès des institutions et de favoriser leur mise en œuvre. Les auteurices du document rappellent que l’amélioration de la santé psychique des personnes LGBTIQA+ constitue un enjeu de santé publique.
(Source : communiqué de presse)
Rapport de recherche « Santé psychique et résilience des personnes LGBTIQA+ en Suisse », 2025
Alliance LGBTIQA+ pour la santé psychique, Stratégie LGBTIQA+ Mental Health, 2026
Entre 2012 et 2022, le taux de pauvreté dans le canton de Vaud est passé de 5% à 3.9%. Le «Rapport social 2026» souligne l’effet déterminant du dispositif social, tout en mettant en lumière un non-recours pouvant atteindre 30%.
© État de VaudPublié le 26 février 2026, le Rapport social du Canton de Vaud analyse la situation sociale de la population entre 2012 et 2022 et évalue les effets de la politique sociale, y compris durant la pandémie de COVID-19. Troisième édition après ceux parus en 2011 et 2017, ce document met en évidence une amélioration globale du niveau de vie, tout en révélant des évolutions contrastées selon l’âge et la composition des ménages.
Entre 2012 et 2022, le niveau de vie médian progresse de 4.5% en termes réels. Il augmente notamment pour les personnes de 65 ans et plus, ainsi que pour les couples avec un ou deux enfants. Les femmes seules avec un ou deux enfants voient également leur niveau de vie médian progresser de 4.1%. En revanche, celui des personnes seules de 25 à 64 ans recule de 1.4%. La progression globale masque ainsi des situations plus fragiles pour certains types de ménages.
Le taux de pauvreté absolue, calculé selon le seuil défini par la Conférence suisse des institutions d’action sociale, diminue de 5% à 3.9% entre 2012 et 2022. En 2022, sans prestations sous condition de ressources, il s’élèverait à 11.1%, soit près de trois fois plus.
L’impact est particulièrement marqué pour certains groupes. Pour les femmes seules avec un ou deux enfants, le taux de pauvreté s’établit à 8.6% en 2022 avec prestations, contre 25.9% sans celles-ci. Pour les personnes de 65 ans et plus, il passe de 1.6% avec prestations à 11.8% sans soutien financier.
Les prestations complémentaires à l’AVS et à l’AI, les subsides à l’assurance-maladie, les prestations complémentaires pour familles et le revenu d’insertion figurent parmi les dispositifs qui contribuent le plus à cette réduction.
Le rapport relève également que la pauvreté est le plus souvent transitoire. Sur l’ensemble de la période 2012-2022, 10.7% de la population résidant dans le canton a connu au moins un épisode de pauvreté absolue. Parmi ces personnes, 58% n’ont vécu qu’un épisode limité à une ou deux années consécutives, tandis qu’une part plus restreinte connaît des épisodes répétés ou prolongés.
Pour la première fois, le Canton publie également des données sur le non-recours aux prestations sous condition de ressources. En 2022, 22% des ayants droit aux prestations complémentaires pour familles, 25% aux subsides à l’assurance-maladie et 30% au revenu d’insertion n’y recourent pas. En 2020, le taux s’élevait à 23% pour les prestations complémentaires à l’AVS.
Une étude qualitative menée par l’Observatoire des précarités de la Haute école de travail social et de la santé Lausanne identifie des facteurs individuels et structurels: méconnaissance des droits, crainte de stigmatisation, perception de contrôles jugés excessifs ou charge administrative importante.
Ces résultats soulignent que l’efficacité redistributive des prestations dépend aussi de leur accessibilité concrète. Plusieurs dispositifs — notamment des projets pilotes du programme «Vaud pour vous», des initiatives régionales d’action sociale et la hotline cantonale Centrale des solidarités — visent à renforcer l’information et l’orientation des personnes concernées.
(Source : communiqué de presse)
Voir le Rapport final de l'Étude qualitative sur le non-recours au Revenu d’insertion de la HETSL
Un bref sommeil restaure la plasticité cérébrale et optimise la mémorisation, selon une étude germano-suisse publiée dans NeuroImage.
© Karolina Grabowska / Pexels
Une sieste d’environ 45 minutes suffit à réguler l’activité cérébrale et à renforcer la capacité d’apprentissage. C’est ce que démontre une étude menée par l’Hôpital universitaire de Freiburg, les Hôpitaux universitaires de Genève et l’Université de Genève, parue dans la revue NeuroImage. Pour la première fois, des effets bénéfiques comparables à ceux d’une nuit complète de sommeil ont été observés après un court endormissement.
Le cerveau, saturé par une activité synaptique intense durant la journée, peine à encoder de nouvelles informations. Le sommeil permet de réduire cette surcharge sans effacer les données essentielles. « Cette étude montre que ce “redémarrage synaptique” se produit déjà après une sieste et que de nouvelles informations peuvent ensuite être potentiellement mieux stockées », explique Christoph Nissen, médecin-chef du Service des spécialités psychiatriques aux HUG et professeur au Département de psychiatrie de l’UNIGE.
L’étude a porté sur vingt jeunes adultes en bonne santé. Chacun·e a participé à deux sessions expérimentales, au cours de deux après-midis distincts : l’une incluant une sieste, l’autre non. La sieste durait en moyenne 45 minutes. La stimulation magnétique transcrânienne et l’électroencéphalogramme ont été utilisés pour mesurer, de manière non invasive, la force et la flexibilité des synapses.
Les résultats sont sans équivoque : la force synaptique globale diminuait après la sieste, signe d’un effet réparateur, tandis que la capacité du cerveau à former de nouvelles connexions augmentait. Le sommeil, même bref, rendait donc le cerveau plus apte à encoder de nouvelles informations que s’il était resté éveillé.
« Un court sommeil peut aider à retrouver une clarté d’esprit et à rester concentré », précise Kai Spiegelhalder, directeur de la section de recherche psychiatrique sur le sommeil et de médecine du sommeil à Freiburg. Ces bénéfices cognitifs immédiats pourraient être particulièrement utiles dans des contextes professionnels exigeants — domaines artistiques, sportifs ou secteurs critiques pour la sécurité — où une sieste stratégique permettrait de maintenir l’efficacité malgré la charge de travail.
Les auteur·es insistent toutefois sur un point important : des problèmes de sommeil ponctuels ne sont pas synonymes de baisse automatique de performance. En cas d’insomnie chronique, les mécanismes de régulation du sommeil restent globalement intacts. Ce sont les inquiétudes associées à l’incapacité de s’endormir qui perturbent le plus les fonctions cognitives. Dans ces situations, la thérapie cognitive comportementale de l’insomnie (TCC-I) est à privilégier plutôt que les somnifères, lesquels nuisent aux processus naturels de récupération et peuvent engendrer une dépendance.
(Source : communiqué de presse)
Référence
Christoph Nissen et al., « A short nap resets synaptic strength and improves learning capacity », NeuroImage, 2026. DOI : 10.1016/j.neuroimage.2026.121723
Une brochure actualisée éclaire les droits au travail des personnes réfugiées et combat les préjugés qui entravent leur accès à l’emploi.
© asile.ch
Peut-on engager une personne détentrice d’un permis N ? Le statut F permet-il un emploi durable ? Faut-il attendre la fin d’une procédure d’asile pour proposer un poste ? Autant de questions fréquentes auxquelles répond la brochure « Réfugié·es & emploi. Au-delà des idées reçues », récemment enrichie de onze pages et désormais accessible en version web augmentée.
Portée par l’association asile.ch, cette publication vise à outiller les employeur·euses et les professionnel·les de l’insertion face à une législation souvent mal comprise. Elle ambitionne aussi de déconstruire les stéréotypes tenaces concernant les compétences, la stabilité ou la capacité d’adaptation des personnes réfugiées, quels que soient leurs statuts de séjour.
Les personnes titulaires d’un permis B ou F — réfugié·es statutaires ou personnes admises à titre provisoire — peuvent travailler immédiatement dans tous les cantons et dans tous les secteurs d’activité, moyennant une simple annonce en ligne. Pour les permis N ou le statut S, une autorisation cantonale est requise. Contrairement à une affirmation figurant dans la version imprimée, ces personnes peuvent exercer une activité professionnelle dès leur sortie d’un Centre fédéral d’asile.
En matière de cours de langue, un addendum mis à disposition des lecteur·trices corrige également une confusion entre le Programme d’aide vers l’emploi (PAVE), dispositif cantonal genevois, et le programme fédéral de soutien à l’intégration professionnelle.
