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Seniors et addictions: accompagner sans imposer l’abstinence

Mercredi 28.10.2026

Comment prévenir les risques liés aux addictions tout en respectant l’autonomie des personnes âgées ? À Fribourg, un nouveau guide propose des pistes concrètes aux professionnel·les des soins à domicile et des EMS.

actualite addiction personnes agees 2026 reiso 400© Addiction chez les personnes âgées : guide pour les professionnels - illustration 1 © Etat de Fribourg - Staat Freiburg - arnow.ch

Une femme de 72 ans se fracture le col du fémur après une chute, alors que sa consommation problématique d’alcool n’a pas pu être abordée avec elle. Un homme de 84 ans, sous somnifères depuis trente ans, réclame des doses supplémentaires. Un autre continue de fumer à proximité de sa réserve d’oxygène. Ces situations illustrent les dilemmes auxquels sont confronté·es les professionnel·les du grand âge : comment prévenir les risques sans compromettre la relation de confiance ni porter atteinte aux choix des personnes accompagnées ?

Pour les soutenir, la Direction de la santé et des affaires sociales du canton de Fribourg a publié, le 2 octobre 2026, un guide d’orientation consacré aux addictions chez les personnes âgées. Élaboré avec le Réseau fribourgeois de santé mentale, l’Association fribourgeoise des institutions pour personnes âgées et de l’aide et des soins à domicile et la Haute école de santé Fribourg, cet outil privilégie une approche individualisée, où l’abstinence n’est pas considérée comme la seule issue possible.

Des dilemmes professionnels bien réels

Le guide s’appuie sur sept situations issues du terrain, concernant l’alcool, les médicaments, le tabac, les jeux d’argent et la polyconsommation. Pour chacune, des pistes d’intervention sont proposées à trois niveaux : individuel, interprofessionnel et institutionnel.

Les questions soulevées sont concrètes. Comment aborder une consommation problématique sans stigmatiser la personne ? Un service d’aide à domicile peut-il acheter de l’alcool pour un·e bénéficiaire dépendant·e ? Comment réagir face à des demandes répétées de médicaments supplémentaires ?

Dans le cas de l’achat d’alcool, par exemple, le guide invite à prendre en compte la capacité de discernement, le plan de soins et les directives de l’organisation. Il envisage notamment la possibilité de refuser cet achat sans rompre le dialogue avec la personne concernée. La décision doit tenir compte de sa situation et des responsabilités du personnel.

Le respect de l’autodétermination trouve toutefois ses limites lorsque la sécurité d’autrui est menacée. Ainsi, face à un·e bénéficiaire qui fume à proximité d’une réserve d’oxygène, les règles de sécurité incendie doivent être respectées, tout en recherchant des solutions qui tiennent compte de ses habitudes de vie.

Éviter les ruptures dans l’accompagnement

Autre enjeu soulevé : la coordination entre professionnel·les et institutions. Les passages entre domicile, hôpital et EMS peuvent notamment fragiliser l’accompagnement lorsque les habitudes de consommation ou les risques de sevrage ne sont pas suffisamment documentés.

Le guide recommande notamment de renforcer le repérage précoce, de mieux transmettre les informations lors des changements de lieu de prise en charge et de clarifier les responsabilités dans la gestion des médicaments. Ces mesures visent aussi à éviter que les décisions délicates reposent sur les seul·es professionnel·les directement impliqué·es.

Une problématique documentée dès 2021

La publication du guide donne suite à un état des lieux réalisé par le Service du médecin cantonal en 2021. Selon ce dernier, 11,6% des personnes de plus de 65 ans bénéficiant d’aide et de soins à domicile ou résidant en EMS dans le canton présentaient une addiction sévère. Cette estimation repose sur un recensement institutionnel réalisé principalement en 2020, portant sur des situations nécessitant un soutien moyen à intense. L’alcool constituait la principale substance en cause, mais le tabac et les médicaments étaient également concernés.

L’étude avait débouché sur un plan d’action cantonal comprenant sept mesures, notamment pour renforcer la formation du personnel et la collaboration entre organisations.

Avec l’avancée en âge, la polymédication, les troubles cognitifs, les maladies chroniques ou l’isolement social peuvent compliquer le repérage et l’accompagnement des addictions. Certaines manifestations, comme les pertes d’équilibre ou la confusion, risquent ainsi d’être attribuées au vieillissement plutôt qu’à une consommation problématique.

Sans imposer de protocole uniforme, le nouveau guide fournit des pistes pour tenir compte de ces particularités et développer des pratiques communes. Disponible en ligne sous la forme de situations consultables séparément, il replace au centre des décisions un équilibre parfois difficile à trouver : prendre soin des personnes âgées sans les priver de leur autodétermination.

(CROC, avec communiqué de presse)

Consulter le « Guide sur les addictions chez les personnes âgées destiné aux professionnel-le-s ».

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