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Pramont : la caméra derrière les barreaux

Lundi 21.09.2009

En Valais, des jeunes gens de 15 à 25 ans purgent leur peine encadrés par des éducateurs et des enseignants spécialisés. Coachés par la vidéaste Carole Roussopoulos, quatre d’entre eux ont pris la caméra pour raconter ce qu’ils vivent.

Par Marylou Rey, rédactrice en chef de REISO

Précisons d’emblée qu’ils n’ont pas été des enfants de chœur. Parmi les trente jeunes gens pris en charge par le Centre éducatif de Pramont (VS), certains ont un passé pénal lourd : violences, agressions, brigandages, trafic de drogue… En raison de leur jeune âge, ils ont droit à un traitement particulier avec un accent mis sur l’éducation, la formation professionnelle et l’aide psychologique.

« Certains viennent ici avec une seule envie : ressortir et recommencer les conneries », mais pas tous. Quatre d’entre eux, Yan, David, Michael et Samir ont eu le courage de témoigner à visage découvert. La vidéaste Carole Roussopoulos leur a confié la caméra et le micro. Dans « Pramont, une deuxième chance », ils filment leur lieu de détention, leurs activités, un éducateur, un prof de sports, des maîtres d’atelier et le directeur. Surtout, ils s’interviewent mutuellement sur leurs aspirations, leurs frustrations et leur avenir…

Le symbole du vouvoiement

« A Pramont, c’est pas des matons. C’est des éducateurs et ils veulent vraiment nous aider », dit l’un. « Ici, y’a du respect », dit l’autre. Un troisième explique que le vouvoiement est utilisé par tous les éducateurs. Un détail peut-être, mais un symbole fort pour ce jeune étonné d’avoir droit à cette marque de politesse. En fait, ils sont encore plus étonnés de pouvoir commencer un pré-apprentissage ou un apprentissage pendant leur détention (fer, bois, cuisine, etc.). Et ils y prennent goût, au sens propre et figuré pour Yan, le gourmand apprenti cuisinier. « Ici, on me donne une deuxième chance. » Et il a fermement l’intention de ne pas la laisser passer.

Malgré les nouvelles lois qui prévoient ce genre de mesures carcérales destinées aux jeunes, les places ne sont pas assez nombreuses et la liste d’attente est longue pour le Centre éducatif de Pramont, seul de son genre en Suisse romande. Conscients qu’ils sont « privilégiés », les quatre jeunes gens profitent de la caméra pour s’adresser aux jeunes de leur âge. Ainsi, Samir les met en garde contre les effets dangereux du groupe. « Choisis bien tes amis ! Quand t’es en bande et que tu fais une grosse connerie, tu crois que t’es le roi… mais après, quand tu dois payer, y’a plus de roi, t’es tout seul. » A les écouter, on devine qu’ils ont aussi pris conscience, aujourd’hui, des dangers qu’impliquent les excès de dope et d’alcool.

La parole directe

Comme elle le fait dans tous ses films et c’est d’ailleurs sa marque de fabrique, la vidéaste Carole Roussopoulos ne prend pas la parole et ne la donne pas non plus aux professionnels. Elle part de l’idée que les personnes concernées sont les mieux à même de raconter ce qui se passe vraiment dans leur vie. Ces 26 minutes de vidéo lui donnent raison. Elles sont aussi efficaces que les plus beaux discours de pédagogues, de juges ou de spécialistes de prévention.

Ce film s’adresse aux jeunes, aux parents, aux enseignants et à toutes les personnes qui travaillent avec des adolescents et des jeunes adultes.

  • DVD « Pramont, une deuxième chance », de Carole Roussopoulos, Marco Ranocchi et des jeunes du Centre d’éducation de Pramont, 26 min.
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