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Informer de l’offre culturelle inclusive, ce défi

Jeudi 02.09.2021

Chaque année, plus de 200 rendez-vous adaptés proposent aux personnes en situation de handicap un accès facilité à l’offre culturelle de la région genevoise. Encore faut-il que les intéressé·e·s sachent que les événements existent...

Par Julia Schaad, directrice, et Stéphanie Cavallero, chargée de projet, Association Cédille, Genève

Expositions, cinéma, pièces de théâtre, concerts, opéras : il existe aujourd’hui une offre culturelle adaptée aux publics en situation de handicap. Elle se décline à travers des mesures spécifiques facilitant l’accès aux propositions des institutions culturelles, telles que le surtitrage, l’audio-description, la traduction en langue des signes française, des visites ou accueils spécifiques, des ateliers participatifs, des visites tactiles, des podcasts, des audioguides ou encore des vidéoguides adaptés. Les aménagements des bâtiments culturels en font également partie.

Chaque année, plus de huitante mesures sur le territoire genevois se déploient lors de 200 rendez-vous. Ceux-ci permettent aux personnes en situation de handicap d’avoir un accès facilité à l’offre culturelle abondante de la région. Si ces événements accessibles répondent à une demande réelle des publics concernés, il est malgré tout souvent difficile d’atteindre ou d’élargir leur public cible.

On estime qu’environ 50’000 personnes en situation de handicap vivent à Genève, sans compter les individus vieillissants développant des troubles moteurs ou sensoriels de la vue et de l’ouïe [1]. Or, les obstacles pour leur rendre l’offre culturelle accessible demeurent nombreux, notamment en ce qui concerne l’accès à l’information.

Prendre connaissance des événements représente un premier obstacle : les affiches et les sites internet ne sont pas toujours réalisés dans un graphisme contrasté et lisible pour celles et ceux qui souffrent de troubles de la vue. Par ailleurs, pour les personnes en situation de handicap mental ou encore pour les personnes sourdes de naissance, dont la langue maternelle peut être la langue des signes française et non le français, les messages s’avèrent souvent trop complexes ou rédigés dans un jargon spécifique aux domaines culturels concernés.

Le manque de communication numérique accessible peut s’expliquer financièrement. Un site web pensé et développé, dès la conception de son architecture, en termes d’accessibilité, engendre un coût plus élevé que de nombreuses institutions ne peuvent pas ou ne veulent pas s’offrir.

Pallier un manque d’information

Le projet Culture accessible Genève a été créé pour pallier cette difficulté d'accès à l’information. Il consiste en une plateforme de communication qui repose sur un site web accessible, dont la communication est adaptée. Ces outils sont des conditions nécessaires pour faire circuler l’information et faire connaître les nombreuses propositions.

Créé en 2017 et développé par l'association Cédille, Culture accessible Genève promeut, via un agenda culturel en ligne, les différents événements adaptés disponibles. Chaque proposition figurant dans l’agenda garantit que l’offre bénéficie de mesures spécifiques ou dispose d’un accueil personnalisé pour que tous et toutes puissent pleinement en profiter.

En parallèle, le site recense les conditions d'accès et les aménagements des bâtiments culturels afin de préparer et faciliter les déplacements. Il présente un répertoire descriptif des différentes mesures d'accessibilité existantes à Genève ainsi qu’un annuaire des professionnel·le·s formé·e·s à ces mesures. Cela favorise la création d’un trait d’union entre ces dernier·e·s, de futur·e·s partenaires, et le public.

Favoriser l’accessibilité digitale

Un site internet accessible pour toutes et tous représente un challenge technique. Grâce à la collaboration entre le Centre de compétences en accessibilité de l’Association pour le Bien des Aveugles et et une forte implication d’une agence web spécialisée en accessibilité, l’accès à l’information a été simplifié pour différents types de handicaps. La compatibilité avec les lecteurs vocaux, l’agrandissement des caractères utilisés par les personnes en situation de handicap visuel ou la navigation fluide au clavier sont des exemples concrets qui facilitent la lecture des pages pour le plus grand nombre. Certaines des descriptions d’événements de l’agenda sont aussi rédigées en langage facile à lire et à comprendre (FALC).

