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La santé psychique, les soins intégrés, la solitude et l’isolement social figurent parmi les enjeux jugés les plus urgents pour les dix à quinze prochaines années, selon un rapport de la Swiss Platform Ageing Society et de la ZHAW.
© Kampus Production / Pexels
La politique suisse de la vieillesse entre dans une phase de révision. Adoptée en 2007, la stratégie fédérale actuelle doit être réexaminée et mise à jour à la suite du postulat Stocker 24.3085, transmis par le Parlement en mars 2024. L’Office fédéral des assurances sociales a engagé un processus destiné à élaborer les bases d’une stratégie actualisée.
Dans ce contexte, la Swiss Platform Ageing Society, portée par le Secrétariat général de l’Académie suisse des sciences humaines et sociales, a chargé la ZHAW de recueillir les appréciations de ses organisations partenaires. Le rapport Vieillir en Suisse : quelle politique pour demain ? synthétise une enquête menée en janvier et février 2026, ainsi que les échanges d’un événement réseau organisé le 19 mars 2026 à Berne. Initié par la plateforme, et non mandaté par l’OFAS, il doit être mis à disposition de l’office comme contribution au processus de révision.
L’enquête s’est déroulée en deux phases. Dans un premier temps, 31 organisations ont complété les défis formulés dans la stratégie de 2007. Dans un second temps, 28 organisations ont évalué 46 défis : 20 déjà présents dans la stratégie fédérale, 9 considérés comme des compléments et 17 entièrement nouveaux. Les répondant·es provenaient principalement d’organisations de seniors, de fondations et d’institutions de recherche, avec une forte représentation des domaines social et sanitaire. Cette composition doit, selon les auteurs, être prise en compte dans l’interprétation des résultats.
Quatre défis obtiennent un consensus très élevé : la promotion de la santé et de l’autonomie des personnes âgées, les soins intégrés, la santé psychique, ainsi que la solitude et l’isolement social. Trois d’entre eux ne figuraient pas explicitement dans la stratégie de 2007. Ce résultat signale un déplacement des priorités : la politique de la vieillesse ne peut plus se limiter à l’adaptation aux effets du vieillissement démographique, mais doit aussi intégrer des vulnérabilités relationnelles, psychiques et organisationnelles.
Les ateliers ont approfondi quatre thématiques : la santé psychique dans la vieillesse, la pénurie de personnel soignant, les violences envers les personnes âgées et l’inclusion numérique. Les discussions sur la santé psychique ont mis en évidence une représentation encore déficitaire de la vieillesse, un manque de connaissances parmi les personnes concernées et les professionnel·les, ainsi que des insuffisances dans la prise en charge, notamment en EMS. Parmi les pistes évoquées figurent la déstigmatisation, le renforcement précoce du lien social, la promotion du bénévolat et la prescription sociale.
La pénurie de personnel soignant apparaît comme un autre enjeu structurant. Les participant·es relèvent les tensions entre recrutement international et responsabilité éthique, mais aussi entre attractivité des professions et charge administrative. Ils et elles appellent à investir dans la formation, à développer des modèles de travail plus flexibles et à améliorer l’image des métiers du soin.
Le rapport insiste également sur les violences envers les personnes âgées, qui peuvent prendre des formes diverses : violence domestique, négligence ou exploitation financière. Les discussions soulignent que ces situations ne concernent pas uniquement des groupes à risque clairement distincts. Elles appellent une répartition plus claire des tâches entre Confédération et cantons, ainsi qu’une base de données plus solide.
L’inclusion numérique constitue enfin un champ d’action transversal. Les participant·es pointent l’hétérogénéité des compétences numériques des personnes âgées et l’existence de facto d’une « barrière des 65 ans » dans la formation, le travail et les assurances sociales. Ils et elles recommandent un programme national de formation destiné aux personnes de 65 ans et plus, le développement d’apprentissages intergénérationnels réciproques, une conception participative des services publics et des prestataires de technologies, ainsi que le maintien de voies d’accès analogiques.
Au-delà de ces thèmes, trois besoins ressortent : une coordination plus contraignante entre Confédération, cantons et communes, de meilleures données probantes dans plusieurs domaines et une diffusion plus systématique des bonnes pratiques. Le rapport ne tranche pas les choix politiques à venir. Il montre toutefois que les organisations actives dans le vieillissement attendent de la future stratégie fédérale qu’elle tienne compte de dimensions encore peu visibles en 2007 : la santé psychique, les liens sociaux, l’accès à des soins coordonnés, la protection contre les violences et la participation à une société de plus en plus numérisée.
(CROC, avec Euria)
Source : Vieillir en Suisse : quelle politique pour demain ?, Swiss Platform Ageing Society/ZHAW, Académies suisses des sciences, 2026.

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