Structurée en modules thématiques, la brochure répond aux interrogations concrètes liées à l’embauche : démarches administratives, lecture de CV atypiques, compétences linguistiques, aides disponibles. Elle s’appuie sur des témoignages, comme celui de Yasemin, employée dans une institution, diplômée d’une HETS et réfugiée statutaire, qui déclare : « Le recruteur ne voyait en moi que la réfugiée. »
Initialement pensée pour les responsables des ressources humaines, la publication se révèle également utile aux personnes concernées, ainsi qu’aux associations et structures les accompagnant. Elle contribue à réduire les obstacles à l’emploi, à favoriser l’autonomie des personnes réfugiées et à promouvoir une approche fondée sur le droit et la reconnaissance des compétences.
Des compléments numériques — podcasts, données actualisées, contacts cantonaux — sont disponibles sur le site asile.ch/emploi.
(CROC, avec asile.ch)
Référence
Vivre Ensemble (2022, version augmentée 2026), Réfugié·es & emploi. Au-delà des idées reçues, Genève. Télécharger la brochure
AvenirSocial vient de dévoiler une refonte intégrale de son Code de déontologie, quinze ans après la version précédente. Cette révision d'envergure répond aux mutations contemporaines du champ professionnel.
© AvenirSocial
Bien davantage qu'une réédition du texte de 2010, le nouveau Code de déontologie du travail social en Suisse entreprend une reconfiguration substantielle des fondements déontologiques du travail social helvétique. L'architecture du document s'ordonne désormais autour d'un triptyque conceptuel : dignité humaine, droits humains et justice sociale. Ancrée dans les définitions et principes éthiques de l'IFSW/IASSW (2014 et 2018) ainsi que dans la Constitution fédérale, cette refonte intègre les problématiques émergentes que constituent le développement durable et la transition numérique.
Le document de base décline sept principes directeurs : intégrité, participation, autodétermination, respect de la diversité, interdiction de la discrimination, durabilité et prévention. Ces principes guident l'exercice professionnel quotidien et constituent le socle de la réflexion déontologique.
Le Code s'enrichit de ressources d'accompagnement destinées à approfondir la réflexion déontologique : assises théoriques, préconisations concrètes, illustrations tirées de la pratique professionnelle et instruments d'analyse des dilemmes éthiques. Cet ensemble comprend notamment des chartes spécifiques (prévention des abus sexuels, langage inclusif, protection des données), des podcasts thématiques, des outils méthodologiques ainsi que la « Charte pour un travail écosocial en Suisse », adaptation helvétique élaborée par AvenirSocial. Ces ressources évolueront au gré des interrogations émanant de la pratique.
AvenirSocial annonce s’imposer la déontologie comme axe prioritaire au cours des prochains mois. La Journée nationale des travailleur·ses sociaux·ales de mai 2026 accueillera plusieurs ateliers consacrés à cette thématique.De plus, un webinaire programmé le 3 mars 2026 permettra à Camille Naef, co-secrétaire générale d'AvenirSocial, d'exposer la genèse, la substance et l'armature conceptuelle de ce nouveau référentiel.
(Source : Avenir Social)
Le Plan Méduse lance la troisième édition de son agenda, mêlant calendrier, santé menstruelle et exploration des liens entre règles et activité physique.
© Association Plan Méduse / AntipodesÀ contre-courant des applications numériques, l’agenda 2026 de l’association Plan Méduse propose un outil papier confidentiel, esthétique et pédagogique. Publié aux éditions Antipodes, il combine les fonctions classiques d’un agenda avec un suivi du cycle menstruel, des espaces d’auto-observation et propose des pictogrammes dédiés. En plus des connaissances théoriques sur le cycle menstruel, il contient une liste de ressources en matière d’associations, de sites, de livres ou de podcast permettant d’approfondir les connaissances.
Chaque mois, un thème en lien avec la santé menstruelle est exploré à travers des textes informatifs, relevés par des illustrations colorées et inclusives et un espace pour les notes personnelles. Fondés sur des recherches scientifiques, mais aussi sur des conseils issus de la transmission informelle — entre amies, grand-tantes ou sœurs — ces contenus abordent successivement différents thèmes comme l’alimentation, le syndrome prémenstruel, la sexualité, la contraception, les infections sexuellement transmissibles, les protections mensuelles, la dysménorrhée, les maladies gynécologiques ou les avancées scientifiques.
En juillet, le thème « les règles et le sport » interroge les effets du cycle menstruel sur la pratique sportive. Énergie disponible, souplesse, charge émotionnelle ou risque de blessure peuvent varier au fil du mois ; en prendre conscience et savoir être à l’écoute de son corps représente ainsi un élément important pour prendre soin de soi.
Écrit par deux autrices et illustré par quatre artistes, l’agenda défend une approche féministe de la santé menstruelle, inclusive et décentralisée. Il ambitionne de rendre les savoirs accessibles, tout en encourageant le dialogue intergénérationnel et l’appropriation de son corps.
(CROC)
Agenda Sang Tabous 2026, Association Plan Méduse, Ed. Antipodes, 2025, 200 pages
Troisième volet d’une campagne d’information, trois vidéos ciblent les jeunes en emploi ou formation. Elles abordent le harcèlement psychologique au travail et s’adressent aussi aux professionnel·les qui les encadrent.
Un nouveau volet de la campagne d’information menée par la Fondation Action Innocence et l’Association romande CIAO est diffusé depuis ce mardi 2 décembre 2025. Il se concentre sur le harcèlement psychologique en milieu professionnel et prend la forme de trois vidéos destinées aux jeunes de quatorze à dix-huit ans en situation d’apprentissage, de stage ou d’emploi temporaire. Ces capsules peuvent également être mobilisées par les professionnel·les en lien avec ce public, dans une perspective de sensibilisation et d’accompagnement.
Réalisées dans le cadre d’une série consacrée aux différentes formes de harcèlement, ces vidéos constituent le troisième volet d’une campagne amorcée avec le harcèlement de rue, puis le harcèlement sexuel au travail. Deux autres thématiques sont prévues : le harcèlement entre élèves et celui dans le cadre des jeux vidéo.
Chaque volet comprend trois capsules : deux témoignages inspirés de situations réelles, accompagnés d’un éclairage d’expert·e, et une vidéo centrée sur les aspects juridiques et les ressources disponibles. Pour ce troisième thème, les scripts ont été rédigés avec Caroline Dayer, experte en prévention des violences et discriminations, et le Centre de compétences du 2e Observatoire 1.
Le harcèlement psychologique se manifeste par des comportements ou propos répétés, souvent insidieux, exercés par un·e ou plusieurs collègues ou supérieur·es hiérarchiques. Il peut s’étendre au-delà du cadre professionnel, notamment dans l’espace numérique. Ces situations compromettent la santé mentale et physique des personnes concernées, particulièrement lorsqu’elles sont isolées ou débutent leur parcours professionnel.
En Suisse, le droit du travail impose aux employeur·euses de protéger l’intégrité psychique des collaborateur·trices. Cette obligation inclut la mise en œuvre de mesures de prévention et d’intervention, avec une attention spécifique portée aux jeunes, placé·es dans une relation de dépendance accrue.
(Source : communiqué de presse)
La saison 3 du podcast Faut en parler ! met en scène quatre hommes discutant librement de leurs émotions. Un format immersif pour questionner les normes viriles et ouvrir un dialogue sur la santé mentale masculine.
Lancée à la mi-novembre par minds et Stop Suicide, la troisième saison du podcast Faut en parler ! réunit un rappeur, une personnalité politique queer, un auteur et un podcasteur autour d’une discussion sincère et spontanée sur ce qu’ils ont longtemps gardé pour eux : la solitude, la tristesse, la vulnérabilité. En écho à la campagne « Pleure comme un homme ! », ce nouveau format explore les liens entre santé mentale, normes de genre et masculinité, avec pour ambition de faire tomber les barrières émotionnelles qui pèsent sur les hommes et renforcent les rapports de pouvoir genrés.
(REISO) C’est déjà la troisième saison du podcast « Faut en parler ! ». Quelles sont les évolutions avec les saisons précédentes ?
Marie Torres © Minds(Marie Torres, responsable communication de Minds) Cette troisième saison marque une vraie évolution dans la manière d’aborder la santé mentale. Après avoir initié le podcast en parlant du suicide puis de la solitude chez les jeunes, nous avons voulu aller encore plus loin dans la libération de la parole, en nous intéressant à la santé mentale des hommes*. Ou plus exactement le rapport des hommes à la santé mentale.
Le ton aussi a changé : les témoignages individuels laissent place à une discussion entre pairs. Quel était l'objectif de ce choix ?
