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Quand la réinsertion embellit le village

Lundi 09.10.2017

Depuis 2013, Marly expérimente un programme de réinsertion sociale et professionnelle par l’emploi. Il implique collectivement les «améliorateur·trice·s d’environnement», les services de la commune, les sociétés et les associations locales.

Par Ludovic Dougoud, coordinateur du programme PITSC, Commune de Marly

C’est en 2013, lorsque la loi sur l’assurance chômage a été modifiée, que la commune de Marly (commune d’environ 8'000 habitant-e-s du canton de Fribourg) a mis sur pied son propre projet de réinsertion socio-professionnelle. Le service social, rejoint rapidement par le service d’animation socioculturelle et les politiques, avaient entamé une réflexion commune afin de voir quelles étaient les possibilités envisageables. Le service public de l’emploi a également été consulté et, dès avril 2013, les premiers engagements ont eu lieu, donnant ainsi naissance au Programme interservice de travail social communautaire (PITSC) [1].

Un programme et plusieurs objectifs

Les objectifs d’un tel programme sont multiples. Le premier étant la réinsertion sociale et professionnelle, un accompagnement personnalisé est proposé aux bénéficiaires afin de les soutenir, de les motiver et parfois de les cadrer dans leurs recherches d’emploi. Ce soutien concerne par exemple la rédaction d’une lettre de motivation ou des jeux de rôles pour exercer les entretiens d’embauche. La réinsertion par l’emploi leur permet également de retrouver un rythme de vie ainsi qu’un cadre de travail clair, de mettre en avant leurs compétences et d’augmenter ou créer un réseau professionnel et privé. Dans ce but, l’accompagnement social insiste beaucoup sur l’estime de soi et la revalorisation des compétences, en lien avec les autorités communales, les Marlinoises et Marlinois ainsi que les sociétés, associations et commerces locaux.

Un second objectif consiste à améliorer la qualité de vie à Marly. En effet, la commune bénéficie ainsi d’une nouvelle force de travail pour réaliser toutes sortes de projets originaux, dans cet esprit communautaire. Les habitantes et habitants sont d’ailleurs régulièrement invité-e-s à participer à certains projets.

Enfin, le troisième objectif est de retrouver une indépendance financière. Les bénéficiaires du programme sont en effet engagé-e-s comme employé-e-s communaux à durée déterminée et gagnent ainsi leur propre salaire basé sur les normes fédérales du Secrétariat d’état à l’économie. Dans la plupart des cas, en fonction de leur taux d’activité et de leur situation personnelle et familiale, ce salaire assure l’indépendance financière et évite le soutien matériel du service social.

Les bénéficiaires sont des habitants de Marly au bénéfice d’une aide financière de la commune, en recherche d’emploi et au chômage en fin de droit, ou sans droit au chômage. Dans cet esprit de revalorisation et en lien avec les objectifs, ils et elles sont appelé-e-s «améliorateurs et amélioratrices d’environnement». Habitant-e-s de la commune et travaillant pour l’amélioration de la qualité de vie, un fort sentiment d’utilité et d’appartenance se développe. Les améliorateur·trice·s s’impliquent pour le village et ses habitant-e-s, et ces derniers le leur rendent bien à travers la reconnaissance de leurs compétences. L’étroite collaboration avec le service d’animation socioculturelle qui a pour fonction d’« aller vers… » contribue également à cette implication au sein de la communauté marlinoise. Afin de privilégier la qualité de l’accompagnement et de l’encadrement ainsi que celle des prestations, une dizaine d’améliorateurs et amélioratrices sont engagé-e-s chaque année, à des pourcentages allant de 30% à 100%.

Le projet est encadré par un coordinateur ainsi qu’un·e stagiaire HES ou un civiliste et dirigé par un groupe de pilotage. Ce groupe rassemble le syndic, le vice-syndic, également en charge du dicastère de l’animation, la conseillère communale en charge du dicastère des affaires sociales, la responsable des ressources humaines, les chef-fe-s du service social et de l’animation, le coordinateur et le·la stagiaire. Le programme met également en place de nombreuses collaborations avec les autres services communaux et bénéficie de leur expérience et soutien pour certains projets.

