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Les enfants et les ados à l’ère numérique

Jeudi 18.04.2019

Les débats sur les évolutions numériques occupent les sphères politiques aussi bien qu’économique. Et pour les enfants qui vivent dans ce monde en mutation? Des recommandations établies avec eux donnent de nouvelles pistes d’action.

Par Alexandre Bédat, chef du Service de l’action sociale de Saint-Imier, membre de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, en collaboration avec plusieurs membres de la CFEJ

Le nouveau rapport « Grandir à l’ère du numérique », publié par la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) [1], se focalise sur les compétences dont les enfants et les jeunes ont besoin pour grandir, se former, travailler et participer à un monde numérisé. Une analyse inédite des compétences recherchées par le monde du travail met en relief l’importance de la capacité à résoudre des problèmes et à communiquer, de la créativité ou encore de l’empathie.

Pour acquérir ces aptitudes, l’école joue un rôle important, mais ne peut pas tout. Il convient d’exploiter le potentiel des activités extrascolaires et de l’encouragement précoce ainsi que d’impliquer les enfants et les jeunes dans le débat sur la numérisation.

De nombreux débats ont lieu sur l’accès aux techniques de l’information et aux outils de communication. Dans ce contexte, la CFEJ a posé des regards croisés d’experts et de praticiens sur l’«ère numérique». L’objectif a résidé dans la volonté de dépasser les clichés ou les idées toutes faites et de positionner, c’est son rôle, l’enfant et le jeune au centre du débat. Le rapport s’articule autour de trois messages centraux. Le premier rappelle que nous avons à avancer ensemble avec les enfants et les jeunes, mais en aucun cas à leur place. Le second affirme, en dehors du fait de valoriser l’apprentissage de quelques notions de bases, que les compétences sociales, personnelles et créatives sont aussi importantes, voire plus, que les compétences techniques. Le troisième plaide pour que la numérisation favorise l’égalité des chances et ne renforce pas les fractures et les frontières, qu’elles soient de genre, socioéconomiques ou socioculturelles.

La parole à la nouvelle génération

Que doit-on apprendre pour avoir toutes ses chances dans le monde du travail de demain ? Quel métier choisir ? Quel est le rôle de l’école et le potentiel des activités extrascolaires ? Comment bien gérer la connexion permanente ? Les expert·e·s du monde économique, de la formation, de l’encouragement précoce et des activités extrascolaires tentent de répondre à ces questions. Ils postulent qu’une bonne maîtrise des outils numériques est incontournable et le sera toujours davantage. Le rapport présente aussi différents projets du terrain qui donnent la parole aux enfants et aux jeunes et qui montrent comment aborder les défis de la numérisation avec eux. Car le débat sur la numérisation ne peut pas se faire sans eux. Les enfants et les jeunes doivent avoir leur mot à dire et contribuer à façonner le monde numérique

Pour appréhender la numérisation, ils doivent disposer d’outils et de connaissances. Cela passe par de vrais débats sur la question pointue des smartphones à l’école mais aussi sur la stratégie globale « Suisse numérique » [2], en passant par les règles relatives au temps consacré aux écrans à la maison, à la prévention de l’addiction ou du cyber-harcèlement. Parmi ses onze recommandations, la CFEJ mentionne pour cet aspect l’importance d’encourager le désir d’apprendre des enfants et des jeunes, la nécessité d’une culture du numérique à l’école, ou encore l’incitation à développer leur esprit critique et leur montrer l’exemple, tant à l’école qu’à la maison, pour établir un rapport rationnel aux médias.

Valoriser la créativité et l’empathie

Une analyse inédite des compétences recherchées par le monde du travail met en relief l’importance de la capacité à résoudre des problèmes et à communiquer, de la créativité ou encore de l’empathie. Sur ce plan, le rapport recommande de renforcer la perméabilité du système scolaire et les contacts avec le monde du travail. Pour acquérir les aptitudes souhaitées, l’école joue un rôle important, mais ne peut pas tout. Il convient d’exploiter le potentiel des activités extrascolaires et de l’encouragement précoce. Pour favoriser la créativité, la Commission fédérale recommande également de préserver des plages de temps libre dans le quotidien des enfants et des jeunes.

Sur mandat de la CFEJ, Sarah Genner, chercheuse en psychologie des médias et experte en numérisation du monde du travail, a analysé et pondéré vingt-six modèles et listes des compétences ou forces de caractère recherchées au XXIe siècle. Le modèle qui en résulte cerne les compétences les plus fréquemment citées. Ainsi, la communication, la créativité, l’autogestion, la capacité à résoudre des problèmes, l’empathie ou encore la pensée analytique y figurent en bonne place. Les pôles de compétence les plus fréquemment cités sont :

  • Les compétences personnelles telles que l’introspection, l’autogestion, l’organisation, l’autodiscipline, le sentiment d’efficacité personnelle
  • Les compétences sociales telles que la communication, la collaboration, la coopération, l’aptitude
 à travailler en équipe, l’entregent, la responsabilité sociale, l’empathie, l’ouverture à la diversité, la compétence interculturelle
  • La pensée analytique et la résolution de problèmes, l’esprit critique et la créativité

La chercheuse conclut que « les travailleurs devront pouvoir faire ce dont les machines sont incapables, donc ce qui ne peut pas être numérisé : tout ce qui touche à la créativité, à la résolution de problèmes et aux compétences sociales ».

Le rôle des activités scolaires et extrascolaires

La place plus importante accordée aux technologies de l’information et de la communication dans les plans d’étude est à saluer, mais l’école est face à l’enjeu d’instaurer une culture du numérique permettant d’utiliser ces outils de manière transversale. Ceci implique la formation et le perfectionnement du corps enseignant tout comme une infrastructure moderne préservant la santé et garantissant la protection des données.

Caractérisées par la libre adhésion et la participation, les activités de jeunesse extrascolaires (animation socioculturelle, associations, espaces de quartier, etc.) offrent un cadre propice au développement de compétences sociales, personnelles et médiatiques. Il est temps de reconnaître et de mieux exploiter ce potentiel en favorisant la formation et en octroyant les ressources nécessaires à ces actrices et acteurs importants.

Dans les échanges avec les enfants et les jeunes, il est frappant de voir combien ils sont conscients à la fois des opportunités et des défis du monde numérique. Ils souhaitent être pleinement intégrés dans les débats et les décisions à ce sujet.

Aujourd’hui, le débat sur le numérique dans les instances fédérales se focalise principalement sur les aspects technologiques ou économiques et, marginalement, sur les aspects liés à la formation ou aux enjeux de société (éthique, transparence, démocratisation du numérique, etc.). Les aspects spécifiques pour les enfants et les jeunes sont très peu présents, voire inexistants. Aussi bien sous l’angle de leur épanouissement que de leur place future dans la société, accorder une réelle priorité aux enfants et aux jeunes ne doit pas simplement rester un vœu pieux ! Cette priorité est non seulement légitime, elle est incontournable.

 

[1] Le rapport en pdf et le site internet de la CFEJ
Ce rapport a été complété par l'enquête «Always on, comment les jeunes vivent-ils la connexion permanente?» Août 2019, 24 pages

[2] Stratégie nationale «Suisse numérique» présentée sur le site de la Confédération.

Comment citer cet article ?

Alexandre Bédat, «Les enfants et les ados à l’ère numérique», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 18 avril 2019, https://www.reiso.org/document/4349

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