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Des femmes, du fil et des chemins d’insertion

Jeudi 18.06.2026
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© Toiles de Vies

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© Toiles de Vies

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En Valais, la mesure d’insertion «Toiles de Vies» utilise des activités liées au textile pour favoriser l’intégration sociale et économique de femmes migrantes. Trois regards sur ce projet créatif et innovant.

Par Tess Payot, formatrice de français, Irina Fomnko, participante de la mesure, et Céline Dessimoz, directrice, Association Les Mains Vertes

Cet article est intégré au dossier de la Journée d’automne 2025 de l’Artias. S'intéressant au passé et au futur de l’action sociale, ce dossier réalisé en collaboration entre REISO et l’Artias compile les articles et interview d’oratrices et d’orateurs ayant contribué à cette rencontre annuelle des acteurs et actrices de l’action sociale en Suisse latine, déroulée le 27 novembre 2025 à Lausanne.

Voir le dossier

Une mesure d’insertion pour les femmes initiée par l’Agenda 2030

(Par Tess Payot)

Toiles de Vies est une mesure qui a pris son envol en début d’année 2021 dans le cadre de l’Agenda 2030 du canton du Valais. Elle a commencé avec huit femmes ayant vécu un parcours migratoire, trois jours d’ouverture et un projet qui se voulait initialement plus entrepreneurial.

La première année d’expérience a permis d’ajuster les objectifs en regard des besoins observés sur le terrain. Ces femmes avaient avant tout besoin d’un espace et d’un temps pour retrouver confiance, reprendre pied, se reconstruire, gagner en autonomie, rencontrer d’autres femmes, sortir de chez elles, améliorer leur français. Le projet a alors doucement adopté une perspective plus sociale avec comme fil rouge l’apprentissage du français et comme objectif la valorisation de compétences sociales, émotionnelles et cognitives.

Les activités expérimentées dans l’atelier, qu’elles soient liées aux textiles, à l’apprentissage du français et/ou à la dynamique de groupe, sont proposées comme des prétextes pour valoriser les puissances d’agir des femmes et activer des ressources de communication, de coopération, de contact avec soi et avec les autres, de gestion du stress et de régulation des émotions, de développement de pensée créative, mais aussi critique et constructive.

Ainsi, ces femmes sont accueillies dans la structure avec beaucoup de cœur, dans un cadre qui se veut sécurisant, respectueux de chacune et des différences, propice au bien-être mental et physique.

Aujourd’hui, vingt-deux femmes volontaires sont accueillies durant les cinq jours d’ouverture. En bientôt cinq ans d’activités, cinquante femmes ont intégré Toiles de Vies. Sur les trente femmes qui en sont sorties, un tiers sont désormais actives dans la société civile, de manière professionnelle ou bénévole.

« On est comme une équipe, avec sincérité »

(Par Irina Fomnko)

Je m’appelle Irina Fomenko, je suis Ukrainienne, j’habite en Suisse depuis 2022. Depuis deux années, j’étudie à Toiles de Vies, grâce à mon assistant social qui m’a donné cette possibilité. Il m’a dit : « Dans cette classe, il y a de l’art et des femmes ». Pour moi, c’était intéressant.

Quand je suis arrivée, j’ai vu beaucoup de femmes, de différentes nationalités, qui comme moi ne parlaient pas bien français. Il y avait beaucoup de machines. Pour moi, c’était nouveau parce que je connais le tissage seulement par les dires de ma grand-mère. J’ai étudié ce tissage, différentes techniques, avec Sandrina. En parallèle, j’ai appris le français avec Tess. Et dans cette classe, j’aide les autres personnes. Il y a différentes cultures, nationalités, langues, mais une seule langue commune : le français. Je ne sais pas l’arabe, je ne sais pas l’anglais, je ne sais par le farsi, mais je peux parler avec les autres. On est comme une équipe, avec sincérité. Maintenant, c’est comme une deuxième famille pour moi.

peinture montagnes toile vie artias reiso 170Toutes les femmes qui étudient ici franchissent des montagnes pour arriver ici en Suisse. Maintenant, cette montagne, c’est comme une sécurité. Pour l’un de mes travaux, je me suis inspirée d’une peinture de deux femmes, faite à Toiles de Vies. C’est comme une harmonie, yin yang. Elles sont contentes, elles sourient. Elles ont confiance. C’est beaucoup d’émotion pour moi, je ne sais pas comment dire. La forêt, c’est comme un conte, un câlin. Quand nous commençons à étudier à Toiles de Vies, il y a beaucoup d’émotions brouillées. Après quand tu ouvres ton cœur, tu fais quelque chose que tu aimes et ça fait du bien. Alors, l’émotion devient tranquille, comme la rivière. J’aime être près du Rhône et écouter les remous.

