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Partenariat «santé-social» pour fêter la musique

Lundi 21.06.2021

A Fribourg, une collaboration interdisciplinaire entre monde académique et milieu culturel s’est initiée autour de la Fête de la musique. Objectifs ? Actions de préventions et de promotion de la santé, et projets de recherche.

Par Emmanuel Fridez, professeur, Haute école de travail social, Fribourg (HES-SO) ; Fabien Boissieux, directeur exécutif, Fête de la musique, Fribourg ; Nathalie Déchanez, maître d’enseignement, Haute école de santé (HES-SO), Fribourg

Popularisée en 1982 par Jack Lang, alors ministre de la Culture en France, la Fête de la musique (FDLM) avait pour but d’offrir les rues des villes aux musicien·ne·s, dès le premier jour de l’été. Ces artistes disposaient ainsi de l’autorisation de se produire bénévolement dans les espaces publics. Depuis ces prémices, l’événement a connu une évolution significative en transcendant les frontières. Il est devenu une référence incontournable, notamment dans de nombreux pays francophones comme la Suisse, le Canada et la Belgique, mais également en Allemagne, en Chine, en Suède ou en Grèce.

En Suisse, le concept est surtout populaire dans les grandes agglomérations romandes qui, chaque 21 juin, posent la Fête de la musique comme une référence culturelle majeure. Outre-Sarine, seuls quelques centres urbains comme Bâle, Berne ou Zurich l’agendent depuis peu.

En ville de Fribourg, ces festivités existent depuis 2003. Elles réunissent chaque année des centaines d’artistes et des milliers de spectateurs et de spectatrices. Ayant pour mission de produire des concerts le premier jour de l’été, la manifestation annuelle cherche à renforcer ses collaborations en créant des réseaux de compétences. L’objectif est de fortifier sa structure, d’innover dans ses offres et de créer de nouvelles dynamiques et concepts d’intervention dans une logique de durabilité.

Echanges de compétences au profit de la santé

En 2019, un partenariat s’est créé entre le milieu culturel, représenté par la Fête de la musique, et le monde académique, via la Haute École de travail social Fribourg et la Haute École de santé Fribourg. Ce partenariat s’appuie sur des réseaux informels, avec pour mission de développer des actions de préventions et de promotion de la santé. Ce type de collaboration est plutôt innovant en terre fribourgeoise.

Dans un premier temps, les trois partenaires se sont rencontrés de manière informelle, pour réfléchir et envisager la faisabilité d’une action collective. Les directions de chacune des deux Hautes écoles, ainsi que la direction de la Fête de la musique ont, dans un deuxième temps, mis des ressources à disposition, afin de soutenir cette démarche qui s’inscrit dans une logique de complémentarité et d’échanges de compétences.

Pour le milieu académique, qui propose une formation duale, l’accès à des projets concrets, de terrain, s’avère pertinent. Il offre la possibilité aux étudiant·e·s de se confronter à des réalités sociosanitaires actuelles. De même, l’intérêt se révèle probant pour le milieu de la culture, qui peut bénéficier des compétences, des savoirs et des réflexions des jeunes en formation. Les interventions peuvent ainsi être conçues de façon adaptée à différents contextes. Le milieu culturel disposant souvent des ressources limitées, ses acteurs et actrices peinent parfois à dégager du temps pour élaborer des concepts d’intervention sociosanitaires. Ainsi, ce partenariat s’inscrit dans une relation d’échanges « gagnant-gagnant ».

Les trois partenaires ont collaboré à la rédaction d’un concept de promotion de la santé et de prévention en faveur de la manifestation du 21 juin, dès 2019. Il est intéressant de soulever qu’avant la création de cette entente, la manifestation fribourgeoise ne disposait d’aucun concept de mesures préventives. Ainsi, un stand sur les dangers liés à l’audition en milieux festifs a pris place entre les scènes de concert. Son but est d’informer les visiteur·se·s sur les risques d’une exposition trop forte à la musique et des moyens de prévention disponibles. Des bouchons auditifs ont été distribués gratuitement avec le slogan « Sois à l’écoute de toi-même ». En plus, des quizz amusants et pédagogiques ont été proposés à l’ensemble des festivalier·e·s sur une base volontaire. Au total plus de 1’000 bouchons ont été donnés et plus de 100 individus ont été sensibilisés à cette problématique, notamment des familles avec des enfants en bas âge et des jeunes.

Une animation mobile a également été opérationnalisée. Il s’agissait d’une activité ludique et didactique sur les conséquences d’une consommation abusive d’alcool, nommée « Al-Cool ». En échange des réponses fournies, des « shots » de sirop ou d’eau minérale étaient offerts aux participant·e·s. Une centaine de personnes se sont prêtées au jeu, avec des réactions allant de la blague à une série de questionnements sur leur propre consommation. Un bilan très positif est ressorti de cette première expérience qui aurait dû être reconduite en 2020, mais n’a pas pu l’être dans sa forme coutumière en raison de la pandémie de Covid-19.