Concevoir le site pour qu’il s’adapte à la diversité des handicaps a représenté un grand défi. Par exemple, pour les personnes sourdes, ou les personnes en situation de handicap psychique ou mental, la communication à l’aide d’images et de phrases simples est à privilégier. Ce type de communication ne sied en revanche pas du tout à un individu avec handicap visuel. Il ou elle ne peut pas s’appuyer sur des images, et, souvent, utilise un registre de langue plus complexe. Il a donc fallu tenir compte de toutes ces composantes et adapter la communication de chaque proposition dans sa rédaction. Le graphisme, lui, est commun à l’ensemble du site internet. Il répond aux exigences de contraste, de taille et de lisibilité des règles de l’accessibilité.

Culture accessible Genève ambitionne par ailleurs de faire connaître les enjeux concrets des différents handicaps aux institutions qui promeuvent des événements accessibles. Ce projet encourage les rapprochements entre les acteurs culturels et les associations spécialisées [2] dans la mise en place de mesures inclusives. Son lien régulier avec les institutions les a fortement sensibilisées et elles ont développé des propositions adaptées.

Comprendre les critères d’accessibilité

Chaque sortie culturelle qui se passe mal peut revêtir un caractère excluant. Par exemple, sous-titrer en français pour le tout public un film ou un spectacle proposé en langue étrangère n’est pas forcément une mesure d’accessibilité suffisante pour une personne sourde. Cette dernière a aussi besoin d’une adaptation du registre de langue. Si, en plus, le sous-titre est interrompu lorsque, soudainement, une partie du spectacle se déroule en français, la personne avec handicap auditif perd toutes ses ressources. Autre exemple : l’offre d’un spectacle audio-décrit pour les personnes malvoyantes n'est vraiment complète que si elle comprend une proposition de guidage, par exemple depuis un arrêt de bus, ou un itinéraire clair.

A ce titre, Culture accessible Genève garantit une certaine qualité des propositions et accepte de recenser uniquement les offres culturelles réellement adaptées aux publics en situation de handicap.

Inclure chaque citoyen·ne

Atteindre les publics en situation de handicap et encourager leur participation à des activités culturelles, même accompagnées de mesures spécifiques, est un travail de longue haleine. Disposer d’un outil accessible pour promouvoir ces événements, c’est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant.

De leur côté et comme déjà mentionné, les institutions doivent travailler avec les spécialistes pour développer des mesures de culture inclusive, prenant en compte l’ensemble des spécificités rencontrées par les personnes en situation de handicap lors de leurs déplacements culturels. Des actions d’information et de sensibilisation auprès des publics concernés doivent être menées pour que les mesures soient connues afin que les habitudes changent et que chacun·e se sentent adressées et incluses.

 

Le projet Culture accessible

Culture accessible Genève est un projet de l’association Cédille. Il a pour mission de favoriser l’information et la communication des propositions, ainsi que la valorisation et l'encouragement du travail des professionnel·le·s du secteur culturel. Son but est aussi de fournir des informations utiles à l'entourage des personnes en situation de handicap et de sensibiliser un plus large public à l'importance de proposer une offre culturelle adaptée, sans cesse grandissante.

https://culture-accessible.ch/

[1] Chiffres présentés par Jeanne Pont, attachée culturelle au Département de la culture et de la transition numérique de la Ville de Genève, dans le Journal de la Culture du 17 octobre 2019, sur la chaîne Léman Bleu.

[2] Citons par exemple les associations Dire pour Voir, Ecoute Voir, Regards neufs, Fondation Cap loisirs ou Asa-Handicap mental

Cet article appartient au dossier Chaudron de culture

Comment citer cet article ?

Julia Schaad et Stéphanie Cavallero, «Informer de l’offre culturelle inclusive, ce défi», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 2 septembre 2021, https://www.reiso.org/document/7872

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