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La mort ? Parlons-en et « s’aidons » le passage !

Lundi 15.10.2012

Dans sa forme à la fois sérieuse et ludique, la tournée romande du théâtre forum sur les soins palliatifs a rencontré un vif succès auprès des professionnel·le·s et du grand public.

Par Sissy Lou, comédienne à la Compagnie Carré d’Choc, et Michel von Wyss, président de la Fondation La Chrysalide

La Fondation La Chrysalide a été créée en 1998 pour mettre sur pied un Centre de soins palliatifs de 13 lits, promouvoir le développement des soins palliatifs dans le canton de Neuchâtel, apporter aide et soutien aux personnes en fin de vie et à leurs proches, aux professionnels et bénévoles concernés, soutenir les personnes endeuillées, contribuer à l’évolution des mentalités à l’égard de la mort dans le sens de son acceptation comme une composante de la condition humaine, plutôt que comme un échec. Depuis 2006, l’unité hospitalière La Chrysalide a été reprise par l’Hôpital neuchâtelois et la fondation agit désormais pour la promotion des soins palliatifs dans le canton de Neuchâtel, l’Arc jurassien et, plus largement, en Suisse romande.]] a créé l’exposition « Si un jour je meurs… les soins palliatifs s’exposent » pour sensibiliser le grand public à la mort, particulièrement « la mienne et celle de mes proches ». Reconnue pour son langage novateur sur un sujet a priori lourd, cette exposition itinérante et a été reprise à Lausanne, Genève, Bienne, Delémont, Bruxelles et en Valais. La tournée a créé des liens et donné envie aux partenaires des cantons romands de vivre et de partager d’autres événements avec des modes de communication destinés tant aux professionnels et aux bénévoles concernés par l’accompagnement en fin de vie qu’au grand public.

Dans cette recherche d’autres façons de communiquer, à la fois sérieuses, de qualité et avec, si possible, une touche ludique, la fondation a publié le dossier « À la vie…à la mort ! » [1]. C’est dans le même esprit et dans le même but qu’a été lancée la tournée de théâtre forum « S’aider le passage » présentée ici.


 

La rencontre de Carré d’Choc et d’Arcalande

Jeanine Qannari et Sissy Lou se sont rencontrées il y a dix ans au détour d’un stage où l’une préparait un récit de vie et l’autre un conte sur les veufs. Elles ne se sont plus quittées depuis lors. Les histoires et les contes sont le liant de leurs deux compagnies, Carré d’Choc et Arcalande, comme dans leur création Les Fées railleuses présentée en Avignon en 2007.

Au fil des années, les deux comédiennes se sont spécialisées dans le théâtre citoyen qu’elles considèrent comme un théâtre où l’on ne triche pas, un espace de parole où chacun a sa place, un moment de différence accordé par un maître de jeu et applaudi par le public.

L’idée du spectacle de théâtre forum « S’aider le passage » est née en 2010. Deux équipes mobiles de soins palliatifs, une du CHU de Nantes et l’autre du Centre Hospitalier de Saint Nazaire ont désiré créer un événement phare pour la journée mondiale des soins palliatifs, un événement qui devait sensibiliser le personnel soignant, les médecins mais aussi le grand public à cette thématique douloureuse. Elles ont alors fait appel à la Compagnie d’Arcalande, compagnie théâtrale nantaise dont une des spécialités est le théâtre forum sur les problèmes de santé.

Jeanine Qannari, directrice artistique, a rencontré les membres des deux équipes de soins palliatifs, le personnel soignant (infirmiers, aides soignants) de services différents, des médecins, des bénévoles ainsi que des familles ayant eu un proche en situation de soins palliatifs. A l’issue de ces entretiens individuels et collectifs, elle a écrit en collaboration avec sa collègue Sissy Lou, de la Compagnie suisse Carré d’Choc, le spectacle « S’aider le passage » qui a été joué dans les deux villes de Nantes et de Saint-Nazaire.

Dans ce théâtre-forum, deux comédiennes et un comédien jouent quatre scènes qui forment le « modèle ». Ce modèle est rejoué une deuxième fois et, lors de ce second jeu, le public peut interrompre les scènes et proposer sa solution afin d’améliorer la situation, le dialogue, l’interaction entre les personnages confrontés à des situations de fin de vie.