Quatre hommes, qui parlent ensemble, librement, de leurs émotions et de leurs relations : le podcast devient un espace de conversation spontanée, où les rires, les hésitations et les silences font partie du propos. C’est une façon de montrer qu’entre mecs, on peut parler de santé mentale sans que ce soit lourd, ni gênant, et que c’est même une force. Mentionnons encore que cette saison s’inscrit dans la continuité de notre campagne « Pleure comme un homme* ! », récompensée en juin 2025 du Prix de la communication inclusive organisé par l’association DécadréE, qui questionne les stéréotypes autour de la virilité et valorise d’autres manières d’être homme, plus libres et empathiques.
Certains hommes pensent avoir déjà déconstruit tout ou une partie des stéréotypes liés à la virilité et aux injonctions sociétales ancrées dans la culture patriarcale. L’écoute de ce podcast leur est-elle aussi destinée ?
Absolument. Le podcast ne cherche pas à « éduquer » ou à « corriger » qui que ce soit, mais à donner à entendre des vécus différents et à créer de la résonance. Même lorsqu’on se pense « déconstruit », on découvre toujours des zones d’ombre : des façons d’agir, de ressentir ou de réagir qui restent influencées par les normes de genre et par le conditionnement puissant de la société, que l’on soit un homme ou une femme** d’ailleurs. Ce qui est intéressant ici, c’est que les intervenants ne donnent pas de leçons. Ils partagent leurs contradictions, leurs fragilités, leurs tentatives. Et c’est là que beaucoup d’hommes peuvent se reconnaître. L’idée n’est pas de cocher des cases de « bonne masculinité », mais de montrer qu’il y a plusieurs manières d’être un homme, et que la santé mentale fait aussi partie de cette diversité. Et d’une certaine manière, ce podcast s’adresse aussi à celles et ceux qui accompagnent, aiment ou travaillent avec des hommes : il aide à comprendre leurs trajectoires émotionnelles, souvent plus complexes qu’on ne le croit.
Les échanges touchent tout le monde, parce qu’ils parlent de ce qu’on apprend, ou qu’on désapprend, quand on grandit dans une société qui valorise certaines postures et en invisibilise d’autres
Ce podcast n'est donc pas uniquement destiné aux hommes cisgenre, et toute personnes peut y trouver matière à nourrir sa réflexion quant à sa posture et à ses émotions dans notre société...
En effet, même si le format met en scène quatre hommes, les questions qu’ils abordent — comment on exprime ses émotions, comment on demande de l’aide, comment on se sent dans ses relations — sont universelles. Les échanges touchent tout le monde, parce qu’ils parlent de ce qu’on apprend, ou qu’on désapprend, quand on grandit dans une société qui valorise certaines postures et en invisibilise d’autres. Et puis l’un des intervenants, Marius Diserens, s’identifie comme personne queer, ce qui ouvre le propos à une réflexion plus large sur le genre, les modèles et les normes sociales. En somme, ce podcast peut parler à toute personne qui s’intéresse aux émotions, à la santé mentale et à la place du genre dans nos vies quotidiennes. C’est une invitation à réfléchir à nos façons d’être en lien, à écouter autrement, et à prendre soin de soi et des autres.
Quels ont été les retours des auditeurices des deux premières saisons de « Faut en parler ! » ?
Les retours ont été très positifs et souvent émouvants. Les épisodes des saisons précédentes ont aidé à mettre des mots sur des vécus difficiles (suicide, solitude), à ouvrir la discussion avec un·e proche, voire à chercher de l’aide. Le ton a été particulièrement apprécié : des sujets lourds, traités avec humanité, simplicité et espoir, sans sensationnalisme. Ces retours nous ont conforté·es dans l’idée de poursuivre avec une troisième saison centrée sur la santé mentale des hommes, pour prolonger la libération de la parole et la prévention.
(Propos recueillis par Céline Rochat)
* Tout individu qui se reconnait en tant qu’homme ou socialisé en tant que tel.
** Tout individu qui se reconnait en tant que femme ou socialisé en tant que tel.
Un guide actualisé de la Conférence suisse contre la violence domestique propose un cadre d’analyse pour aménager les liens entre enfants et parents lors d’une séparation après des violences conjugales.
© CSVDComment protéger les enfants lorsque la séparation conjugale s’inscrit dans un contexte de violence ? Cette question délicate, cruciale pour les professionnel·les du travail social, de la protection de l’enfance et du droit, figure au cœur du guide publié en octobre 2025 par la Conférence suisse contre la violence domestique (CSVD) et dont la rédaction a été confiée à la Haute école de travail social de Lucerne.
Intitulé Violence domestique : quel contact après la séparation des parents ?, ce document constitue la deuxième édition d’un outil destiné à soutenir les professionnel·les dans l’évaluation des contacts personnels entre enfants et parents dans des situations marquées par la violence. Adapté du Guide de Francfort sur l'examen et l'organisation des contacts pour les enfants qui ont subi des violences domestiques de la part du parent titulaire du droit de visite, il a été remanié pour correspondre aux cadres juridiques et institutionnels suisses.
Le guide rappelle que l’exposition à la violence conjugale, qu’elle soit directe ou indirecte, constitue une mise en danger du développement de l’enfant. Il distingue explicitement ces situations des conflits parentaux, insistant sur l’importance de ne pas les confondre au moment de décider des modalités de contact.
L’évaluation proposée prend en compte différents éléments : reconnaissance des faits par le parent auteur, sécurité de la personne en charge de l’enfant, conséquences de la violence sur l’enfant, volonté du parent de changer, ou encore dynamique relationnelle. Des recommandations concrètes sont émises pour les visites encadrées, avec une attention portée à la coopération interprofessionnelle et à la posture claire des intervenant·es face aux violences.
Ce document de référence offre un cadre structurant pour les décisions complexes. Il vise en outre à renforcer la cohérence des pratiques et à préserver au mieux l’intérêt supérieur de l’enfant dans des contextes de grande vulnérabilité.
(CROC)
Référence
Krüger P., Reichlin B. (2025). Violence domestique : quel contact après la séparation des parents ? Guide d’évaluation et d’aménagement des relations personnelles pour les enfants victimes de violence domestique, 2ᵉ édition, Conférence suisse contre la violence domestique, 21 octobre 2025.
Un ouvrage-voyage paru en septembre propose une enquête questionnant une conception ethnocentrée de la réalité. Se pourrait-il que la culture occidentale astreigne à percevoir de celle-ci uniquement un vernis superficiel ?
Recension et commentaire par Jean Martin[1]
© Actes SudProduit d'un cursus avec bac scientifique qui m'a formaté à croire ce que je pouvais toucher et vérifier, j'ai fonctionné durant ma carrière selon ce que la science (dure) dit. Tout en considérant néanmoins qu'être tolérant plutôt que dogmatique et chercher à se mettre à la place de l'autre importent.
Médecin cantonal, je n'ai ainsi jamais donné dans la chasse aux sorcières s'agissant de praticiens·nes alternatif·ves ou complémentaires — sous réserve de dommages avérés. Et l'expérience m'a fait voir qu'il y a des choses qui échappent — pour l'instant ? — à vérification objective et reproductible, des réalités non ordinaires.
Il y a dans nos vies — et certainement dans celle des sociétés, mais c'est un autre sujet — des parts et moments d'irrationnel. L'intuition en fait partie. Une dimension importante du soin relève de ce registre.
Cette problématique du « dur », acquis scientifiquement, et de l'intuitif ou l'irrationnel réside au cœur du dernier ouvrage de Sophie Swaton, enseignante à I'Université de Lausanne. Cette philosophe et économiste joint dans ses engagements l'académique et le pratique. Elle a ainsi créé en 2017 la Fondation Zoein, qui met en œuvre en France et en Suisse des projets de revenu de transition écologique avec des collectivités locales.
Dans L'œil du jaguar, elle développe une réflexion approfondie suite à des expériences fortes, notamment lors de contacts avec des chamanes brésiliens et indonésiens. Ces vécus l'ont secouée au point qu'elle s'est inquiétée pour sa santé mentale et a consulté en conséquence. Elle raconte ses vécus au cours de quelque huit années, « depuis l’œil du jaguar vu dans celui d’un cacique brésilien jusqu’au sentiment océanique, en passant par la transe avec des connexions étranges avec des animaux et des plantes perçus comme pouvant me parler » (p. 141).
Sophie Swaton décrit ses expériences en leur appliquant sa compétence philosophique, marquée surtout par Spinoza, Nietzsche et Bergson. Entre autres choses, elle consacre une section substantielle à une mise en parallèle avec les expériences de mort imminente, largement documentées aujourd'hui. Au chapitre trois, elle partage des récits de « sentiment océanique », notion qui a occupé la correspondance de Freud avec Romain Rolland, une première fois très marquante sur une plage indonésienne, puis d’autres par la suite, dans différentes circonstances.
La santé de la Terre a besoin de la nôtre.
