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Une éthique pour humanistes combattants

Mardi 26.03.2019
  •  «Ethique du samouraï moderne. Petit manuel de combat pour temps de désarroi», de Patrice Franceschi. Paris : Grasset, 2019, 185 pages.

Recension par Jean Martin

Franceschi

Patrice Franceschi est un écrivain français à la carrière mouvementée : aviateur, marin, aventurier dans des régions en guerre, défenseur de populations menacées. Il s’est intéressé aux sagesses d’ailleurs et publie les enseignements d’un maître japonais oublié – et virtuel – pour un « humanisme combattant ». La ligne générale est proche du stoïcisme, marquée par le devoir de vivre pour le bien commun et toujours travailler, notamment au service de autres (« le temps est votre bien le plus précieux sur terre »), d’être toujours « sur des routes ascendantes », d’être aux aguets, de s’éloigner des faussaires. Tout en étant autonome, en « demeurant son propre souverain. »

De quelques vertus

« Il est rare que le courage appelle le courage, mais la générosité appelle presque toujours la générosité. Donner peu c’est recevoir peu. Donne beaucoup c’est recevoir beaucoup. Toutefois, s’il vous arrive de donner beaucoup et de recevoir peu, n’en soyez pas blessés. L’ingrat est toujours à lui-même sa propre victime. »

« La vérité a un frère qui s’appelle le silence – c’est lui qui l’aide à naître. Et le mensonge a un allié qui s’appelle le bruit – c’est lui qui l’aide à se propager. Préservez le premier partout, combattez le second sans cesse. »

« Ne faites pas comme les grands esprits qui dissertent leur vie entière sur le bien et le mal et que l’on voit rarement accomplir le premier et éviter le second. »

« Qu’est-ce que l’ignorance ? Quelque chose de toujours préférable aux faux savoirs. »

Mener son existence

« Jusqu’à votre dernier souffle, ‘pensez pour agir droitement’.»

« Penser est la première tâche. Mais cela est dérisoire si la pensée ne mène pas à l’action et l’action à la pensée ? »

« N’écoutez pas les enseignements d’hier qui affirment que le corps n’est rien et que l’esprit est tout. N’écoutez pas davantage ceux qui prétendent que l’esprit peut attendre (…) Que votre corps soit aussi sec que votre esprit est aiguisé. »

« Pour triompher des épreuves, soyez comme les cerisiers en fleurs : une hache suffit à les abattre mais rien ne les trouble parce que les mille fleurs sont leur œuvre. »

« Faites-vous à l’idée qu’une vie entière peut se révéler insuffisante pour atteindre ces buts, et n’en soyez pas effrayés. Il faut être comme ces sages qui, pour voir pousser une chêne, s’assoient à son pied et attendent.»

« Observer la pluie qui tombe. Elle féconde la terre sans jamais rien demander pour elle, elle disparaît pour mieux renaître. Soyez à l’égal de la pluie : généreux. »

La vie et la mort

« Vivre entièrement et sans délai. Vivez au pas de charge – alors, vers la mort vous irez d’un pas tranquille (…) Quoi que vous fassiez, il faut laisser derrière vous le fruit de votre passage. A tout le moins, transmettre ce que vous avez reçu. »

« Deux peurs sont répandues à part égale parmi les hommes. La crainte de la mort est une angoisse devant l’inconnu et la peur de vivre est une paralysie. Pour conjurer l’une et l’autre, nous disposons d’un seul moyen : faire de chaque seconde une vie entière. »

« Ainsi donc, rien ni personne n’est à craindre, hors l’effroi de ne rien faire du peu de temps que la vie nous concède avant de nous l’ôter. »

« Vous devez vous demander à chacune de vos décisions : déciderais-je la même chose si ma vie n’avait pas de fin ? Et le plus souvent agir et penser comme si votre vie n’avait pas de fin. »

« Autre chose de plus net encore : il ne faut pas s’attarder à vivre. Pourquoi allonger indéfiniment son existence au-delà du jour où on n’est plus que l’ombre de soi-même ? N’est-ce pas là la limite ? ll faut vivre vite et partir à temps. »

Les choses sacrées

«‘Maître, nous vous écoutons mais vous êtes trop vague concernant les choses sacrées’. Réponse : N’écoutez pas les vieilles morales prétendant qu’elles ne peuvent surgir que des grandes idées de l’esprit. Le sacré dont je parle provient des choses simples. Donc, choisissez ce qui doit être sacré pour vous : votre famille ? L’art ? Votre pays ? Vous me dites alors : ‘ll n’y a là que des choses normales.’ Réponse : Dans notre éthique, le sacré ne provient pas des choses elles-mêmes mais de l’amour qu’on leur porte. Si vous aimez les choses au point de décider qu’elles valent de risquer votre vie pour elles, le sacré surgira. »

Et pour finir

« Le malheur selon nos anciens : tout ce que nous voulons et qui n’arrive pas, tout ce que nous ne voulons pas et qui arrive quand même. »

« Nous autres samouraïs modernes appelons ‘petit chaos’ la disparition progressive des libertés du quotidien. Le petit chaos s’ajoute au ‘grand chaos’ – la guerre de tous contre tous – comme s’emboîtent deux poupées russes. »

« La somme des connaissances est sans fin. Il est nécessaire de choisir entre ce qui doit être acquis et ce qui peut être délaissé Ce qui doit être acquis est tout ce qui vient au secours de l’esprit. Ce qui peut être délaissé est tout le reste. »

« Le bonheur n’est rien d’autre que l’adéquation constante entre ce que l’on pense et ce que l’on fait. Le reste vient ensuite. »

« Maître, quelle sera notre meilleure arme pour affronter les barbaries naissantes et celles à venir ? Ce sera la littérature comme arme de combat, et la poésie comme cuirasse de vie. »

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