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À Genève, une rencontre entre entreprises et bénéficiaires de l’Hospice général a réuni 83 personnes en recherche d’emploi. En une matinée, plus de 130 entretiens ont permis d’esquisser d’autres voies d’accès au marché du travail.
© Hospice général
Mardi 3 mars, dans les locaux du service d’insertion professionnelle de l’Hospice général, une matinée de recrutement a pris une forme inhabituelle. À Louis-Casaï, des entreprises locales sont venues à la rencontre de personnes accompagnées, sans passer par l’étape préalable du tri sur dossier. L’initiative, portée par l’Unité contact entreprise, visait à créer les conditions d’un échange direct, là où les procédures classiques tendent à filtrer en amont.
Huit entreprises, actives notamment dans le nettoyage, le bâtiment ou la voirie, ont participé à l’événement, dont plusieurs nouvelles partenaires de l’institution. Face à elles, 83 candidates et candidats se sont succédé·es tout au long de la matinée. Au total, plus de 130 entretiens courts ont été menés, dans un format volontairement resserré, centré sur la prise de contact.
Derrière ce dispositif, un objectif explicite : déplacer, au moins temporairement, les critères d’accès à l’entretien d’embauche. En suspendant la sélection sur curriculum vitae, il s’agit de permettre à des profils peu lisibles ou discontinus — reconversions, parcours migratoires, expériences non reconnues — d’accéder à une première rencontre.
Les échanges se construisent alors autrement. La motivation, la capacité à se projeter dans un poste, les compétences transférables prennent le pas sur les trajectoires formalisées. Dans des secteurs confrontés à des besoins de main-d’œuvre, cette approche ouvre un espace de recrutement plus souple, sans pour autant lever l’ensemble des exigences.
Les personnes rencontrées évoquent, à travers des parcours variés, une même attente : stabiliser leur situation professionnelle et sortir d’une dépendance à l’aide sociale. Pour certaines, l’enjeu est de faire reconnaître des expériences acquises à l’étranger ; pour d’autres, de donner une suite concrète à une formation récente ou à un stage.
Du côté des entreprises, le format est perçu comme une opportunité d’élargir les modes de recrutement et d’accéder à des candidatures qui échappent aux circuits habituels. La rencontre directe permet de nuancer l’évaluation des profils et de prendre en compte des éléments difficilement perceptibles dans un dossier.
Plusieurs limites apparaissent toutefois. La maîtrise du français est fréquemment mentionnée comme un obstacle, en particulier dans des métiers où la compréhension des consignes de sécurité est indispensable. Cette exigence rappelle que, malgré l’assouplissement des modalités de sélection, les conditions d’accès à l’emploi restent structurées par des compétences attendues, difficilement contournables à court terme.
Dans un contexte de besoins en personnel, les entreprises soulignent également l’efficacité d’un dispositif permettant des échanges rapides et ciblés. La brièveté des entretiens, si elle favorise la multiplication des contacts, pose néanmoins la question de la profondeur de l’évaluation.
Pour une partie des personnes rencontrées, les échanges pourraient déboucher sur des stages de courte durée, allant d’une à quatre semaines. Présentés comme une phase d’essai, ces stages visent à vérifier l’adéquation entre les attentes de l’employeur et les compétences mobilisées sur le terrain.
Lorsque l’expérience est jugée concluante, elle peut ouvrir sur des formes d’engagement plus durables. Ce passage progressif du stage à l’emploi constitue un levier d’insertion, tout en transférant une partie de l’évaluation dans la situation de travail elle-même.
Les personnes restent accompagnées par l’Unité contact entreprise tout au long du processus, ce qui inscrit la démarche dans une continuité d’intervention plutôt que dans un simple événement ponctuel.
Cette rencontre met en lumière une tentative de rapprochement entre dispositifs d’aide sociale et tissu économique local. Reste à en mesurer les effets concrets, au-delà de la mise en relation initiale. Un bilan de cette première édition est annoncé, avec la perspective d’autres rencontres sectorielles.
(CROC, avec Hospice général)

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