J'ai trouvé très stimulant ce qu'elle appelle un ouvrage-voyage, rédigé après une lente intégration lui permettant aujourd'hui de « pratiquer pleinement la philosophie dans ma vie au quotidien et de collaborer avec des thérapeutes et chercheurs ouverts, rationnels et innovants. Respirer la santé, c'est être en harmonie avec sa santé et celle de la Terre et des éléments dans un échange permanent. Je renouais avec les philosophes-médecins, de ceux de la Grèce à Canguilhem en passant par Nietzsche. La santé de la Terre a besoin de la nôtre » (p. 246).
Dans son chapitre conclusif intitulé Retour à quai, elle relève : « Notre lien réductionniste, mécaniste et utilitaire avec le vivant est à refonder. La fiction de la raison découpante est une astuce de notre espèce dans son besoin de prise sur le monde. Mais utiliser un arbre, un animal, une plante pour construire nos habitats, nous nourrir, nous soigner, ne nous apprend rien sur l’origine de ces espèces, ni sur leur valeur esthétique et spirituelle » (p. 255).
Et si nous pouvions retrouver l'intuition de ce flux ? Non pour contester stérilement la science mais pour lui donner plus d’ampleur.
Puis, en référence aux travaux du forestier Ernst Zürcher : « La blessure narcissique est relative à nos propres capacités cognitives. Nos connaissances ne sauraient être complètes, comme cela a été montré pour l'arithmétique au XXe siècle ; nombreux sont les indices montrant que la pensée n'est pas l'apanage des êtres humains. Et si les végétaux disposaient d'un accès à une forme collective d'intelligence ? » (p. 256).
Enfin, vers une conclusion : « (...) l'idée bergsonienne d'un continuum, d'un flux vital commun à l'évolution des espèces tient. Et si nous pouvions retrouver l'intuition de ce flux ? Non pour contester stérilement la science mais pour lui donner plus d’ampleur. Une vision de la science dans un effort de redescente épistémologique, appuyé et non freiné par l'imagination, perçue comme une fonction-ressource résiliente dont nous avons tant besoin » (p. 258-259).
Riche, interpellant. Une ouverture, des éclairages, sur des thèmes très précisément de notre temps.
[1] ancien médecin cantonal vaudois
Consulter la présentation de L’œil du Jaguar. Voyage philosophique au cœur de la conscience, Actes Sud, septembre 2025
Une motion déposée cette semaine vise à restreindre les soins aux mineur·es présentant une dysphorie de genre. Les professionnel·les concerné·es rejettent fermement cette instrumentalisation de la santé. Interview.
(REISO) Le communiqué de Transgender Network Switzerland insiste sur le fait que la motion déposée auprès du parlement national ne repose sur aucun argument médical ou juridique solide. En tant que professionnelle de ce domaine, qu’en pensez-vous ?
Adèle Zufferey © Agnodice(Adèle Zufferey[1]) Il y a plusieurs niveaux qui se superposent au sein de cette motion et qui questionnent en effet sur ses fondements. Premièrement, il y a une confusion en ce qui concerne les « opérations de réassignation sexuelle ». En effet, pour beaucoup, la motion parle ici des opérations liées aux organes génitaux, alors que ce type d’opérations ne sont pas accessibles avant la majorité. Les rares opérations possibles avant la majorité, et qui doivent être évaluées et validées par différent·es professionnel·les et la famille, sont des chirurgies du torse, appelées torsoplasties, pour de jeunes garçons trans[2].
Ce flou est destiné à provoquer une inquiétude au sein de la population afin de donner l’impression que beaucoup de jeunes sont opéré·es au niveau des organes génitaux. Pourtant, en parallèle, on invisibilise totalement les réalités des enfants intersexes[3] qui peuvent être opéré·es des organes génitaux à la naissance, alors que les associations de personnes concernées luttent contre ces interventions, considérées comme des mutilations génitales. Ainsi, si l’inquiétude portait réellement sur les interventions chirurgicales génitales chez les mineur·es, c’est plutôt sur le cas des enfants intersexes que l’on se pencherait.
Deuxièmement, la Commission nationale d’éthique s’est positionnée à la fin de l’année 2024 sur les recommandations quant aux traitements médicaux des mineur·es transgenres et non binaires[4]. Ce document d’une quarantaine de pages permet une analyse éthique fine et pondérée des réalités cliniques, médicales, psychologiques et sociales de ces types d’accompagnements. Il établit clairement que la restriction d’accès à ces soins ne peut se justifier par des bases éthiques, mais — comme tous types de traitements médicaux — qu’ils doivent être évalués par des professionnel·les formé·es, à la lumière du modèle de la décision médicale partagée, avec un focus sur l’accompagnement individuel et familial de ces jeunes.
Ainsi, le parallèle qui est fait sur l’âge de vote ne fait pas sens car, au niveau de la loi suisse, la capacité de discernement d’une personne, à la base de la décision médicale partagée, n’est pas définie par la majorité légale. Il s’agit ici encore d’une confusion à dessein de donner une impression d’une incapacité homogène de prendre des décisions pour soi de la part des adolescent·es et qui disparaitrait spontanément passé l’âge de 18 ans.
C’est en échangeant, en informant sur la base des pratiques, ainsi que sur les faits validés scientifiquement que l’on peut rassurer.
En résumé, cette motion représenterait une forme d’ingérence dans les pratiques médicales qui sont déjà encadrées par des protocoles internationaux et nationaux. La politique ne devrait pas interférer dans les pratiques de santé qui sont déjà soumises à des réglementations strictes des règles de l’art et qui sont évaluées par les associations professionnelles nationales.
Concrètement, quelles sont vos expériences avec les mineur·es présentant une dysphorie de genre ?
En pratique, depuis 2016, la Fondation Agnodice a accompagné entre 450 et 500 familles avec des jeunes concerné·es par ces questions, de toute la Suisse romande. Le travail psychosocial et psychothérapeutique fait partie des pierres angulaires dans le soutien de ces jeunes, ainsi que de leurs proches. Il est fondamental de pouvoir travailler de manière systémique, avec la personne concernée et sa famille, ainsi que de manière pluridisciplinaire avec les différent·es professionnel·les qui se retrouvent autour de la situation (notamment pédopsy, pédiatre, professionnel·les du scolaire, du social).
Il ne faut pas s’imaginer que les traitements médicaux sont pris à la légère et que leur accès est « facile » — ce que sous-entend d’ailleurs cette motion. En effet, il y a plusieurs professionnel·les, de différents champs de compétences, qui sont impliqué·es dans ces suivis et la décision médicale partagée appelle rigueur et encadrement.
Si ces dix dernières années m’ont appris une chose, c’est qu’il n’y a pas de parcours type et que toutes les situations sont individualisées, les cadres adaptés aux réalités des personnes concernées, de leurs environnements, de leurs proches, ainsi que des systèmes de santé. Il n’y a pas de traitements médicaux expéditifs et non évalués. Les parcours peuvent être très longs et parsemés de nombreux obstacles.
Quel message adresser aux professionnel·les de la santé et du social qui seraient préoccupé·es que des mineur·es reçoivent un traitement médical en lien avec une dysphorie de genre ?
J’entends que, vus de l’extérieur et avec toutes les informations distordues que l’on peut lire un peu partout, ces accompagnements peuvent inquiéter les professionnel·les qui ne sont pas (in)formé·es autour de ces thématiques. Il est fondamental de pouvoir les rassurer quant aux compétences et à l’expertise de celleux qui travaillent au contact des personnes concernées, ainsi que de pouvoir faire de la sensibilisation de manière plus large en répondant clairement à toutes les questions qui sont fréquemment soulevées.
Il est fondamental que plus de professionnel·les puissent se former autour de ces thématiques.
C’est en échangeant, en informant sur la base des pratiques, ainsi que sur les faits validés scientifiquement que l’on peut rassurer. Il nous arrive très régulièrement qu’à la suite des formations que l’on propose pour les professionnel·les, celleux-ci nous fassent des retours très positifs quant à une meilleure compréhension des enjeux et des parcours, mais également l’éclairage que cela apporte sur les pratiques réelles auprès des jeunes.
En tant que professionnel·le de la santé ou du social, à quoi y a-t-il lieu de porter particulièrement attention dans le contexte actuel ?
Il est très important de poursuivre le travail et de continuer le soutien apporté à ces jeunes, notamment dans les dimensions psychologiques et sociales. Le climat politique actuel, ainsi que l’augmentation des violences à l’égard de cette population s’accompagne d’un coût psychique important. Nous observons une augmentation significative des inquiétudes et — in fine — de l’anxiété vécue, autant par les jeunes que par leurs proches. Fort·es de ce constat, nous devons leur permettre un accès à des espaces d’accueil et de soutien afin de les accompagner à travers ces temps d’incertitudes.
