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Quelles influences du groupe sur les ados difficiles ?

Samedi 15.11.2008

Adolescence, délinquance et groupe de pairs : quelle prise en charge par les éducateurs accompagnant des jeunes placés pénalement en établissements d’éducation ?

Par Christelle Ercolano, mémoire de fin d’études à la HETS de Givisiez

Lors de mon stage en établissement d’éducation accueillant des adolescents placés pénalement, j’ai été régulièrement confrontée à l’influence des jeunes entre eux [1]. Celle-ci se manifestait principalement dans la conduite délictueuse à l’extérieur de l’institution ou alors par les revendications au sein du groupe de vie institutionnel. Quel rôle a le groupe de pairs sur la conduite délinquante ? Quelles interventions sont mises en place par les éducateurs pour accompagner ces adolescents dans la gestion de l’influence de groupe ? C’est là les premières questions que je me suis posées.

Influence du groupe et conduite délinquante

Dès lors, j’ai pu découvrir qu’il existe un lien entre l’appartenance de l’adolescent à un groupe de pairs et sa conduite délinquante. Cela s’explique par l’influence des jeunes entre eux, la déresponsabilisation ou la responsabilité diluée, l’acquisition ou l’affirmation d’une place dans le groupe ainsi que l’apprentissage de valeurs plus tolérantes et incitantes au sein du groupe. Mais, il ne faut pas oublier que la problématique de groupe est très spécifique à l’adolescence, notamment par la recherche d’identification auprès des pairs. De plus, tous les groupes de jeunes ne sont pas déviants, les groupes de jeunes que nous appellerons adaptatifs ont une influence positive dans le développement du jeune.

Le groupe de pairs étant un important lieu de socialisation à l’adolescence, il y a lieu d’être de parler des compétences sociales. En effet, celles-ci sont définies comme « l’ensemble des capacités nécessaires à l’individu pour être intégré à la société » [2]. Il apparaît alors que les jeunes dits délinquants ont des lacunes, mais aussi des forces au niveau de leurs compétences sociales, par exemple concernant la prise en compte d’autrui dans la communication. Les éducateurs associent ces lacunes à l’histoire de vie des jeunes.

Le groupe de vie comme micro-société

Les jeunes placés en institution sont, en général, accueillis dans un groupe de vie où ils cohabitent avec d’autres jeunes présentant une problématique plus ou moins semblable à la leur. Dès lors, les éducateurs utilisent-ils ce nouveau groupe pour permettre au jeune d’apprendre à gérer l’influence de ses pairs et d’intégrer les compétences sociales ? Et comment ?

Il apparaît que les éducateurs travaillent avec le jeune par le biais de sa place au sein du groupe de vie et de ses interactions avec les autres jeunes. Les éducateurs travaillent plus particulièrement sur le positionnement, l’influence, la responsabilisation et la valorisation du jeune en fonction de sa place dans le groupe. Les deux profils types qu’ils dégagent sont le leader et la victime. De plus, les éducateurs travaillent sur la dynamique de groupe en lien avec l’apprentissage des règles de vie en groupe afin de ramener les jeunes à la réalité et de leur faire prendre conscience de ce qui est accepté ou non dans la société.

En effet, le groupe de vie est utilisé comme une sorte de micro-société dans laquelle le jeune apprend les règles de la vie en société et par là même les compétences sociales nécessaires. Il se responsabilise. Il s’agit d’un élément clé pour la resocialisation et la réinsertion dans la société.

Nous avons dégagé trois axes de compétences sociales. Tout d’abord, il y a les compétences sur soi, liées à l’hygiène de vie physique et mentale. Ensuite, nous avons relevé les compétences relationnelles duales et groupales. Nous avons alors découvert que l’apprentissage des compétences sociales est réalisé au quotidien et passe par des actes et des prises de conscience simples, comme par exemple, le maintien de l’ordre et de la propreté en chambre. Les éducateurs travaillent avec les jeunes principalement sur l’autonomisation, la responsabilisation et la valorisation, par le biais du règlement institutionnel mais aussi de discussions.

Comment recréer du lien social ?

Cependant, il semble complexe pour les éducateurs de nommer précisément les stratégies qu’ils développent avec les jeunes. Ils utilisent souvent des termes tels que discuter, apprendre, aider ou encore motiver, mais il apparaît difficile d’imaginer concrètement ce qu’ils mettent en place. Il serait donc intéressant d’aller plus loin dans cette idée que le travail sur la dynamique de groupe permet de mettre les jeunes en situation de vie en société afin de s’autonomiser et se responsabiliser. Il s’agirait alors d’aller observer sur le terrain quelles stratégies sont mises en place par ces éducateurs qui ont, entres autres, pour mission [3] de recréer du lien social, de l’identité sociale et d’accompagner le parcours de socialisation. En effet, le groupe ne remplit-il pas aussi une fonction de micro-société dans la prise en charge d’autres problématiques que la délinquance à l’adolescence ? Et jusqu’où peut-on décliner l’action éducative en stratégies d’intervention, alors qu’elle est continuellement adaptée à l’évolution des situations ?

[1] Le mémoire de Christelle Ercolano est consultable à la bibliothèque de la HEF-TS à Givisiez et à la BCU centrale de Fribourg.

[2] DUTRÉNIT J.-M. (2000). Compétence sociale. In A. Akoun et P. Ansart (Eds.), Supplément au Dictionnaire de Sociologie. (SL) (SE).

[3] RAGETH J.-P. (2001). Référentiel de compétences de l’Education Spécialisée (ronéo). (SL). (SE).

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