Depuis que je parle mieux français, je travaille dans un foyer à Sion pour les jeunes filles seules, qui comme moi ont changé de pays. J’ai besoin de communiquer avec elles. J’aime ça.

Pour finir, je veux dire merci à Toiles de Vies, à mes professeurs, Tess, Sandrina, Emilie, Alix, et un grand merci aussi à Céline, Maria, Patty. Je suis reconnaissante de connaître ces personnes. 

Pourquoi ce projet fonctionne ?

(Par Céline Dessimoz)

Pensé à l’origine par trois femmes expertes dans le domaine de l’asile, du droit et de l’humanitaire, le projet Toiles de Vie fonctionne parce qu’il répond à un besoin identifié. Les initiatrices ont en effet mis le doigt sur un fait : peu de mesures existent pour favoriser l’intégration des femmes ayant vécu un parcours migratoire, les moyens étant davantage orientés vers l’intégration socioprofessionnelle des hommes.

Ensuite, le canton du Valais consacre depuis plusieurs années des moyens financiers à la création de projets permettant de concrétiser les objectifs de l’Agenda 2030. L’opportunité était là, restait à trouver une structure partenaire en mesure de porter et développer le projet en collaboration avec le canton. Les Mains Vertes, déjà connues du service de l’action sociale, entrent alors en scène. Active dans le domaine de l’insertion et de la durabilité depuis 2018, l’association propose aujourd’hui trois mesures d’insertion sociale et socioprofessionnelle, accueillant une cinquantaine de participants et participantes. [1]

L’agilité opérationnelle et administrative a permis une mise en œuvre garantissant le sens de la mesure. Il s’agissait en effet de rester au contact des besoins observés sur le terrain, de ne pas se contenter de la feuille de route initiale du projet. L’office de l’asile s’est quant à lui montré réceptif aux observations faites et aux ajustements proposés. Il est important de rappeler que sans finances publiques, ce type de mesure ne peut pas voir le jour durablement.

Le lieu et son contexte s’inscrivent également comme des éléments facilitateurs. Les locaux de Toiles de Vies sont situés à proximité d’une crèche, d’une cafétéria et d’une gare. Ces aspects en facilitent l’accès, créent des synergies et des opportunités de rencontres, d’échanges.

Comme pour tout projet, il est essentiel d’avoir les bonnes personnes au bon endroit. Titulaires de master et bachelor en français, formation d’adultes, formation FIDE et Plano alto, les formatrices ont toutes le goût de l’autre, de l’humain, de la relation et de l’écoute profonde. Elles mettent en place les opportunités favorisant l’atteinte des objectifs individuels en termes d’apprentissage de la langue et de compétences psychosociales.

Ainsi, les spécificités multiples de cette mesure d’insertion sociale construisent son succès. S’adressant exclusivement aux femmes, elle s’adapte au calendrier scolaire afin de permettre aux participantes d’assumer leur charge familiale. Elle met l’accent sur l’apprentissage du français en immersion et le développement des compétences psychosociales (sociales, émotionnelles et cognitives). Enfin, le renouvellement de la mesure est possible pour chaque participante tant que le besoin est identifié et justifié (en général une à deux années), afin de soutenir sans pression temporelle l’acquisition de la confiance et des compétences nécessaires à la suite du parcours d’insertion.

Au-delà du sens du projet, les valeurs de simplicité, d’humanité et de sobriété sous-tendent sa mise en œuvre. La bonne équation relève finalement d’un certain bon sens. La simplicité consiste à ne pas se perdre dans des concepts trop théoriques déconnectés des réels besoins des femmes accompagnées. L’humanité répond aux besoins essentiels d’attention et d’écoute favorisant la co-construction d’objectifs individuels pertinents. Enfin, la sobriété des réponses et moyens apportés garantit l’agilité et la durabilité du projet. 

Toiles de Vies en chiffres

  • Capacité d’accueil : 12 femmes par jour sur 5 jours.
  • Accompagnement : 2,05 EPT, annualisés : formatrices en langue, formatrice tissage, formatrice couture et direction.
  • Budget annuel : 220'000.— dont 90% sont directement liés aux ressources humaines.

[1] L’association emploie une dizaine de salarié·es correspondant à 5,5 équivalent plein temps. Son budget annuel est d’environ 570'000 francs.

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Comment citer cet article ?

Tess Payot et al., «Des femmes, du fil et des chemins d’insertion», REISO, Revue d'information sociale, publié le 18 juin 2026, https://www.reiso.org/document/15697

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