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La dépression post-partum concernerait une mère sur six au cours de sa vie. Une Commission fédérale plaide pour un relevé national des données, un dépistage systématique et une prise en charge mieux coordonnée.
© Helena Lopes / UnsplashLa dépression post-partum demeure un enjeu insuffisamment documenté en Suisse. Selon la Commission fédérale pour les questions familiales (COFF), les données internationales indiquent qu’environ 17% des mères sont concernées après une naissance. Dans les pays occidentaux, 10 à 15% des femmes présenteraient une dépression post-partum nécessitant un traitement médical. Pour la Suisse, les estimations disponibles restent fragmentaires et situent la prévalence entre 12 et 15%.
Dans une Policy Brief récemment publiée, la COFF met en évidence un paradoxe : ce trouble figure parmi les complications les plus fréquentes de la période périnatale, mais il reste sous-diagnostiqué et inégalement pris en charge.
La dépression post-partum ne se confond pas avec le baby blues, très fréquent après l’accouchement et généralement transitoire. Elle peut survenir durant la grossesse ou dans l’année suivant la naissance. Les signes décrits comprennent notamment une tristesse persistante, une perte d’intérêt, un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation, un épuisement marqué, des troubles du sommeil, des difficultés à créer un lien avec le bébé, des angoisses importantes ou un repli social. Lorsque des pensées suicidaires ou d’automutilation apparaissent, une prise en charge immédiate est nécessaire.
Les facteurs de risque identifiés sont multiples. Les antécédents de troubles psychiques, les symptômes dépressifs pendant la grossesse, le manque de soutien du ou de la partenaire ou de la famille, les difficultés financières, les violences dans le couple, une expérience traumatique de l’accouchement ou de fortes douleurs périnatales peuvent favoriser l’apparition du trouble. La note relève aussi que la naissance d’un enfant peut raviver ou accentuer des tensions liées aux rôles de genre, en particulier dans l’organisation du travail domestique, des soins à l’enfant et de l’activité professionnelle.
Les conséquences dépassent la seule santé de la mère. Une dépression post-partum non traitée peut affecter la relation avec l’enfant, entraver la perception de ses besoins et peser sur son développement émotionnel ou cognitif. Elle peut aussi fragiliser l’ensemble de la famille : le second parent peut se sentir dépassé, exclu ou impuissant, et présente lui-même un risque accru de symptômes dépressifs lorsque la mère est touchée. La COFF rappelle toutefois qu’un diagnostic précoce et une prise en charge adéquate permettent de réduire ces risques.
Or, en Suisse, aucun dépistage systématique n’est actuellement réalisé à l’échelle nationale. Plusieurs cantons diffusent du matériel d’information et certains procèdent déjà à des repérages. Un instrument de dépistage spécifique au contexte suisse a également été développé et testé. Mais l’accès aux ressources demeure variable selon les régions, et la continuité entre maternités, sages-femmes, médecins de famille, gynécologues, psychiatres et structures spécialisées n’est pas garantie partout. Les femmes migrantes ou socialement défavorisées peuvent rencontrer des obstacles supplémentaires, notamment linguistiques ou liés à l’isolement.
Face à ces lacunes, la COFF formule six recommandations. Elle demande d’abord un relevé national permettant de mesurer la fréquence du phénomène et les différences régionales. Elle préconise ensuite un dépistage systématique pendant la grossesse et durant la première année après la naissance, avec des voies d’orientation clairement définies vers les soins. Elle appelle également à renforcer le réseau de prise en charge, à développer les unités mères-enfants, les cliniques de jour et les offres à bas seuil, notamment multilingues.
La commission inscrit enfin la prévention de la dépression post-partum dans les politiques familiales. Elle recommande un congé parental plus égalitaire, composé de quinze semaines pour chacun des parents, en plus des huit semaines d’interdiction de travailler après la naissance pour la mère. Celle-ci pourrait prendre jusqu’à deux semaines avant l’accouchement et transférer jusqu’à sept semaines au second parent. La COFF demande aussi que les allocations perte de gain couvrent 100% du salaire durant toute la période d’interdiction de travailler, ainsi qu’en cas de travail pénible ou dangereux lorsqu’aucune solution de remplacement n’est proposée par l’employeur.
En reliant santé mentale périnatale, organisation des soins et conditions matérielles de la parentalité, cette note déplace la dépression post-partum hors du registre strictement individuel. Pour les professionnel·les de la santé, du social et de la prévention, elle rappelle qu’une naissance ouvre une période de vulnérabilité dont l’accompagnement dépend encore trop souvent du canton, du réseau disponible et des ressources sociales des familles.
(CROC)
Sources

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