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Quels dispositifs contre le décrochage scolaire ?

Lundi 13.02.2012

Les mesures de soutien lors de décrochages scolaires sont souvent mises en échec. Dix élèves romands concernés ont commenté les dispositifs actuellement en place.

Par Jean-Yves Farquet,éducateur social, article rédigé sur la base du travail de bachelor en travail social à la HES-SO Valais

Cette recherche [1] sur le décrochage scolaire vise à comprendre pourquoi, du point de vue des élèves interrogés [2], certains passent au travers « des mailles des filets de sécurité » et se retrouvent finalement en rupture scolaire avec pour seule option un placement en institution. Afin de répondre à cette question, nous sommes partis de l’hypothèse que l’échec des dispositifs de soutien mis en place pour éviter le décrochage scolaire des jeunes s’expliquerait essentiellement par trois types de facteurs d’influence : l’école, la famille et l’élève lui-même.

L’analyse d’entretiens effectués auprès de dix garçons (entre 15 et 18 ans) du Centre de Préapprentissage de l’Institut St-Raphaël [3], apporte quelques réponses. Leur regard permet de mieux saisir quelle a été l’influence des dispositifs de soutien sur leur parcours scolaire. Il a également permis d’identifier à la fois ce qui a bien fonctionné et ce qui a fait défaut.

Au fil de ce travail, nous avons remarqué l’influence de facteurs multiples liés non seulement à des paramètres purement scolaires, mais également individuels, familiaux et sociaux. Nous présentons ici cinq principaux résultats issus de l’analyse.

1. L’adéquation entre la problématique de l’élève et le choix du dispositif de soutien

Nous avons tout d’abord constaté que chaque jeune a bénéficié de nombreux dispositifs de soutien (entre trois et six selon les situations). Bien que la plupart des élèves cumulent troubles personnels, familiaux, sociaux et scolaires, une large majorité des dispositifs de soutien semble correspondre aux besoins de l’enfant. Tous les élèves ont bénéficié d’au moins un dispositif de soutien censé être adapté à l’un ou l’autre de ces troubles.

2. L’environnement socioéducatif

Il apparaît clairement qu’un environnement socioéducatif sain (par exemple le sentiment d’être aimé, compris, valorisé et respecté) constitue la base pour un bon apprentissage. Bien que les élèves interrogés semblent très sensibles à l’aspect relationnel, tous les climats (éducatif, de sécurité, de justice, d’appartenance, relationnel) sont jugés importants. Les dispositifs de soutien ne permettent malheureusement pas toujours de satisfaire ces cinq critères simultanément.

3. L’environnement familial

Nous avons remarqué que la plus grande partie des parcours scolaires des élèves interrogés ont subi une influence négative de l’environnement familial. Dans la grande majorité des situations, au moins un dispositif de soutien touche le domaine extrascolaire, notamment l’aspect familial. Ceci nous laisse penser que le « système école » a conscience de ce problème. Nous avons constaté que les effets de ces types de dispositifs « hors classe » tels que psychologue, médiateur, conseiller social sont étroitement liés à la qualité relationnelle entre l’élève et l’adulte. Si le courant passe et que le suivi se poursuit, l’effet est généralement positif. A l’inverse, l’effet est quasi nul lorsque l’élève n’adhère pas ou ne s’investit pas dans la relation avec l’aidant. Nous pouvons également regretter que les parents ne soient que trop rarement impliqués de manière concrète dans ces dispositifs. En fait, le mode de collaboration entre famille et école (partenariat, ambivalence, délégation, résignation) ne joue pas un rôle prépondérant dans la réussite ou non du dispositif de soutien. Le cadre mis à la maison semble avoir plus d’importance.

4. La contrainte

Bien qu’il y ait contrainte dans la grande majorité des cas, elle n’a pas forcément un effet négatif sur le dispositif de soutien. Nous constatons que ce n’est pas la contrainte qui influence la réussite ou non du dispositif de soutien, mais bien la réponse donnée par le jeune à la contrainte (adhésion, adhésion stratégique, refus). Bien que l’adhésion stratégique (faire semblant d’adhérer) donne aussi de bons résultats sur le court terme, l’adhésion est bien sûr la meilleure garantie de réussite. La difficulté est souvent de repérer s’il va y avoir adhésion ou non car il y a fréquemment une grande différence entre ce que le jeune exprime lorsqu’on lui propose de l’aide et les actes qu’il pose par la suite, créant ainsi un décalage entre les cognitions et les conduites.

