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Une vaste étude sonde la santé des Lausannois·es

Jeudi 29.04.2021

Depuis plus de 15 ans, Colaus|PsyColaus explore les liens entre maladies cardiovasculaires, leurs facteurs de risque, et les troubles psychiques. Les incidences des uns sur les autres sont aussi intégrés à cette recherche inédite, d’une rare importance.

Par Dr Martin Preisig, professeur ordinaire, médecin chef et Dr Caroline L. Vandeleur, psychologue, responsable de recherche, Centre d’épidémiologie psychiatrique et de psychopathologie du CHUV, Lausanne

Quels sont les liens entre santé mentale et santé physique ? A quelle évolution de leur santé mentale et physique les Lausannois·es sont-ils et elles confronté·e·s ? C’est pour répondre à ces questions qu’une cohorte de plus de 6’000 participant·e·s a pris part, depuis 2003, à l’étude Colaus|PsyColaus menée par des chercheur·se·s des départements de médecine et de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Une série de sous-études permettant d'étudier les liens avec la santé cardio-métabolique et la santé mentale se sont ensuite ajoutées. Ainsi, les angiologues (AngioLaus), les pneumologues (PneumoLaus), les radiologues (BrainLaus) et les ophtalmologues (OphtalmoLaus), ainsi que les spécialistes du sommeil (HypnoLaus) et de l’ostéoporose (OsteoLaus) ont adjoint des modules d'investigations supplémentaires.

Plus spécifiquement, cette vaste recherche ambitionne de parfaire la connaissance des facteurs de risque et des maladies cardiovasculaires incluant l’infarctus du myocarde et l’attaque cérébrale. Similairement, elle s'intéresse aux facteurs de risque des troubles psychiques, comme les troubles de l'humeur et ceux affectant les fonctions cognitives à l'âge avancé. Elle se préoccupe aussi des liens existants entre ces troubles et les maladies cardio-vasculaires.

En examinant en détail l'évolution de la santé des participant·e·s, Colaus|PsyColaus vise à mieux comprendre les causes de ces atteintes, afin d'améliorer leur traitement et leur prévention. Le fait que des personnes issues de la population se soient soumises à des investigations approfondies, aussi bien pour les maladies cardiovasculaires, leurs facteurs de risque que pour les troubles mentaux, durant une période de suivi de plus de 15 ans, rend cette investigation unique au monde.

De nombreuses études suggèrent des liens entre la dépression et les maladies cardio-vasculaires. En effet, plusieurs d’entre elles ont mis en évidence que les patient·e·s atteint·e·s de maladies cardiovasculaires souffrent souvent de syndromes dépressifs et, qu'à l'inverse, la présence de syndromes dépressifs peut augmenter le risque cardiovasculaire. Cependant, l'origine de ces liens n'est que partiellement élucidée à ce jour.

Recrutement aléatoire de la cohorte

Le projet a principalement été financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Il repose sur une cohorte de 6’734 participant·e·s, initialement recruté·e·s entre 2003 et 2006 de façon aléatoire parmi les habitant·e·s de la ville de Lausanne âgé·e·s de 35 à 75 ans. Lors de la première investigation physique, elles et ils ont répondu à des questionnaires concernant leurs habitudes de vie, leur histoire familiale et leurs facteurs de risques cardio-vasculaires. Un examen physique et un bilan sanguin mesurant de nombreuses variables biologiques ainsi que génétiques a été effectué.

Plus de 3’700 des participant·e·s ont également accepté un examen psychologique. Outre l'entretien semi-structuré mené par un·e psychologue pour évaluer les critères diagnostiques des troubles mentaux, l’investigation comporte la passation d'une série d'auto-questionnaires. Ceux-ci évaluent les traits de personnalité, le tempérament, le fonctionnement familial, la façon de gérer le stress (« le coping »), le soutien social et la qualité de vie.