Il est également fondamental que plus de professionnel·les puissent se former autour de ces thématiques afin d’élargir l’éventail d’accès aux soins que certains groupements cherchent à limiter. Les intimidations, l’attisement des peurs et les attaques politiques entravent les professionnel·les expert·es et dissuadent les novices à approfondir leurs connaissances au service de ces jeunes.
[1] directrice et psychologue responsable clinique de la Fondation Agnodice, dont la mission est de promouvoir une société considérant la pluralité des genres et de leurs expressions comme une richesse relevant de la diversité humaine
[2] personnes dont le sexe a été assigné au féminin à la naissance et dont l’identité de genre est masculine
[3] dont les caractéristiques primaires et/ou secondaires ne rentrent pas typiquement dans les phénotypes mâles ou femelles
[4] prise de position sur le traitement médical des personnes mineures présentant une dysphorie de genre, 16 décembre 2024, Commission nationale d'éthique dans le domaine de la médecine humaine
(Propos recueillis par N. Berger)
Consulter le communiqué « Large opposition aux restrictions arbitraires pour les jeunes trans » et la fiche d’information « Prise en charge des jeunes personnes transgenres dans le système de santé » de Transgender Network Switzerland.
Consulter le site internet de la Fondation Agnodice, notamment la section consacrée aux ressources pour les professions de la santé, du scolaire et du social.
À Genève, un cours de danse améliore la coordination et la confiance d'enfants concerné·es par une déficience visuelle. Ouvert aux jeunes danseur·euses avec et sans handicap, il favorise aussi une culture de l’inclusivité.
capture d'écran © Conservatoire populaire GenèveLe Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre et la Haute école de santé de Genève proposent un cours de danse pour enfants et adolescent·es malvoyant·es ou non. Selon une étude, après douze mois de pratique hebdomadaire, les participant·es vivant avec une déficience visuelle ont constaté une évolution favorable de leur vitesse de marche, de leur coordination et de leur posture. Les enfants voyants ont, elles et eux, démystifié leur perception du handicap tout en développant écoute, capacité au compromis, confiance et communication.
Intitulé « Danse des sens », ce cours inclusif lancé en 2022 invite les enfants avec et sans déficience visuelle à explorer ensemble, par le mouvement, la connexion avec le corps et les émotions. Mené en duo par une enseignante de danse et une physiothérapeute, ces sessions génèrent de solides bénéfices physiologiques et comportementaux ainsi qu’une excellente satisfaction des participant·es.
Contrairement aux activités généralement proposées aux enfants et adolescent·es ayant une déficience visuelle, « Danse des sens » s’adresse à toutes et tous, avec ou sans handicap. Grâce à la collaboration entre deux professionnelles de champs différents, les danseur·euses se reposent davantage sur des indications verbales, musicales et tactiles. Autre particularité, le fait que ce cours ait lieu dans un cadre neutre plutôt que dans une structure spécialisée contribue également à lutter contre le cloisonnement et à rendre cette pratique inclusive et accessible.
Les enfants avec déficience visuelle doivent souvent composer avec des troubles posturaux, moteurs ou à des difficultés de coordination. « La danse présente l’avantage de solliciter l’ensemble de ces capacités motrices tout en stimulant les fonctions cognitives et la coordination avec les autres danseur·euses », explique Lucy Nightingale, professeure de danse.
Après douze mois de pratique à raison de 75 minutes par semaine, les résultats sont probants. « La vitesse de marche, la coordination, l’équilibre et la posture chez les enfants atteints d’une déficience visuelle ont nettement progressé », constate Anne-Violette Bruyneel, physiothérapeute. Au-delà des aspects physiques, une amélioration de l’humeur a également été observée. Quant au stress, il a considérablement diminué chez l’ensemble des participant·es.
La mixité génère également des effets bénéfiques pour l’ensemble des jeunes danseur·euses. Elle permet notamment de démystifier la perception du handicap. Bien qu’ayant des besoins et des approches différentes, les enfants constatent qu’elles et ils font face aux mêmes enjeux d’apprentissage.
Un développement de l’écoute, de la capacité au compromis, de la confiance et de la communication sont également observés, aussi bien durant les cours que sur scène lors du spectacle de fin d’année. Cet événement de clôture met en valeur l’expression des élèves qui dansent face à un large public, selon leur perception, dans une cohérence globale, invitant ainsi les regards sur le handicap, l’inclusion et la participation sociale à évoluer.
(NIB avec communiqué)
Lire l’article « Dance with the senses. A dance class with visual impaired and sighted children in a conservatory: one-year experience » d’Anne-Violette Bruyneel, publié dans la revue scientifique Arts & Health, le 9 avril 2024.
Consulter les informations sur le cours « Danse des sens », Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre, Genève
Deux initiatives font écho au dossier annuel « Solidarité et lien social » de REISO. Une nouvelle rubrique sur Santépsy.ch et le Mois de la santé mentale vaudois explorent les relations humaines comme facteur de protection.
capture d'écran © Santépsy.chEn Suisse, plus d’un tiers de la population expérimente occasionnellement un sentiment de solitude, et plus d’une personne sur quinze se sent fréquemment seule. Or il est désormais largement démontré que les liens relationnels jouent un rôle fondamental dans l’équilibre psychique. La plupart du temps, ils apportent soutien, reconnaissance et perception d’appartenance, autant d’éléments indispensables à une bonne santé mentale. Pourtant, dans un monde où les moyens de communication n’ont jamais été aussi nombreux, le sentiment d’isolement touche de plus en plus de personnes.
Afin d’approfondir ce thème, la plateforme Santépsy.ch a développé une nouvelle rubrique intitulée « Santé mentale et liens sociaux ». Celle-ci propose informations, ressources et outils pratiques pour entretenir des relations existantes, surmonter des difficultés relationnelles ou aller à la rencontre d’une personne qui se sent seule, dans la perspective qu’il est toujours temps pour (re)créer des contacts.
Dans le canton de Vaud, le Mois de la santé mentale qui débute demain met également l’accent sur les liens relationnels comme facteur de protection. De nombreux événements sont proposés à l’attention des professionnel·les et du grand public : un webinaire sur les troubles psychiatriques, un débat sur le rôle des institutions culturelles dans l'établissement de liens sociaux, des conférences, un « lunch santé », des ateliers jeux ou créatifs, un pique-nique pour les familles. Ces initiatives proviennent aussi bien du domaine socio-sanitaire qu’éducatif, associatif et institutionnel. Elles sont complétées par des offres internes à l’attention des personnes usagères ou des collaboratrices et collaborateurs.
Cette quatrième édition explore différentes approches pour cultiver les relations, que ce soit au sein de la famille, entre ami·es, voisin·es ou dans d'autres espaces communautaires. Les échanges et le partage peuvent notamment contribuer à atténuer les tensions, apporter de l’apaisement, voire faire émerger des solutions. Pour illustrer la thématique, la distribution de sachets de graines invite à l’organisation d’événements autour de la plantation, de l’entretien et de la récolte tels que ateliers de semage, bricolage de bombes de graines, culture en commun ou repas fleuri.
(NIB avec santépsy.ch et DSAS VD)
Consulter le dossier annuel 2025 de REISO « Solidarité et lien social ».
Consulter la rubrique « Santé mentale et liens sociaux » sur la plateforme Santépsy.ch.
Consulter le programme du Mois de la santé mentale vaudois « Cultivons les liens sociaux », du 10 septembre au 10 octobre 2025.
Une large alliance d’organisations alerte sur les conséquences des coupes budgétaires annoncées dans la politique de santé en matière de VIH, hépatites et IST ainsi que celle portant sur l'égalité des chances en santé.
© cottonbro studio / PexelsSelon la Coalition pour une politique de santé responsable, économiser dans la prévention s’avère inefficace, met en péril les progrès déjà réalisés et entraîne des coûts supplémentaires dans le secteur de la santé. Elle estime que les programmes tels que « Stop au VIH, aux hépatites B et C, et aux infections sexuellement transmissibles » (NAPS), doivent disposer des moyens financiers nécessaires à leur mise en œuvre durable car ils sont des piliers essentiels pour assurer le bien-être de la population et renforcer l’équité en matière de santé.
Fin février 2025, en raison de mesures d’économies décidées par le Conseil fédéral et le Parlement, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a annoncé des coupes budgétaires dans le programme national NAPS ainsi que dans le domaine de l’égalité des chances en matière de santé. À la suite de ces annonces, une cinquantaine d’organisations actives dans la santé publique, la prévention, la promotion de l’égalité et des droits humains ont signé une prise de position à l’attention du Parlement.