5. Dispositif de soutien et estime de soi

Les données recueillies montrent que le dispositif de soutien est à double tranchant pour l’estime de soi. D’une manière générale, le fait de bénéficier d’un dispositif de soutien influence négativement l’estime de soi, mais si les effets du dispositif sont positifs (par exemple, si les notes remontent), la tendance peut être inversée. A noter que les éléments observés ne permettent pas de confirmer qu’une estime de soi faible est un facteur d’échec scolaire.

Des questionnements complémentaires sur deux aspects du décrochage scolaire permettraient d’approfondir la recherche.
-  Tout d’abord, nous remarquons que le passage de l’école primaire au niveau secondaire semble être un moment clé dans de nombreux parcours scolaires. Il mériterait une attention particulière.
-  Cette recherche fait également apparaître l’influence du réseau social (les amis, le lieu de vie), dans le parcours scolaire des jeunes mais n’apporte pas de réponses précises à ce sujet. La question reste donc ouverte !

Plusieurs pistes d’action

Comment agir ? Plusieurs pistes se sont peu à peu dessinées au fil de notre étude. Elles articulent à la fois les champs social et scolaire dans une perspective multifactorielle. Notre travail a démontré combien il est important de reconnaître l’existence et l’influence de facteurs multiples et complexes dans l’analyse des difficultés scolaires et de dépasser ainsi une focalisation exclusive sur l’élève lui-même. L’intervention multidimensionnelle proposée par Potvin, Fortin et Lessard [4] semble être la meilleure solution : ils recommandent d’intervenir auprès de l’élève lui-même (suivi individuel et ateliers de groupe), de ses parents (pratiques éducatives), de la classe (gestion de la classe et relation maître-élève) ainsi que du climat de l’école.

Notre analyse a également mis en exergue la possible difficulté des relations entre l’école et les parents. Pour surmonter cet obstacle, une solution pourrait consister, après une réflexion conjointe entre les partenaires concernés, à intégrer un éducateur ou une éducatrice au sein de l’école.
-  De part sa formation, un éducateur ou une éducatrice serait capable de prendre le recul nécessaire pour identifier le contexte global dans lequel évolue l’enfant.
-  Il ou elle pourrait ensuite être le relai entre les diverses personnes ressources (médiateur scolaire, psychologue, enseignant titulaire, etc.) l’élève et les parents. Un accent particulier serait mis sur la collaboration avec les parents.
-  Au sein de l’école, il ou elle serait également préposé à tout ce qui est du domaine de la prévention (violence, santé, comportements à risques, consommation, etc.).

Pour terminer, nous mentionnerons le projet national centré sur la Détection et l’intervention précoces (D+IP) lancé en 2004 par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). L’objectif prioritaire de ce programme de prévention est de soutenir, le plus rapidement possible, des jeunes mis en danger ainsi que leur entourage, dans le but de favoriser un développement sain et/ou de recouvrer la santé. Il s’agit d’anticiper la dérive vers des situations de crise et d’éviter des dégâts liés aux dépendances, à des difficultés psychiques et à l’exclusion sociale. Ce projet soutient le partenariat entre les services et les écoles notamment par des financements spécifiques et des programmes de formation. Cette nouvelle approche nous semble tout à fait prometteuse pour lutter contre le décrochage scolaire.

[1] Cet article résume les résultats du travail de recherche réalisé sous la direction du professeur Jorge Pinho pour l’obtention du Bachelor of Arts en Travail social à la HES-SO Valais intitulé : « Décrochage scolaire, l’échec des dispositifs de soutien ? Sentiments des jeunes de l’Institut St-Raphaël face aux dispositifs de soutien. » Il peut être consulté en ligne.

[2] Nous tenons à insister sur ce point : des entretiens exploratoires ont été menés avec des enseignants mais notre recherche porte exclusivement sur les opinions et les réponses données par les élèves. Les résultats obtenus reflètent ainsi leur perception, certes subjective, mais indispensable à saisir notamment en termes de compréhension de la problématique et de perspectives d’intervention.

[3] L’Institut St-Raphaël (Valais) est une maison d’éducation spécialisée accueillant des jeunes, provenant de toute la Suisse romande, qui se trouvent en situation de difficulté et d’adaptation avec leur environnement familial, social, scolaire, préprofessionnel et professionnel.

[4] In MASSE, L. DESBIENS, N. LANARIS, C. Les troubles de comportement à l’école. Prévention, évaluation et intervention. Gaëtan Morin. Montréal. 2006.

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