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La sélection d'ouvrages proposée ce mois-ci par Thaïs Marti, bibliothécaire à la HETSL, réunit différents essais autour du militantisme, de la participation citoyenne et de l’enjeu de l’engagement politique dans le contexte du travail social.

Montée de l’extrême droite, backlash antiféministe, accroissement des inégalités, dérèglement climatique… Les causes à défendre ne manquent pas, et il y a l’urgence ! Aujourd’hui, les militants sont mis à rude épreuve. Car, que ce soit dans des associations de quartiers, de solidarité, de défense de droits ou écologistes, s’engager est souvent chronophage, coûteux émotionnellement, bref épuisant. Le burn-out n’est pas réservé au monde du travail. Les milieux militants connaissent aussi leur lot de personnes et de collectifs qui s’arrêtent, épuisés. Alors comment se protéger et protéger les autres ? Comment faire en sorte que celles et ceux qui s’engagent continuent à (tenter de) changer le monde sans s’esquinter la santé ? Véritable guide pour militer sans se cramer, ce livre vise à aider les personnes et les collectifs qui s’engagent à éviter la surchauffe. [Payot]

Depuis plusieurs décennies, la figure de l’intellectuel engagé semblait s’être effacée au profit de celle de l’expert ponctuellement sollicité par les gouvernants. Pourtant, l’actualité suggère un retour en force des universitaires dans l’arène politique. Comment comprendre cette reconfiguration des liens entre savoir savant et action partisane ?À travers des enquêtes et des témoignages, ce livre explore les formes contemporaines de l’engagement des chercheurs en sciences sociales, en particulier à gauche. Les contributions interrogent la place des universitaires dans les partis, les mouvements sociaux et les campagnes électorales, ainsi que la manière dont leurs savoirs circulent, se transforment ou se dévaluent dans le champ politique.Du Parti socialiste à Podemos, des féministes libertaires berlinoises aux intellectuels de La France insoumise, en passant par les chercheurs devenus élus, l’ouvrage dresse un panorama inédit de la politisation des savoirs et savoir-faire académiques. [Éditeur]

« Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers ». En octobre 2010, Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant, dernier témoin vivant de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, lançait son appel à une « insurrection pacifique ». Son manifeste allait connaître un incroyable succès : 44 traductions, plus de 4 millions d’exemplaires inspirant un mouvement planétaire : des Indignados espagnols à Occupy Wall Street en passant par les printemps arabes. Quinze ans après, l’extrême droite et le totalitarisme gagnent du terrain, arrivent au pouvoir dans certains pays, et menacent de nouveau l’Etat de droit. Les enjeux soulevés par Indignez-vous ! sont loin d’avoir disparu : la remise en cause des acquis de la Résistance (retraites, Sécurité sociale) ; les médias aux mains de pouvoirs d’argent ; l’écart sans cesse grandissant entre les riches et les pauvres ; les soupçons à l’égard des immigrés ; la planète en danger ; Gaza… De quoi dire, comme certains le font, que ce monde en chaos a eu raison de la faculté d’indignation. Impossible ! Si l’on s’imprègne à nouveau du message crucial de Stéphane Hessel, on comprendra, comme il l’écrit, que « l’indignation est l’une des composantes essentielles qui font l’humain avec l’engagement qui en est la conséquence » et qu’elle est d’abord l’éveil d’une conscience morale. A ce titre, l’actualité — aussi sombre et dévorante soit-elle — ne saurait l’épuiser. [4e de couverture]

Si nous souhaitons vraiment nous libérer et gagner nos batailles politiques, alors nous devons mettre fin à la culture de domination que nous reproduisons dans nos collectifs. Tandis qu’on pourrait croire, en militant, échapper aux logiques de compétition, d’exploitation ou d’exclusion que l’on souhaite combattre, beaucoup d’entre nous expérimentent dans leurs luttes de l’épuisement et de la violence. Dans nos collectifs, nous perpétuons en effet, sans même en prendre toujours conscience, des comportements nocifs dont nous avons hérité sans les questionner — individualisme, concentration du pouvoir, accaparement des ressources, culture de l’urgence, course à la médiatisation, binarité… [4e de couverture]