Evénements-ressources en santé mentale

En lien avec ce contexte pandémique particulier et les impacts directs sur le milieu culturel, la Confédération a mis en place des mesures visant à atténuer l’impact économique des entreprises et acteur·trice·s culturel·le·s [1]. Cette ordonnance a été modifiée en décembre 2020, afin de renforcer le soutien à la culture. Ainsi, des aides financières ont été allouées pour des projets de transformation, notamment liés à l’innovation, la durabilité et l’efficacité des projets culturels [2].

Dans le canton de Fribourg, deux volets sont mis en exergue. Il s’agit d’une part d’une réorientation structurelle des entreprises liées à la culture, et, d’autre part, d’une possibilité de regagner du public ou d’en atteindre de nouveaux [3] (État de Fribourg, 2020). Le partenariat ainsi scellé entre les trois structures a favorisé une réaction rapide et efficace à cette situation sanitaire exceptionnelle qui a stoppé du jour au lendemain la mise en place d’événements culturels.

fete musique 400© HETS-FR

Dans ce cadre, des étudiant·e·s réalisent en 2021 un projet de promotion de la santé sur l’importance des événements culturels en tant que ressource pour améliorer la santé mentale de la population en période pandémique. En parallèle, deux demandes de financement sont envisagées auprès du Canton de Fribourg. La première requête vise le renforcement de la coopération entre les trois institutions, dans un souci de pérennisation et d’opérationnalisation des interventions en promotion de la santé et en prévention. L’élargissement et le développement des actions à d’autres thématiques, comme la consommation de substances illicites, la violence, le racisme, la tolérance, l’inclusion, la santé mentale ou encore le harcèlement de rue résident au cœur de cette volonté d’ancrer le partenariat dans le long terme.

Labels en faveur de la santé

L’importance de l’opérationnalisation de mesures est renforcée par la présence de labels. Ceux-ci sont attribués aux manifestations culturelles qui remplissent et respectent une série de mesures contribuant à une meilleure gestion de l’événement, ainsi qu’à une réduction des risques en milieux festifs. Le « label fiesta » en Valais ou encore le « smart event » à Fribourg en témoignent. La mise en place de plusieurs concepts permettra ainsi d’obtenir pour la FDLM un label garantissant des mesures préventives, sécuritaires et organisationnelles plus sûres et plus respectueuses de l’ensemble des festivalier·e·s. Des certifiactions liés au handicap et à l’accessibilité des personnes à mobilité réduite peuvent également faire partie d’un concept plus large d’inclusion, comme le label de la « culture inclusive » de Pro Infirmis.

La seconde demande de financement concerne une recherche sur l’impact des nouvelles offres que la Fête de la musique veut mettre en place durant l’édition de 2021. Cette étude ambitionne d’évaluer la pertinence et l’adéquation de ces propositions, notamment face à de nouveaux publics. Le festival a par exemple lancé, cette année, une action « Gilets bleus ». Cette démarche aspire à rechercher des fonds voués à financer des artistes professionnel·le·s [4] de la région. Elles et ils joueront en faveur de personnes davantage impactées par la pandémie, telles que les résident·e·s d’EMS ou d’institutions spécialisées. Cette recherche d’impact de type participatif donnera l’occasion de visibiliser de nouvelles perspectives et prestations du festival, qui se réinvente et se transforme dans ce contexte particulier, appuyé par les milieux académiques.

Partenariat pour la solidarité et l’entraide

Cette expérience de partenariat entre monde académique et milieu culturel montre la nécessité de créer des réseaux qui peuvent être mobilisés, en temps normal, comme un levier à l’innovation. Ceux-ci peuvent également être stimulants et contribuer à la solidarité et à l’entraide dans des contextes particuliers.

Ces réseaux de compétences interdisciplinaires représentent une plus-value indéniable. Ils favorisent l’agilité en travaillant de concert en faveur des secteurs les plus impactés. Lorsque la culture souffre, à l’image du cas présent, c’est toute la société qui souffre, semblant amputée d’une partie de son ADN. Ainsi, en plus d’être une offre de cohésion sociale, de bien-être et de loisirs, la culture devient une actrice de la promotion de la santé et de la prévention. Elle révèle et/ou répond à des besoins de nouveaux publics. A travers un dialogue constructif de nouveaux partenaires, la transformation culturelle est donc en marche en ville de Fribourg.

Quelques liens utiles :

[1] Ordonnance sur les mesures dans le domaine de la culture prévues par la loi Covid-19.

[2] Art.3, 7, 8, 9, 10 de cette même ordonnance.

[3] En ce qui concerne l’acquisition de nouveaux publics, un projet déposé par la FDLM a déjà été reçu un avis favorable du Canton de Fribourg pour l’édition 2021. Celui-ci vise un soutien particulier à l’opération « gilets bleus », ainsi qu’un concert dans l’école primaire du quartier du Jura, en ville de Fribourg. Le concept de livestream proposé garantira l’accessibilité au concert à l’ensemble des classes dans le respect des gestes barrières.

[4] La focale est également mise sur les artistes professionnel·le·s au regard de l’impact financier que le monde artistique a subi et subit encore durant cette période de crise sanitaire.

Cet article appartient au dossier Chaudron de culture

Comment citer cet article ?

Emmanuel Fridez, Fabien Boissieux et Nathalie Déchanez, « Partenariat «santé-social» pour fêter la musique », REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 21 juin 2021, https://www.reiso.org/document/7590

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