Présidente de la faîtière Santé Sexuelle Suisse, Léonore Porchet met en évidence que « les coupes annoncées sont en totale contradiction avec les objectifs que la Suisse s’est fixés et mettent en péril les progrès réalisés jusqu’à présent. ». En effet, ces coupes risquent non seulement d’affaiblir les actions de prévention actuelles, mais aussi de compromettre la capacité d’adaptation face à de nouveaux défis épidémiologiques, au détriment de la santé publique et de la cohésion sociale.
Depuis plus de quarante ans, la Suisse mène une politique de prévention efficace dans le domaine du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST). Elle a contribué de manière déterminante à endiguer la propagation du VIH et des IST ainsi qu'à améliorer la santé sexuelle de la population. Avec l’adoption du programme NAPS fin 2023, le Conseil fédéral décidait de continuer dans cette voie, avec pour but de parvenir à l’élimination de la transmission du VIH et des virus de l’hépatite B et C d’ici 2030. Ce faisant, il poursuit les objectifs également fixés à l’échelle mondiale.
Action à Berne le 16 septembre
La coalition annonce une action sur la Place fédérale à Berne, le mardi 16 septembre de 13h à 14h, afin de rappeler les engagements de la Suisse pour la prévention et l’égalité des chances en matière de santé. La revendication qui sera portée ce jour-là demande que le Parlement et la Confédération reconsidèrent les coupes budgétaires dans la prévention et que le programme NAPS, en particulier, soit exclu de toute réduction. Les organisations concernées insistent sur le fait que préserver ces programmes dans leur intégralité est non seulement essentiel pour atteindre les objectifs que la Suisse s’est fixés, mais constitue également un engagement fort en faveur d’une politique de santé publique responsable, équitable et tournée vers l’avenir.
(Source : communiqué)
Consulter la prise de position de la coalition à l’attention du Parlement, ainsi que la liste des organisations signataires (pdf, 6 pages)
En complément de l’offre existante, un répertoire en ligne recense désormais les prestations spécialisées ou sensibilisées au trouble du spectre de l’autisme en Suisse romande.
capture d'écran © autisme suisse romandeEn réponse au manque d’informations claires et centralisées, l’association « autisme suisse romande » a développé un nouvel outil afin de faciliter l’accès aux professionnel·les, structures et services accueillant les personnes concernées par le spectre de l’autisme en lien avec les différents domaines de vie (santé, loisirs, accompagnement). Celui-ci répond aux besoins exprimés par les familles, les personnes TSA et les professionnel·les confronté·es à des ressources jusqu’alors largement dispersées.
Accessible en ligne, l’annuaire vise à cartographier l’offre existante. Il complète le service d’information et d’orientation sur l’autisme déjà proposé par l’association romande et ses représentations cantonales, joignable par téléphone et par courriel, uniquement à certains horaires.
Cette nouvelle ressource s’dresse aux familles, aux adultes TSA ainsi qu’aux professionnel·les à la recherche d’une orientation informative et rapide, accessible en tout temps et en autonomie. L’annuaire apporte ainsi une valeur ajoutée en termes de flexibilité et d’efficacité. Plus globalement, il favorise la mise en œuvre d’un accompagnement adapté. Pour toute question ou complément d’information sur les éléments figurant dans l’annuaire, la helpline reste à disposition par courriel et téléphone.
(NIB avec autisme suisse romande)
Consulter l’annuaire TSA en ligne de l’association autisme suisse romande.
Contacter la helpline par téléphone ou courriel.
Une brochure présente aux professionnel·les susceptibles d’être confronté·es au dévoilement d’une attirance pédophile comment s’y préparer, les bonnes pratiques pour la traiter et l’enjeu de prendre soin de soi dans ce contexte.
© DIS NOL’association DIS NO a élaboré un fascicule visant à accompagner les professionnel·les exerçant dans les domaines de la santé, du social et de la relation d’aide pouvant être confronté·es au dévoilement d’une personne attirée sexuellement par les mineur·es. L'annonce d’une attirance pédophile constitue en effet une situation à la fois sensible, complexe et souvent taboue.
Pensé comme un guide pratique, le document propose des outils pour informer sans stigmatiser, se comporter avec justesse et bienveillance, orienter vers des dispositifs spécialisés, maintenir une posture professionnelle et prendre soin de soi. Il répond notamment à des questions telles que : comment réagir sans juger ? Où adresser les personnes concernées ? Comment se protéger émotionnellement ?
L’attirance pédophile ou hébéphile reste un sujet tabou qui génère souvent des réactions émotionnelles fortes, du rejet ou de l’incompréhension. Cependant, la prise en charge de ces personnes est reconnue comme une part essentielle de la prévention des violences sexuelles, afin d'éviter un passage à l’acte et de protéger de potentielles victimes. En ce sens, se comporter de façon adéquate, recueillir un tel vécu et orienter la personne vers une aide appropriée est fondamental. Une attitude adéquate associée à des actions appropriées jouent un rôle important pour prévenir les violences sexuelles.
La brochure propose différentes pistes de réflexion et d’action pour réagir face à ces situations, évaluer les risques et diriger les personnes concernées vers les ressources existantes. En complément de cette brochure, des formations autour de ces enjeux peuvent être organisées pour favoriser l’appropriation et la mise en pratique de ce support au sein des institutions.
L’association DIS NO inscrit son activité dans la protection de l’enfance, avec la mission de prévenir les abus sexuels sur mineur·es, en agissant auprès des auteurs potentiels de tels actes.
La ligne d’écoute et de prévention cible son action auprès des personnes préoccupées par des pensées d’ordre sexuel ou des comportements impliquant des mineur·es. Elle propose une écoute sans jugement, une aide confidentielle, des conseils et des informations spécifiques, ou encore un accompagnement facilitant l’accès à une prise en charge spécialisée. Elle est joignable gratuitement par téléphone, live tchat ou e-mail.
L’entourage ainsi que les professionnel·les qui souhaitent obtenir des renseignements et des conseils peuvent également s’adresser à DIS NO.
Contacts : (réponse dans les trois jours ouvrables), 078 240 46 36 ou 0800 600 400, tchat en ligne sur www.disno.ch
(NIB avec DIS NO)
Télécharger la brochure « Dévoilement d’une attirance pédophile : que faire ? » en format pdf ou commander des exemplaires papier.
À l’occasion de la publication de ses statistiques 2024, Dettes Conseil Suisse rappelle la nécessité de mesures permettant aux personnes en situation d’insolvabilité durable de prendre un nouveau départ.
© DCSEn Suisse, le surendettement reste synonyme d’exclusion sociale et économique à vie pour de nombreuses personnes concernées. C’est ce que révèlent les chiffres pour 2024. L’année dernière, plus de 6'200 ménages ont sollicité une aide pour la première fois, parmi lesquels une proportion particulièrement élevée de personnes seules et de familles avec enfants. Dans ce contexte, Dettes Conseils Suisse appelle à nouveau les responsables politiques à mettre en place une procédure efficace de désendettement.
Les données montrent clairement que l’endettement touche de larges couches de la population, bien loin d’un phénomène marginal. Ainsi, 47% des personnes qui demandent conseil vivent seules, et 43% avec des enfants. Si 73% d’entre elles disposent d’un revenu, celui-ci est inférieur à 6'000 francs par mois pour 78% des ménages concernés. Sur l’aspect de la temporalité, près de la moitié des situations sont confrontées à la spirale de l’endettement depuis cinq ans et au-delà. Plus l’endettement est ancien, plus la dette est élevée. Pour beaucoup, elle est insurmontable.
Les statistiques contredisent le préjugé selon lequel l’endettement serait principalement le fait des personnes concernées. Les problèmes de santé (34%), les séparations (31%) et le chômage (28%) sont les contextes les plus fréquents. L’échec d’une activité indépendante et des conditions de travail précaires conduisent également de nombreuses personnes à un endettement excessif.
La dette moyenne des personnes qui sollicitent une aide se monte à 60'147 francs. Les créances impayées concernent particulièrement les autorités fiscales (81%) et les assurances maladie (61%). L’État s'avère donc le principal créancier, en même temps qu'il supporte une part des coûts liés directement et indirectement au surendettement.
Une situation parmi d’autres
En 2019, à la suite d’une intervention en tant qu’ambulancière, Alexandra Odermatt se voit diagnostiquer une hernie discale. Malgré plusieurs opérations chirurgicales, les douleurs persistent. L’arrêt de travail prononcé dans ce contexte entraîne des pertes de salaire drastiques car après trois mois, Madame Odermatt ne touche plus que le revenu correspondant à une activité à 70%. Avant l’accident, elle avait décidé de travailler à taux partiel afin de pouvoir consacrer plus de temps à son fils. Elle reçoit 80% de son salaire à 70% en indemnités journalières de maladie. C’est insuffisant.
