Pour réunir les savoirs
et les expériences en Suisse romande
S'abonner à REISO
À Lausanne, l’association a marqué trois décennies d’accompagnement des personnes travailleuses du sexe par une table ronde. Les échanges ont rappelé l’évolution des pratiques, du travail de rue aux outils numériques, ainsi que la persistance d’enjeux sociaux, juridiques et sanitaires.
© Fleur de pavé - 30 ans de l'associationLe 1er octobre 2026, Fleur de Pavé a marqué ses trente ans d’existence au théâtre de l’Arsenic, à Lausanne, avec une table ronde intitulée « Le travail du sexe mis à nu ». Les échanges ont porté sur les conditions de vie et de travail des personnes concernées, ainsi que sur les dimensions sociales, juridiques, sanitaires et pratiques de cette activité encore fortement stigmatisée.
En Suisse, le travail du sexe est légal, mais encadré par des règles qui varient selon les cantons. Ce système réglementariste peut notamment impliquer un devoir d’annonce auprès des services de police. Une telle procédure comporte une dimension contraignante. Il a toutefois aussi été relevé que, selon les lieux et les pratiques professionnelles, les services concernés peuvent l’utiliser pour établir des contacts de qualité avec les personnes concernées.
Les prises de parole de travailleuses du sexe ont constitué l’un des moments forts de cette rencontre. L’une d’elles, qui a longtemps exercé en France avant de travailler à Genève, a décrit des conditions jugées plus satisfaisantes en Suisse. Ces témoignages rappellent que les débats sur le cadre légal du travail du sexe ne peuvent être dissociés des expériences vécues par celles et ceux qui l’exercent.
Depuis la création de Fleur de Pavé, les formes d’intervention ont profondément évolué. À ses débuts, l’essentiel du travail se déroulait dans la rue, avec un petit bus permettant d’accueillir les personnes dans un minimum de confidentialité et à l’abri des intempéries. Aujourd’hui, les outils numériques ont largement transformé les modes de contact et d’échange, tant pour l’association que pour les personnes travailleuses du sexe. Une intervenante a ainsi indiqué que 95% de ses contacts avec ses clients se font désormais par voie électronique.
Cet anniversaire rappelle surtout la persistance d’un enjeu central : garantir aux personnes travailleuses du sexe un accès effectif à la prévention, à la santé, aux droits et à la protection contre les violences. Les pressions, les brutalités et les rejets évoqués durant la matinée montrent que l’encadrement légal ne suffit pas. Pour les professionnel·les du social et de la santé, l’enjeu reste d’abord celui du lien : rejoindre les personnes là où elles se trouvent, sans jugement, et reconnaître leurs réalités comme point de départ de toute intervention.
(Jean Martin, ancien médecin cantonal vaudois)

Professionnel·les et cadres du secteur des soins stationnaires de longue durée: rendez-vous au Symposium BESA QSys le 24 novembre: évolutions BESA & RAI, présentations pratiques et pistes concrètes pour le quotidien professionnel.