Pour amplifier la riposte face à la tentation réactionnaire, la rédaction de Socialter a proposé à Salomé Saqué, journaliste à Blast, de participer à ce numéro spécial. Avec sa contribution, nous avons conçu un « manuel de résistance populaire » pour sortir de la sidération et de l’impuissance. Un numéro de 148 pages pour documenter et analyser l’offensive des droites extrêmes, mais surtout explorer des stratégies et des pistes d’action efficaces. Avec l’objectif de faire reculer partout les affects haineux et les pulsions autoritaires : dans les esprits, dans les urnes, dans les rues. [Editeur]

À l’occasion des vingt ans du Centre de Recherche sur l’Action Politique de l’Université de Lausanne (CRAPUL), cet ouvrage réunit des contributions de ses membres autour du thème de la politisation. Un premier axe examine la manière dont des groupes (institutions, mouvements sociaux ou groupes d’intérêts) transforment des phénomènes sociaux en enjeux politiques ainsi que le rôle du droit dans ces processus. Le second axe s’intéresse aux parcours individuels de politisation, en étudiant la manière dont les expériences militantes et sociales façonnent les visions du monde. Dans une démarche collective, ce livre montre la richesse des méthodes et approches plurielles pour comprendre ces phénomènes politiques. [Payot]

Pourquoi certaines morts soulèvent-elles des foules ? Comment les émotions et les relations peuvent-elles devenir des formes de résistance ? De Baltimore à Téhéran, de Buenos Aires à Delhi, cet essai traverse les soulèvements contemporains à partir de leurs matières sensibles, et déplie leur héritage féministe. C’est de là que part la question de la résistance affective, interrogeant ce que nos vulnérabilités, nos colères, nos attachements font à la politique. Il ne s’agit pas d’opposer l’émotion à la raison, mais de penser les affects comme une mémoire vive, un point d’appui et de riposte face aux politiques de la cruauté. Au fil des pages, se dessinent les systèmes nerveux de la résistance, les savoirs nocturnes qui hantent l’histoire, les formes de soin qui sous-tendent l’organisation politique. Le récit s’attache à ce que le pouvoir fait aux corps — et ce que les corps font à la politique. De l’intime au collectif, l’enquête avance en suivant des points de tension (l’indignation, le deuil, la mémoire, les liens) qui tracent les chemins par lesquels on tient, on se relève et on répond. La colère face à une injustice, le chagrin qui ne passe pas, l’impression que ce qui compte est effacé : ce qu’on ressent est aussi politique — et ces expériences ordinaires nous invitent à porter attention à ce qui, en chacun, résiste déjà. [Payot]

Le monde qui vient nourrit nos inquiétudes. D’un point de vue social comme environnemental, les alertes s’accumulent. Nous voudrions y répondre, changer la donne, préparer un monde meilleur pour nos enfants, mais nous nous heurtons à notre impuissance. Comme si, au niveau national, la machine républicaine tendait à se gripper. Alors la tentation du repli sur soi est forte. Pourtant, notre soif de démocratie reste bien vivante et se manifeste dès que l’on nous invite à agir près de chez nous. Il convient d’apprendre ensemble à se saisir de cette capacité de résistance démocratique locale. [4e de couverture]
Reposez-vous ! résister à la broyeuse capitalisteSe reposer pour résister, perturber et enrayer le capitalisme et la suprématie blanche. Dans un monde obsédé par la productivité, le mouvement de la « résistance par le repos », fondé par Tricia Hersey, offre une arme radicale contre l’épuisement auquel la vie moderne nous condamne. S’arrêter, ce n’est pas faire une simple pause : c’est résister à un système toxique. Se reposer, c’est refuser de se laisser broyer par les mécanismes du capitalisme et de la suprématie blanche qui nous traitent comme des machines. C’est reprendre possession de son corps, de son temps et de son imagination. Reposez-vous ! n’est pas un livre de développement personnel. C’est un manifeste à la fois combatif et tendre, dans lequel Tricia Hersey élève le repos au rang de droit sacré. Artiste, théologienne et activiste afro-étasunienne, Tricia Hersey est la fondatrice du ministère de la Sieste, une organisation qui explore le repos comme acte de résistance et de réparation. Ses travaux s’appuient sur la théologie de la libération noire, l’afroféminisme et l’étude des traumatismes culturels. [Payot]

