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De l'importance de traquer les polluants du quotidien

Vendredi 18.09.2026

À l’EPFL, Camille Étienne a présenté ses travaux sur les PFAS et, plus largement, les difficultés à identifier, documenter et prévenir les risques pour la santé liés aux substances chimiques présentes dans la vie quotidienne.

Par Jean Martin, médecin de santé publique

pollution martin zenker dmada7jd028 unsplash© Martin Zenker / UnsplashComment se protéger de substances chimiques devenues omniprésentes, alors même que leurs effets restent parfois difficiles à établir ? Cette épineuse question a occupé une place importante lors du septième « Showcase — Impact Innovation Summit », organisé le 17 septembre 2026 à l’EPFL par le Centre Enterprise for Society (E4S) [1].

Parmi les personnes invitées figurait la militante climatique Camille Étienne, autrice du récent Pour un soulèvement écologique. Après avoir donné une conférence en séance plénière et animé un atelier, elle a dialogué avec Emmanuel Faber, ancien PDG de Danone, devenu fondateur et président de l’International Sustainability Standard Board (ISSB). Le but de cette organisation est de créer un langage comptable commun aux entreprises afin de faciliter la comparaison de leurs informations financières, notamment en matière de droits humains, de climat et d’émissions de CO₂.

Des PFAS à une loi française

Camille Étienne a surtout parlé des recherches qu’elle mène depuis trois ans en rapport avec une nouvelle dimension de ses engagements. Sensibilisée aux risques liés aux nouvelles substances chimiques introduites dans la vie quotidienne, elle a traité particulièrement des PFAS. Elle a ainsi mis en lumière comment ses démarches, menées avec de multiples collaborations, ont accompagné en France l’adoption d’une loi consacrée aux PFAS. Elle a décrit les moyens mobilisés : enquêtes sur le terrain, contacts avec des scientifiques, des parlementaires, communication aux médias afin de donner de la visibilité aux éléments mis au jour, notamment dans l’agriculture mais aussi dans l’industrie chimique elle-même.

Parmi les éléments préoccupants relevés figure le fait que les tests de toxicité concernant de nouvelles substances seraient réalisés pour l’essentiel par l’industrie elle-même, tandis que les États ou l’Union européenne ne disposeraient pas toujours des moyens nécessaires pour suivre adéquatement ces développements.

Établir la preuve des contaminations

Un aspect important, voire déterminant, des actions — souvent des combats — menées face aux risques liés à certains produits ou pratiques réside dans l’établissement des preuves. La difficulté consiste à identifier l’origine des expositions et des pollutions chimiques, puis à établir les dommages qui leur sont associés. Elle se révèle d’autant plus sensible lorsqu’il s’agit de potentiels « marchands de maladies ».

La large dispersion de ces substances dans l’environnement complique l’identification des responsabilités. Une même molécule pouvant être produite par plusieurs industries, il devient difficile d’attribuer une contamination à une entreprise précise. À cette incertitude s’ajoutent d’autres arguments, comme celui d’une mauvaise utilisation du produit, ainsi que des enjeux liés au secret industriel ou à la liberté d’entreprendre. Par ailleurs, comme les atteintes à la santé humaine ou animale, voire végétale, apparaissent le plus souvent avec un délai parfois important, la difficulté s’accroît encore. Il devient alors particulièrement ardu d’agir efficacement et suffisamment tôt pour préserver la santé du public.

Cet exemple illustre les risques associés à l’expansion massive et mal maîtrisée, au cours des dernières décennies, de l’exposition à des substances potentiellement nocives et mises sur le marché alors que des garanties suffisantes sur leur non-toxicité ne sont pas disponibles. La question appelle ainsi une vigilance appelée à se prolonger.

Une mobilisation qui s’élargit

Sans abandonner leurs autres domaines de militance, en particulier le climat, Camille Étienne et son association « Avant l’orage » consacrent ainsi une activité importante aux enjeux médico-socio-sanitaires liés à la présence croissante de substances chimiques dans la vie quotidienne et les organismes.

Finalement, la Française a indiqué être occupée à la relecture des épreuves d’un nouvel ouvrage consacré à ce sujet, intitulé Le facteur X.  Le « X » fait référence aux dimensions encore mal identifiées, voire « mystérieuses », du moins dans un premier temps, de ces risques. Le programme annoncé est vaste : mieux cerner ces risques et développer les recherches et les actions susceptibles de les écarter.

Références citées

Étienne, Camille, Pour un soulèvement écologique. dépasser notre impuissance collective, Seuil, 2023, 176 p.

[1] Selon le descriptif publié sur son site internet, « la mission du Centre E4S consiste à tirer parti des atouts, de l’expertise et des réseaux combinés de l’Université de Lausanne, de l’IMD et de l’EPFL, afin de donner à la société les moyens de relever les grands défis mondiaux de notre époque ». En savoir plus sur le Centre E4S 

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