Lors d’une de leurs représentations de théâtre forum, Michel von Wyss, président de la Fondation La Chrysalide, a proposé aux deux compagnies de réfléchir à l’idée d’une tournée en Suisse romande. La suggestion s’est rapidement concrétisée avec les responsables des organisations de soins palliatifs des cantons romands qui se sont largement appropriés le projet. En septembre 2012, quatorze représentations ont été jouées dans sept cantons. Chaque fois, le public est entré dans la logique du théâtre forum en devenant « spect-acteur ».

Des questions et des interactions

De nombreux questionnements apparaissent dans les quatre scènes. Comment accompagner une personne en fin de vie ? Comment la soulager ? Qu’est-ce que je lui dis ? Qu’est-ce que je lui propose ? Est-ce que j’ai peur moi-même ? Qu’est-ce que je lui impose ? Est-ce que je lui propose une aide qui me convient ? Qui lui convient ? Est-ce qu’elle m’a demandé mon aide ? Est-ce que je m’adresse déjà à une mourante ? Mais non, une personne est vivante jusqu’à son dernier souffle ! Alors, prenons le temps pour un café avec une amie, une sortie de cueillette de champignons, un dimanche avec son fils, un repas de famille, une fête d’anniversaire, une évocation de souvenirs. Le temps d’une caresse, se regarder dans les yeux et se dire je t’aime.

Quand elles ont écrit « S’aider le passage », Jeanine et Sissy ont frissonné. Et puis elles ont aussi beaucoup ri. Leurs histoires sont véridiques. Des spectateurs pensent qu’elles ont parfois forcé le trait, mais elles sont au contraire souvent restées en-deçà de certaines réalités. Ecrire un texte sur un thème si sensible, si douloureux leur a demandé de passer en revue leurs propres peurs face à la mort.

L’équipe théâtrale a retrouvé le public suisse romand quatorze fois d’affilée. Un public impliqué, attentif faisant preuve de compétences extraordinaires. Lui aussi, comme les auteures, a frissonné et rigolé. Lors des représentations, les spectateurs réagissaient à des endroits différents du scénario. Quelques répliques ont régulièrement suscité des interactions. Parmi elles : « Prends un tic-tac ! Ça fait passer le temps. » « Si elle s’agite trop, attachez-la ! » « Pourquoi pas une thérapie avec les anges ! » « On est dans un hôpital ici, pas dans une kermesse. »

Pour les comédiens, cette tournée romande a permis de visiter une part d’humanité. Le spectacle s’est enrichi de centaines de mots, de phrases, de gestes, de silences salvateurs, de compréhension et d’acceptation.

Pour ne pas conclure

Y a-t-il un épilogue possible à cette aventure ? Les feed back du public et des organisateurs ont été unanimes et positifs, même si certains spectateurs ont été secoués par ce type d’expression et d’interaction. Le talent d’improvisation des deux actrices et de l’acteur a également été fortement apprécié et fait naître des envies de poursuivre la démarche dans des formations continues. Quant au « joker », tout à la fois animatrice, garante du bien-être du public et de sa bienveillance à l’égard des courageux intervenants, il a eu un rôle central et réussi à extraire de chaque intervention du public, telle une pierre précieuse de sa gangue, une parcelle de sagesse.

La tournée romande a été remarquablement bien accueillie : environ 2000 spectateurs ont fréquenté l’une ou l’autre des 14 représentations [2]. Ce succès a aiguisé l’envie de travailler ensemble, autour de nouvelles synergies, à la promotion des soins palliatifs.

[1] Lire la présentation sur cette page de REISO

[2] Un journaliste fribourgeois à la retraite a constitué bénévolement, et au profit de tous, un dossier de presse très professionnel, qui a facilité la promotion du spectacle tant au niveau romand que dans les différents cantons. Gratitude !

Nos remerciements chaleureux à la Commission des présidentes et présidents des organes cantonaux de répartition des bénéfices de la Loterie romande qui a accordé une aide financière substantielle à ce projet. Cela a permis de couvrir une large part des cachets de la troupe.

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