Ce livre raconte ce qui n’est pas dans les livres d’Éric Fassin. Il revient, dans une série d’entretiens avec Ilana Eloit et Manuela Salcedo Robledo, sur plus de trente-cinq années de parcours sociologique. Il s’agit de transmettre, à la première personne, l’expérience d’une pratique. La pédagogie publique est un pari sur l’intelligence collective : non pas importer la politique dans la salle de cours, mais, depuis l’enseignement et la recherche, porter un savoir critique dans la société. Penser l’actualité demande non de s’en tenir à distance, mais de s’y engager en tant que sociologue. En participant aux vives controverses qu’il observe, du pacs et du harcèlement sexuel à la « théorie du genre », de la question raciale au « wokisme », Éric Fassin a développé une manière de faire : l’ethnographie de l’espace public. Les attaques actuelles contre les universités témoignent des enjeux démocratiques de ce travail au long cours sur les questions minoritaires. [4e de couverture]

Et si l’école pouvait changer le monde ? Résister, s’engager, rêver invite à un voyage au cœur de la vie, de la pensée et des actions de Dina Borel, pédagogue engagée. Dans un dialogue complice, Stéphane Michaud — lui aussi formateur, enseignant et pédagogue — incite Dina Borel à revisiter les événements fondateurs de son existence : de sa jeunesse en Grèce sous occupation à la création et direction d’une école pour toutes et tous à Genève. L’ouvrage comporte une première partie autour des origines de l’engagement de la pédagogue : une enfance en temps de guerre, l’exil, la construction de sa citoyenneté, les combats politiques, la militance pour la démocratie. La seconde partie du livre explore quant à elle la construction d’une pensée pédagogique bâtie sur l’idéal d’une éducation à la paix. Dina Borel démontre l’importance de l’innovation pédagogique et de la recherche d’approches inclusives (pédagogie Freinet et pédagogie institutionnelle) héritées des fondements constitutifs de l’éducation nouvelle. L’évocation du projet d’école active spécialisée, La Voie Lactée, illustre concrètement l’engagement de cette remarquable pédagogue. A intervalles réguliers, des encarts de spécialistes de l’éducation et de la politique — Etiennette Vellas, Erica Deuber Ziegler, Philippe Meirieu, etc. — ponctuent et enrichissent l’échange, offrant autant de rebonds, d’ouvertures et de prolongements aux propos de Dina Borel. Au fil des pages se dessine ainsi un engagement politique et pédagogique fondé sur la démocratie, l’inclusion, la coopération, le refus de l’humiliation, l’accueil et la reconnaissance des singularités. Un idéal d’éducation à la paix pour une école qui changera le monde. [Editeur]
Joie militante : construire des luttes en prise avec leurs mondesA quoi ressemble la joie dans les milieux de lutte ? Qu’est ce qui nous rend collectivement et individuellement plus capables, plus puissant.e.s et pourquoi, parfois, les milieux radicaux produisent tout l’inverse et nous vident de tout désir ? C’est à ces questions que Joie militante tente de répondre, combinant propositions théoriques, analyses de cas pratiques et entretiens avec des militant.e.s issu.e.s de luttes diverses : féminisme, libération Noire, résurgence Autochtone, squat, occupations, luttes queer, anti-carcérales, d’autonomie des jeunes, anarchisme, autonomisme, écologie radicale. La joie, au sens spinoziste du terme, renvoie à notre capacité à affecter et être affecté.e.s, a prendre activement part à la transformation collective, à accepter d’en être bouleversé.e.s. La joie telle qu’elle nous est ici proposée est une façon d’habiter pleinement nos mondes, nos attachements, plutôt que de chercher à les diriger. Ce livre, paru aux Etats-Unis en 2017, y est déjà devenu un incontournable pour penser différemment le militantisme et les luttes. Il s’agit maintenant d’ouvrir également ces discussions au contexte français. [4e de couverture]
(Sélection réalisée par Thaïs Marti, bibliothécaire-documentaliste)
Bibliothèque de la Haute école de travail social Lausanne

Professionnel·les et cadres du secteur des soins stationnaires de longue durée: rendez-vous au Symposium BESA QSys le 24 novembre: évolutions BESA & RAI, présentations pratiques et pistes concrètes pour le quotidien professionnel.