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Jeunes messagers de la solidarité auprès des pairs

Lundi 13.07.2015

Comment renforcer la participation des jeunes dans des actions concrètes de solidarité ? Une récente expérience a recours aux « élèves ambassadeurs » pour accroître l’impact d’un message auprès du jeune public.

Par Anne-Céline Machet, responsable de la sensibilisation à Terre des Hommes (TdH) Suisse

Pour inscrire la réalisation des droits de l’enfant dans la durée, les bénéficiaires eux-mêmes, en tant qu’acteurs de leur propre développement, doivent pouvoir porter la revendication de leurs droits. Il est donc essentiel de promouvoir la participation des enfants et des jeunes et de favoriser le développement d’espaces dans lesquels ils sont présents, prennent la parole et négocient avec les autres acteurs.

En Bolivie par exemple, cela se traduit par des enfants travailleurs qui revendiquent leurs droits et expriment leurs problèmes spécifiques en utilisant du matériel audiovisuel, diffusé ensuite à la radio ou la télévision locale. En Colombie, des jeunes paysans, urbains et indigènes fréquentent des écoles de leadership afin de renforcer leurs capacités argumentatives et mettre en avant les problèmes spécifiques auxquels ils font face, contribuer à l’incidence politique et sociale et à la construction de la paix.

L’éducation à la citoyenneté

En Suisse, l’action de TdH [1] se concentre autour de la sensibilisation des jeunes à la solidarité internationale et à la citoyenneté [2]. Il s’agit de sensibiliser les enfants genevois à la réalité de vie d’enfants ailleurs dans le monde, dont les droits sont bafoués, au travers d’ateliers impliquant leur capacité de réflexion et d’analyse. Les élèves sont ensuite invités à agir concrètement, ici et maintenant, chacun à son niveau.

Pour compléter ces actions concrètes et renforcer l’appropriation et l’impact de son message, la parole est donnée aux jeunes eux-mêmes, qui deviennent alors, s’ils en ont envie, ambassadeurs d’un message de solidarité auprès de leurs camarades. Le postulat initial est qu’un enfant aura une écoute bien supérieure si une activité ou un questionnement lui est apporté par un enfant de son âge, voire un « grand frère » ou une « grande sœur », plutôt que par un « adulte qui sait ». Quelques exemples montrent l’approche utilisée.

  • Robin des Watts : les élèves des classes pilotes animent des ateliers

Ce programme d’énergie solidaire, conduit par l’association Terragir et Terre des Hommes Suisse entre les classes suisses et des écoles péruviennes ou boliviennes, s’inscrit sur une année scolaire. Les classes de 7P/8P sont sensibilisées sur le thème « économiser l’énergie ici pour mieux vivre là-bas » au cours de cinq animations réparties entre novembre et avril. Courant mai ou juin, ces classes pilote sont ensuite invitées, lors de la « journée solidaire » qui clôt l’action, à relayer ce message à l’ensemble des autres élèves de l’école. En s’appropriant le matériel pédagogique (maquettes des écoles rénovées, panneaux ludiques comparant la Suisse et les Andes) mais surtout le contenu de ce qui leur a été présenté les mois précédents, ces élèves, avec leurs mots, arrivent à captiver leur auditoire plus jeune. Depuis 2009, ce sont près d’une centaine de classes dans une quarantaine d’écoles qui ont ainsi joué ce rôle d’ambassadeurs auprès de leurs camarades plus jeunes.

Sur la base d’un rapport sur les économies d’énergie réalisées dans l’école du Val-d’Arve l’année précédente, deux classes de 7P se sont préparées, par groupe de trois ou quatre, à faire la tournée de toute l’école afin de présenter les alternatives possibles en terme d’économie d’énergie (interrupteur déporté, fiche de bonne utilisation du chauffage) ainsi que les résultats obtenus dans les écoles soutenues au Pérou. Malgré le trac, ils ont tous relevé le défi et en ont retiré une grande satisfaction

  • Marche de l’espoir : les élèves d’une classe spécialement motivée mettent en scène l’animation

Pour la première fois en septembre 2014, une vingtaine d’élèves volontaires de 7/8P de l’école Pré-Picot ont révélé leurs talents pédagogiques en jouant l’animation proposée par les intervenants de Terre des Hommes Suisse auprès de leurs camarades. Un travail préalable a été mené avec cette classe volontaire afin que les élèves eux-mêmes construisent leur message : pourquoi participer à la Marche de l’espoir ? Comment vivent les enfants Yanomami en Amazonie brésilienne pour qui la Marche 2014 a été organisée ? Comment s’inscrire à la Marche ?

