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La vie en EMS peut aussi être une libération

Lundi 15.06.2009

Contrairement aux idées reçues, la vie en EMS permet aux individus de construire et d’organiser une vie privée. Les travailleurs des EMS essaient de cimenter les relations sociales à l’intérieur de ces lieux.

Par Vanessa Willy, mémoire à la Chaire francophone de Travail social et politiques sociales de l’Université de Fribourg

Le vieillissement représente un des enjeux pluriels de la société contemporaine, raison pour laquelle les politiques sociales tentent d’atteindre un idéal quant à la qualité de vie proposée aux personnes du grand âge. Elles doivent ainsi permettre à ce que l’allongement de l’existence ne soit pas un poids pour ces citoyens, mais qu’il ait du sens. Dans cette optique et afin de dispenser les soins nécessaires aux individus âgés et dépendants, le contexte structurel des établissements médico-sociaux s’est amélioré ces dernières décennies en termes d’hébergement, de médicalisation et de prestations.

Cependant, les enjeux du vivre ensemble se situent à un autre niveau. Le placement au sein d’une communauté de « contrainte » compromet certaines des libertés individuelles qu’avaient acquises les personnes âgées durant leur existence autonome. Ainsi, l’entrée dans un home s’envisage comme une rupture totale, du fait de la perte des routines développées au cours de la vie, de la diminution de la marge de manœuvre ou encore de la remise en question des liens électifs.

L’EMS peut aussi libérer les gens

Que les personnes âgées se confinent dans cette communauté de contrainte ou qu’elles y soient confinées par des tiers, le placement en institution représente un bouleversement. En fonction de la manière dont les aînés investissent les lieux, ils déploient les ressources personnelles capitalisées par le passé, tout en intériorisant les supports intra-contextuels qui sont à leur disposition. Paradoxalement, cette communauté de contrainte se révèle également libératrice, laissant entrevoir des possibles auxquels les personnes âgées ne pouvaient prétendre jusque-là. Ces trajectoires d’intégration permettent alors de nouveaux modes de vie ou des renouveaux identitaires.

Après que les aînés ont été extirpés de la sociabilité sociétale traditionnelle et réintégrés dans une sociabilité constituée de toute pièce par les pouvoirs publics, leur existence s’enracine dans le présent. Cette communauté extra-mondaine met alors en exergue des formes de sociabilité singulières, à savoir des relations superficielles, hiérarchique ou électives quoique contraintes.

La place de l’individu reste forte

Cet être-ensemble du quatrième âge, de prime abord vide de symbolique, revêt donc a posteriori un sens particulier pour ses membres. Le home s’assimile également à une communauté d’individus, permettant aux résidents d’improviser une existence personnelle grâce à l’oscillation entre la sphère privée et les espaces publics. Ainsi, cette communauté, qui est érigée comme une micro réplique de la société, donc basée sur un vivre-ensemble répondant à des modes de fonctionnement similaires, confère une place importante à l’individualité.

Quant aux intervenants, ils constituent le ciment central de ce microcosme, faisant tenir cette communauté vide de symbolique.

  • Ce texte est un résumé d’un travail de mémoire passé à la Chaire francophone de Travail social et politiques sociales de l’Université de Fribourg, sous la direction du Professeur Marc-Henry Soulet. La recherche de Vanessa Willy a reçu le Prix de la Faculté des Lettres 2008 et obtenu la note I (Summa cum laude). Il vient de paraître chez Academic Press Fribourg, Collection Lecture du social, 104 pages, 22 fr.
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