Alexandra Odermatt s’adresse à différentes administrations et services afin d’obtenir une aide transitoire, car c’est ce dont elle aurait besoin. Mais il n’existe pas d’aide transitoire. Après six mois, elle se retrouve en situation de surendettement et fait l’objet d’une saisie. À cela s’ajoute un divorce coûteux qui vient grever plus encore ses finances. Une nouvelle chirurgie apporte finalement une amélioration de son état de santé. Mais un retour à son métier d’origine n’est pas possible, raison pour laquelle elle suit une formation de reconversion en tant qu’infirmière. Fin 2023, malgré une saisie de plusieurs années, les dettes d’Alexandra Odermatt se montent encore à plus de 40’000 francs.
Avec la révision en cours de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite, l’effacement des dettes résiduelles figure pour la première fois à l’agenda national. Un principe qui permettrait aux personnes en situation d’insolvabilité durable de prendre un nouveau départ économique.
La pauvreté signifie certes un manque d’argent au quotidien, mais également une absence de perspectives. Ainsi, une remise équitable des dettes restantes s’avérerait non seulement socialement utile, mais aussi économiquement raisonnable. Dettes Conseils Suisse invite le Conseil national à contribuer à faire aboutir une révision efficace.
(NIB avec Dettes Conseil Suisse)
Consulter les chiffres clés (pdf, 1 page) ou le rapport complet (pdf, 20 pages) des statistiques 2024 des organisations membres de Dettes Conseil Suisse « Une deuxième chance plutôt qu’une peine à vie ».
Un recueil de récits met en lumière une variété de situations de consommation qui s’inscrivent dans des trajectoires de vie parfois insoupçonnées. Une base pour interroger stéréotypes et préjugés, ou pour ouvrir le dialogue.
capture d'écran © Fédération AddictionDans l’imaginaire collectif, « une personne droguée » renvoie encore souvent à des images stéréotypées, marginalisantes et réductrices. Édité par la Fédération Addiction (France), Le livret des histoires propose une approche radicalement différente. La publication réunit 24 portraits inspirés de récits réels où la consommation — qu’il s’agisse d’alcool, de cocaïne, de cannabis, de médicaments, de jeux d’argent ou de crack — s’invite dans des trajectoires de vie variées, parfois inattendues.
Des histoires de mère de famille, de trader, de retraité, d’étudiante, ou encore de médecin. Toutes montrent que les consommations — qu’elles soient problématiques ou non, occasionnelles ou régulières — concernent l'ensemble des classes sociales, des âges, des genres. Leur point commun : une consommation qui s’est installée, avec ses fragilités, ses stratégies d’adaptation, ses silences.
Ces récits, à la fois intimes, sensibles et sans jugement, visent à ouvrir le débat et à casser les préjugés. Ils rappellent que les consommations ne se lisent pas sur un visage, et qu’une approche fondée sur l’écoute, l’accompagnement et la réduction des risques s’avère essentielle. Les portraits soulignent l’intersectionnalité des parcours de vie. L'occasion de rappeler que jamais une personne ne peut être réduite à sa consommation, car elle incarne toujours une situation unique, dans laquelle de nombreux facteurs jouent un rôle déterminant.
Concis et interpellants, les textes sont accompagnés d’illustrations sobres et expressives qui enrichissent l’expérience de lecture. Il en résulte un outil de sensibilisation accessible, humain et nuancé, utilisable aussi bien dans un cadre professionnel qu’à destination du grand public.
La campagne « Qui est le drogué ? »
Conçu en complément d’un jeu pédagogique[1] dans le cadre d’une campagne de communication, Le livret des Histoires est destiné à circuler largement. Il met en lumière des trajectoires souvent ignorées ou caricaturées, inspirées de personnes accompagnées ou rencontrées par les structures adhérentes de la Fédération Addiction. La démarche de sensibilisation vise à ouvrir le dialogue, à interpeller, à mobiliser contre les préjugés et à plaider en faveur de politiques de santé publique ancrées dans la réalité des personnes concernées.
Dans une société où l’usage de drogues constitue un tabou et entraîne une forte stigmatisation, la galerie de portraits se veut un levier de transformation des représentations. Plus largement, la campagne a pour objectif de :
- Rendre visible l’invisible : les histoires révèlent des usages multiples, traversant catégories sociales, âges et parcours de vie.
- Humaniser le débat public : en incarnant les données et les constats par des récits vécus, le livret porte une approche plus juste, plus nuancée et plus humaine de la question des drogues.
- Favoriser la parole et l’identification : en se reconnaissant dans un portrait ou une situation, chaque lectrice et lecteur se trouve invité·e à s’interroger, à partager et à s’engager dans un changement de regard.
Tandis que la consommation de drogues reste souvent cantonnée à des stéréotypes sociaux et économiques, la campagne « Qui est le drogué ? » repose sur un constat fort : l’usage n’a pas de visage. Il traverse âges, milieux ou encore situations. Loin d’une vision binaire ou moralisatrice, la démarche invite à considérer les personnes consommatrices non comme des coupables ou des malades, mais comme des individus lambda, fréquemment sans histoire particulière.
« Trop souvent, les personnes concernées par l’usage de drogues sont réduites à leur statut de “consommateur ou consommatrice”. Cette campagne rappelle leur humanité, leur capacité d’agir, leur voix. Elle met en lumière à quel point les drogues font en réalité partie de notre quotidien à tous et toutes », relève Catherine Delorme, présidente de Fédération Addiction.
(NIB avec GREA et Fédération Addiction)
Télécharger « Le livret des histoires » en pdf
[1] Pour briser ces représentations figées et libérer la parole, un célèbre jeu de société a été détourné et renommé pour l’occasion « Qui est le drogué ? ». Chaque joueur·euse doit deviner le personnage de l’autre, jusqu’à poser la question fatidique : « Le personnage sur ta carte est-il drogué ? ». Quand la réponse tombe, elle bouscule : tous les personnages du jeu le sont. Chaque carte renvoie à un récit à découvrir dans Le livret des Histoires. Le jeu fait alors place au processus de prise de conscience puis de déconstruction.
Une série de questions-réponses fait le tour des interrogations qui émergent autour du passage à la vie en institution pour personnes âgées. Initialement valaisanne, l’initiative s’avère utilisable au-delà.
© AVALEMSL’emménagement dans un établissement médico-social constitue une étape importante, souvent délicate et aux enjeux multiples. Elle soulève ainsi chez les personnes concernées et leurs proches de nombreux questionnements. Si les différentes structures sont à disposition pour y répondre, il peut être utile de pouvoir se renseigner de façon autonome et en amont d’un premier contact.
Dans ce contexte, l’Association valaisanne des EMS (AVALEMS) publie une nouvelle brochure intitulée L’EMS sans tabou. Au travers d’une cinquantaine de questions, elle aborde les thématiques principales en lien avec cette étape de vie : préparation de l’entrée, organisation générale, soins, aspects éthiques ou encore enjeux financiers. Les sujets traités couvrent des domaines très variés, des plus concrets – tels que « Dois-je obligatoirement choisir un EMS dans ma commune ? » ou « L’EMS appelle, une place est libre. Combien de temps ai-je pour entrer ? – aux plus subtils – tels que « Quels sont mes droits, une fois à l’EMS » ou « À quels sentiments ma famille et moi-même devons-nous nous préparer ? ».
« S’il existe des fascicules informatifs édités par l’administration cantonale vaudoise[1], aucune publication grand public de ce type n’avait encore été développée », indique Camille-Angelo Anglione, directeur de l’AVALEMS. Par ailleurs, le format questions-réponses constitue lui aussi une spécificité de cette publication.
À l'interrogation de savoir dans quelle mesure ce document peut aussi servir de référence ailleurs en Suisse, le responsable précise : « l’ensemble des questions est valable indépendamment du lieu, tandis que 80% des réponses sont identiques pour les autres cantons. Les différences sont surtout liées à certaines démarches administratives et aux chiffres qui sont avancés. ». L'initiative valaisanne trouvera ainsi peut-être une audience au-delà de sa portée cantonale initiale.
Les questions-réponses sont accessibles en ligne ainsi que sous forme de brochure papier, gratuitement dans les deux cas. Certains points sont développés plus largement dans la version numérique. Une nouvelle publication est d’ores et déjà annoncée, consacrée aux courts séjours et à l’accueil de jour.
(NIB)
Consulter les questions-réponses en ligne ou commander la brochure en version papier ().
[1] « Mémentos » : les brochures d’information sur l’hébergement en EMS ou en HNM
Une étude commandée par la Confédération le confirme: investir dans des mesures pour aider les proches aidant·es profite aussi aux entreprises.