Ensuite, par groupes de trois ou quatre, les élèves ambassadeurs ont animé des séquences de présentation de 10 à 20 minutes dans les autres classes de l’école. A la fin de leurs interventions, les élèves ont expliqué le stress d’être face à un public, dit aussi qu’il n’est pas toujours facile de garder l’attention des plus petits, mais qu’ils ont eu la satisfaction d’avoir donné envie à leurs camarades de participer à l’événement. Les enseignants ont trouvé l’expérience enrichissante pour tous, même si, en début d’année, il n’est pas toujours évident de consacrer plusieurs périodes à la formation et à l’accompagnement de la classe ambassadrice. L’expérience sera renouvelée dans quelques classes à la rentrée 2015, sous réserve de trouver des enseignants motivés par cette expérience avant tout pédagogique…

  • Téléphones portables et droits de l’enfant : quatre expériences différentes sur l’année scolaire 2014-2015

1. Au CEC André-Chavanne, des ateliers en classe et un stand pendant les pauses. Après avoir vécu l’animation visant à faire prendre conscience des impacts environnementaux et sociaux de notre sur-consommation de téléphones portables, une classe de 2e année a monté un projet pour faire passer le message aux autres classes de l’établissement.

Ainsi, pendant toute une semaine au mois de décembre, une cinquantaine de présentations de 15 minutes ont été menées et un stand d’information et de collecte de téléphones portables a été tenu pendant les pauses. L’enseignant responsable de cette action a soulevé l’enthousiasme de ses élèves « qui ont relevé le défi avec panache ». Pas toujours évident, quand on a 16-17 ans, de s’exposer ainsi devant ses pairs…

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A Lancy, des apprentis présentent aux enfants du primaire le contenu d’un téléphhone portable. © Souad von Allmen / Terre des Hommes Suisse

2. A Lancy, des filières se rencontrent. La plateforme EDD (Education en vue d’un développement durable), portée par la Ville de Lancy et le Département de l’instruction publique, de la culture et du sport de l’Etat de Genève, rassemble tous les établissements scolaires et de formation professionnelle de la Ville. L’objectif est d’échanger les bonnes pratiques et de fédérer les écoles autour de projets communs. En 2015, tous les établissements lancéens ont choisi de suivre l’animation « Téléphones portables et droits de l’enfant ». En plus de la sensibilisation de 1700 élèves dans 11 établissements, l’intérêt du projet a été de proposer des échanges entre les filières.

Ainsi, 20 classes primaires ont pu visiter les ateliers d’électronique du Centre de formation professionnelle technique (CFPT). Pour chaque classe primaire, cette visite de 45 minutes, entièrement animée par les apprentis électroniciens, a permis de compléter l’animation réalisée par TdH précédemment et de faire découvrir les métiers de l’électronique aux plus jeunes. Bilan : des apprentis fiers de montrer ce qu’ils apprennent, des échanges nourris entre l’apprenti et ses deux « petits », des enseignants du CFPT surpris par le bon comportement et l’implication de leurs apprentis.

Une dizaine d’élèves du Collège de Saussure sont aussi intervenus auprès de classes de 7/8P. Malgré le stress de se retrouver seul face à de jeunes enfants, les collégiens ont apprécié les ateliers menés sous forme ludique et ce bon exercice pédagogique.

3. Le Cycle d’orientation du Marais à Onex bat le record de collecte de téléphones portables. Six élèves du cours facultatif « Solidarité » se sont mobilisés pour recueillir un maximum de téléphones portables non utilisés, afin de leur offrir une seconde vie. 409 téléphones ont ainsi été collectés en 6 mois, un record absolu pour un groupe scolaire ! Les élèves ont tout d’abord expliqué la problématique et réalisé des supports de communication pour faire passer l’information au sein de leur établissement. Ils ont ensuite diffusé un reportage dans les médias locaux de leur ville (journal et télévision) et ont réalisé du porte-à-porte auprès des commerçants et particuliers de la Ville.

4. Une classe de 5P de l’école d’Athenaz anime un atelier dans les classes de 1 à 4P. Sur une suggestion de leur enseignante, des élèves de 5P (8-9 ans) ont conçu une toute nouvelle animation autour des téléphones portables, à destination de leurs petits camarades de l’école. Avec un vocabulaire et des questionnements adaptés à leur public, ces jeunes ambassadeurs ont réussi à entrer en interaction avec les petits sur les thèmes des droits de l’enfant, des composants des téléphones portables, des conditions d’extraction de l’or contenu dans les téléphones et finalement des bonnes pratiques à mettre en œuvre pour réduire l’impact négatif de ces objets du quotidien. Une collecte de téléphones portables a ensuite été organisée au sein de l’école.

Ces divers exemples d’élèves endossant le rôle d’ambassadeurs au sein de leurs écoles ou dans leur entourage montrent l’intérêt que le corps enseignant, et bien entendu les élèves, développent pour ce type d’expériences innovantes. L’élève est ainsi mis dans la peau de l’enseignant, avec un objectif pédagogique à atteindre et un public à intéresser et convaincre. Il peut alors révéler ses compétences pédagogiques et d’écoute, et réfléchir aux meilleurs moyens de faire passer un message. Autant de qualités qui lui serviront sa vie durant.

[1] En savoir plus sur ce travail de sensibilisation sur cette page du site internet de TdH Suisse

[2] Lire l’article : « Quand les enfants et les jeunes s’ouvrent au monde », de Michel Vacheron, revue REISO, 29 septembre 2014.

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