Quatre types différents de projets

Les activités de réinsertion du programme sont organisées autour de quatre types de travaux. Mentionnons en premier lieu les projets propres au PITSC lui-même. Ils sont réfléchis, conceptualisés et réalisés par les améliorateur·trice·s d’environnement, les stagiaires et le coordinateur. Cela va de la mise en place et de l’entretien de fleurs le long de la route principale à la fabrication de chaises africaines ou de porte-bouteilles, en passant par un service gratuit d’évacuation des objets encombrants destiné aux personnes âgées ou invalides.

Le deuxième type de projets concerne toutes les collaborations avec les autres services communaux. Il s’agit là de mandats qui sont confiés au programme tels que l’installation de supports publicitaires ou des décorations de Noël, la fabrication de boîtes à livres pour l’animation, de porte-brosses-à-dents pour l’accueil extra-scolaire ou de la peinture d’un local communal. Particularité à Marly : il s’agit également de projets co-construits entre les services. Le dernier gros projet en date a consisté à réaliser des bacs de jardins communautaires, fabriqués à base de palettes récupérées, installés un peu partout dans le village. Les habitant-e-s ont également été invité-e-s à participer, en collaboration avec les améliorateur·trice·s, à la création de ces jardins hors sol. Ce genre de collaboration a également été organisée pour les boîtes à livres par exemple.

Un troisième axe d’action vise les collaborations avec les associations, sociétés et commerces locaux. Ces prestations soutiennent les différentes manifestations sportives ou culturelles sur le territoire communal tout en promouvant le projet auprès des habitant-e-s. C’est également l’occasion de mettre en lien les améliorateurs et amélioratrices d’environnement avec des représentant-e-s de corps de métiers différents afin de se créer un réseau et de démontrer leurs compétences.

Le PITSC compte aussi des mandats privés. Il s’agit là de tous types de travaux tels que du jardinage, de la restauration ou des montages de meubles, de la peinture, etc. Ces activités créent un contact avec de « vrai-e-s » client-e-s » et se rapprochent le plus fortement d’un emploi dans l’économie libre. Grâce à la visibilisation effectuée depuis son lancement en 2013, le nombre de ces mandats a été multiplié par quatre entre 2015 et 2016, augmentant d’autant les recettes d’année en année.

Quels impacts pour les partenaires ?

Il s’agit donc d’un projet dans lequel le chômeur en fin de droit, ou sans droit de chômage et bénéficiaire du service social, retrouve un rythme de vie, une estime et une confiance en soi au travers d’un programme de réinsertion par l’emploi au sein de la communauté d’appartenance. Les habitant-e-s de la commune voient leur village développer des projets communautaires qui apportent une réelle amélioration de la qualité de vie. Quant à l’administration communale, elle bénéfice d’une nouvelle force de travail pour soutenir les services communaux, sociétés, associations et commerces locaux, tout en permettant à ces employé-e-s à durée déterminée de retrouver une indépendance financière.

Un retour sur investissement de 71% a été enregistré par la commune en 2016, grâce :

  • aux économies faites par le service social sur l’année 2016 pour les personnes ayant intégré le programme
  • les heures réalisées en collaboration avec, ou pour les autres services communaux, qui ont permis de ne pas gonfler les heures du personnel fixe
  • les prestations facturées aux particuliers

Depuis son lancement, trente-cinq personnes ont été engagées. Trente et une d’entre elles sont sorties de l’aide sociale et se sont relancées dans la vie professionnelle.

[1] Présentation du programme sur cette page internet de la Commune de Marly. Site internet du PITSC.

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Comment citer cet article ?

Ludovic Dougoud, «Quand la réinsertion embellit le village», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 9 octobre 2017, https://www.reiso.org/document/2216

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