© katemangostar sur FreepikLes entreprises ont tout à gagner à soutenir leurs employé·es proches aidant·es : si cette conclusion peut sembler évidente, elle est confirmée par un rapport adopté au mois de juin par le Conseil fédéral en réponse à un postulat. En Suisse, quelque 360’000 personnes assurent des soins ou une assistance à un·e proche tout en exerçant une activité professionnelle. Pour plus de 40% d’entre elles, cette double charge rend la conciliation difficile, engendrant des absences, voire des réductions de taux d’occupation. Or, ces situations pèsent lourdement sur les employeurs et employeuses : absentéisme, perte de compétences, coûts de recrutement.
L’étude mandatée par la Confédération établit, à l’aide d’exemples et de simulations, qu’il est financièrement judicieux pour les entreprises d’introduire des mesures de soutien, même coûteuses. Le télétravail et une plus grande flexibilité horaire se révèlent parmi les solutions les plus accessibles. Mais ces options ne sont pas généralisables à tous les secteurs, notamment la santé, le social ou l’artisanat. Pour ces domaines, le rapport propose des alternatives comme des ajustements d’horaires ou des permutabilités internes.
Les partenaires sociaux sont appelés à jouer un rôle clé pour adapter les mesures aux spécificités de chaque branche. La Confédération, de son côté, poursuit ses actions de sensibilisation. Le message est clair : la conciliation entre emploi et aidance ne relève pas seulement de la responsabilité individuelle, elle est un levier stratégique pour les entreprises et un enjeu de société.
(Source : communiqué de presse)
Voir le rapport complet «Analyse coûts-bénéfices des mesures de conciliation prises par les entreprises pour leurs collaboratrices et collaborateurs proches aidants»
Faisant suite à une résolution sur ce thème, l’OMS publie une analyse des enjeux sanitaires, économiques et communautaires de l’isolement et propose des mesures pour favoriser le lien social dans une optique de santé publique.
© OMSLa Commission de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur le lien social a publié fin juin un rapport mondial qui révèle que la solitude touche une personne sur six dans le monde et a des répercussions considérables sur la santé et le bien-être. On estime que la solitude est à l’origine d’environ cent décès par heure, soit plus de 870’000 par an. La publication indique que des liens sociaux solides peuvent contribuer à un meilleur état de santé et à une plus grande longévité.
L’OMS définit le lien social comme se rapportant à la manière dont les personnes entrent en relation et interagissent les unes avec les autres. La solitude est décrite comme le sentiment douloureux qui résulte d’un écart entre les liens sociaux souhaités et réels, tandis que l’isolement social fait référence à l’absence objective de liens sociaux suffisants.
« À une époque où les possibilités de connexion sont infinies, de plus en plus de personnes se retrouvent isolées et seules », déclare le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. Il insiste également sur les conséquences variées du phénomène : « Outre le lourd tribut que la solitude et l’isolement social infligent aux individus, aux familles et aux communautés, ces phénomènes, s’ils ne sont pas combattus, continueront de coûter des milliards de dollars à la société en termes de soins de santé, d’éducation et d’emploi. »
La solitude touche les personnes de tous âges, en particulier les jeunes et les personnes vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Entre 17% et 21% des personnes âgées de 13 à 29 ans déclarent se sentir seules, la proportion la plus élevée étant observée chez les adolescents et les adolescentes. Environ 24% des personnes vivant dans des pays à faible revenu indiquent qu’elles se sentent seules, soit deux fois plus que dans les pays à revenu élevé (environ 11%).
« Même dans un monde numériquement connecté, de nombreux jeunes se sentent seul·es. Alors que la technologie est en train de remodeler nos vies, nous devons veiller à ce qu’elle renforce les liens humains, plutôt que de les affaiblir. Notre rapport montre qu’il est indispensable d’intégrer le lien social dans toutes les politiques, que ce soit dans le domaine de l’accès au numérique, de la santé, de l’éducation ou de l’emploi », déclare Chido Mpemba, coprésidente de la Commission de l’OMS sur le lien social et conseillère auprès du président de l’Union africaine.
Bien que les données sur l’isolement social soient plus limitées, on estime que ce phénomène touche près d’une personne âgée sur trois et un·e adolescent·e sur quatre. Les personnes appartenant à certains groupes, comme les personnes handicapées, réfugiées ou les migrantes, les membres de la communauté LGBTQ+, les groupes autochtones ou les minorités ethniques, peuvent être victimes de discrimination ou se heurter à des obstacles supplémentaires qui entravent l’établissement de liens sociaux.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la solitude et à l’isolement social, dont une mauvaise santé, un faible niveau de revenu ou d’éducation, le fait de vivre seul·e, l’inadéquation des infrastructures communautaires et des politiques publiques ou encore les technologies numériques. Le rapport souligne la nécessité d’être attentif aux conséquences que peuvent avoir sur la santé mentale et le bien-être des jeunes un temps d’écran excessif ou des interactions négatives en ligne.
Le lien social peut avoir un effet protecteur sur la santé tout au long de la vie. Il peut atténuer les phénomènes inflammatoires, réduire le risque de problèmes de santé graves, améliorer la santé mentale et prévenir les décès prématurés. Il renforce également le tissu social, contribuant ainsi à rendre les communautés plus saines, plus sûres et plus prospères.
À l’inverse, la solitude et l’isolement social augmentent le risque d’accident vasculaire cérébral, de maladie cardiaque, de diabète, de déclin cognitif et de décès prématuré. Ils ont également une incidence sur la santé mentale, les personnes qui se sentent seules étant deux fois plus susceptibles de souffrir de dépression. La solitude peut également favoriser la survenue d’une anxiété et de pensées d’automutilation ou de suicide.
Ces effets s’étendent aux domaines de l’éducation et de l’emploi. Chez les adolescent·es qui se sentent seul·es, la probabilité d’obtenir des notes ou un niveau de qualification insuffisants est supérieure de 22%. Les adultes qui se sentent seul·es peuvent avoir plus de difficulté à trouver ou à conserver un emploi et risquent d’avoir des revenus plus faibles au fil du temps.
Au niveau communautaire, la solitude mine la cohésion sociale et coûte des milliards de dollars en perte de productivité et en soins de santé. Les communautés caractérisées par des liens sociaux forts ont tendance à être plus sûres, plus saines et plus résilientes, y compris face aux catastrophes.
Le rapport publié par la Commission de l’OMS sur le lien social propose une feuille de route pour une action mondiale axée sur cinq domaines clés : la politique, la recherche, les interventions, l’amélioration des méthodes de mesure (y compris l’élaboration d’un indice mondial du lien social) et la mobilisation du public, afin de faire évoluer les normes sociales et de stimuler un mouvement mondial en faveur du lien social.
Il existe des solutions à différents niveaux — national, communautaire et individuel — pour combattre la solitude et l’isolement social. Ces actions peuvent aller de la sensibilisation à la modification des politiques nationales en passant par le renforcement des infrastructures sociales (parcs, bibliothèques, cafés) et la prestation de soins psychologiques.
La plupart des personnes savent ce que c’est que de se sentir seul, et chacun·e peut contribuer à combattre ce problème par des gestes simples du quotidien : tendre la main à un·e ami·e dans le besoin, ranger son téléphone pour être pleinement présent lors d’une conversation, saluer un·e voisin·e, rejoindre un groupe local ou faire du bénévolat. En cas de difficulté plus grave, il est important de se renseigner sur le soutien et les services disponibles pour les personnes qui se sentent seules.
Contexte et ressources
Le lancement du rapport fait suite à la toute première résolution sur le lien social, adoptée par l’Assemblée mondiale de la Santé en mai 2025, dans laquelle les États membres sont instamment invités à élaborer et à mettre en œuvre des politiques, des programmes et des stratégies fondés sur des données probantes à des fins de sensibilisation et en vue de favoriser un lien social positif pour la santé mentale et physique.
Lors de l’Assemblée mondiale de la Santé, l’OMS a également annoncé une nouvelle campagne intitulée « Knot Alone » visant à promouvoir le lien social pour améliorer la santé. Elle est visible sur les réseaux sociaux de l’OMS.
Dans ce même esprit, l’organisation a également lancé sur sa chaîne YouTube la « Social Connection Series », qui explore l’expérience vécue de la solitude et de l’isolement social.
(Source : communiqué de presse)
Consulter le résumé en français (langage clair, 10 pages, pdf) ou le rapport complet en anglais (236 pages, pdf)

Le prix de la dignité — le 13 mai à la HETSL Lausanne, un après-midi d'étude et vernissage réunit expert·es et praticien·nes autour des enjeux du salaire minimum et des working poor en Suisse.