Trois examens de suivis physique et psychologique se sont déroulés entre 2009 et 2013, 2014 et 2017, ainsi qu'entre 2018 et 2021. A partir du premier suivi de la cohorte, l'investigation psychologique a été proposée à l'ensemble des personnes et un examen des fonctions cognitives a été ajouté pour les 65 ans et plus. A ce jour, plus de 5’000 participant·e·s ont accepté au moins une fois de contribuer à cette investigation psychologique.

Dépression et facteurs de risque cardiovasculaires

Une des premières constatations de l'étude atteste une prévalence élevée des facteurs de risque cardio-métaboliques parmi les Lausannois·es [1]. En effet, lors du suivi de cohorte, de l’obésité a été observée chez une personne sur six, une hypertension artérielle chez quasiment une personne sur deux et un diabète chez une personne sur 10. Similairement, il a été mis en évidence que plus de 40% des participant·e·s ont été atteint·e·s d'un épisode dépressif de deux semaines au moins une fois durant leur vie [2].

Les analyses portant sur les liens entre la dépression et les facteurs de risque cardio-métaboliques ont révélé que ces liens dépendent du sous-type de dépression. En effet, la dépression n’est pas une entité diagnostique homogène et seulement son sous-type appelé « atypique » est associé à des problèmes métaboliques [3]. Caractérisé par une réactivité affective conservée, une augmentation de l’appétit, une lourdeur dans les membres et une hypersomnie, ce sous-type prédispose à l'obésité et au diabète [4][5]. Ces résultats ont des implications cliniques : certains antidépresseurs qui favorisent une prise de poids devraient être évités chez ces patient·e·s et des conseils alimentaires accompagnés d'un monitoring du poids et du glucose sont indiqués.

Inversement, un poids élevé semble aussi favoriser l'apparition d'épisodes dépressifs atypiques [6], suggérant que l'association entre la dépression atypique et les problèmes métaboliques pourrait être réciproque.

Etude aux résonances mondiales

Actuellement, le troisième suivi de la cohorte est en train de se terminer. Le prochain suivi débutera en été 2021. De nombreuses analyses et articles portant sur les données déjà récoltées sont en cours d’élaboration. Jusqu’à présent, l’étude CoLausIPsyCoLaus a donné lieu à de fructueuses collaborations avec des chercheur·se·s dans de nombreux pays et plus de 550 publications.

Références

[1] Vollenweider P, Preisig M, Marques-Vidal P, Guessous I, Heinzer R, Waeber G. [The CoLaus/PsyCoLaus study : 16 years of follow-up with some key messages end images]. Rev Med Suisse 2019; 15: 2159-63.

[2] Vandeleur CL, Fassassi S, Castelao E, Glaus J, Strippoli MF, Lasserre AM, et al. Prevalence and correlates of DSM-5 major depressive and related disorders in the community. Psychiatry Res 2017; 250: 50-8.

[3] Glaus J, Vandeleur C, Gholam-Rezaee M, Castelao E, Perrin M, Rothen S, et al. Atypical depression and alcohol misuse are related to the cardiovascular risk in the general population. Acta Psychiatr Scand 2013; 128: 282-93.

[4] Lasserre AM, Glaus J, Vandeleur CL, Marques-Vidal P, Vaucher J, Bastardot F, et al. Depression with atypical features and increase in obesity, body mass index, waist circumference, and fat mass: a prospective, population-based study. JAMA Psychiatry 2014; 71: 880-8.

[5] Lasserre AM, Strippoli MF, Glaus J, Gholam-Rezaee M, Vandeleur CL, Castelao E, et al. Prospective associations of depression subtypes with cardio-metabolic risk factors in the general population. Mol Psychiatry 2017; 22: 1026-34.

[6] Rudaz DA, Vandeleur CL, Gebreab SZ, Gholam-Rezaee M, Strippoli MF, Lasserre AM, et al. Partially distinct combinations of psychological, metabolic and inflammatory risk factors are prospectively associated with the onset of the subtypes of Major Depressive Disorder in midlife. J Affect Disord 2017; 222: 195-203.

Comment citer cet article ?

Martin Preisig et Caroline L. Vandeleur, « Une vaste étude sonde la santé des Lausannois·es », REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 29 avril 2021, https://www.reiso.org/document/7344

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