Go Top

«C’est magnifique que les dessins tournent autour du monde»

Jeudi 08.07.2021

Des outils scripteurs qui fonctionnent mais qui dorment dans des tiroirs, il en existe dans de nombreuses familles et institutions. L’association Crayons Copains les collecte pour les offrir aux enfants qui n’en ont point.

crayons copains 1Dessin réalisé par un enfant au Sénégal.

Réaliser un dessin à offrir à ses proches est une pratique appréciée par de nombreux chérubins. Pourtant, ce plaisir simple demeure inconnu d’enfants qui, tout autour du globe, ne disposent d’aucun crayon ou feutre, ni de papier.

Pour permettre à ces jeunes personnes d’accéder à la joie de dessiner, l’association Crayons Copains récupère depuis 2018 les crayons de couleurs en bon état que les familles ou institutions leur lèguent. Les dons ayant rapidement été étoffés par des stylos, des boîtes de peinture, des feutres, des craies grasses ou même du papier et des ciseaux, les enfants défavorisés reçoivent désormais une diversité de matériel qui contribue également à développer leurs facultés motrices.

Jusqu’à ce jour, les outils scripteurs récupérés par l’Association ont été envoyés dans une quinzaine de pays, comme l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le Salvador, le Togo, la Guinée Conakry, les Philippines, le Burkina Faso ou l’Angola. « Actuellement, ce sont les organisations non-gouvernementales qui nous contactent depuis l’étranger, en nous indiquant où les dons seront remis. Elles se chargent ensuite d’organiser la distribution sur le terrain. », précise Gustavo Hymon. Pour s’assurer que le matériel est bien arrivé, le fondateur de l’association demande quelques photos. « Mais on fonctionne majoritairement à la confiance, et jusqu’à maintenant cela a toujours roulé », se réjouit-il.

Organiser le transport pour pallier le manque de voyageurs

Une fois le dialogue établi, c’est depuis la Suisse que le matériel est sélectionné puis adressé : « Au début, nous essayions d’adapter ce que nous envoyions en fonction des sollicitations, mais maintenant, beaucoup demandent « de tout ». Toutefois, nous limitons par exemple la quantité de feutres envoyés dans un pays chaud et transmettons davantage de crayons. Si une association qui s’occupe d’enfants en situation de handicap se manifeste, nous choisissons alors du matériel en conséquence, par exemple des petits crayons. »

Il s’agit ensuite pour l’association de tout emballer et de contacter les transporteurs. « Début juillet, nous avons fait partir deux colis pour le Togo et un pour le Bénin, pour un total de 180 kilos. » Si, avant 2020, Crayons Copains favorisait la remise du matériel en mains propres grâce à des humanitaires, la pandémie a changé la donne : « Vu que les voyages ont été stoppés, nous avons dû trouver des alternatives. Des associations nous ont donné des contacts de transporteurs qui pratiquent des tarifs favorables en faveur de biens humanitaires »

Si le programme vise des buts écologiques en termes de recyclage et de circulation de biens, il ambitionne aussi de sensibiliser les enfants d’ici aux réalités d’ailleurs. « Avant la pandémie, nous offrions des animations dans les écoles. Nous expliquions comment se fabrique un crayon, et apportions des informations quant au fait que de nombreux enfants ne disposent pas de tels outils dans leur quotidien. » Le chemin effectué par un stylo donné y était également détaillé.

Une idée développée en famille

crayons copains 2 400

L’idée même de la fondation a d’ailleurs germé, dans l’esprit de l’éducateur argentin établi à Genève depuis vingt ans, en observant sa progéniture : « Ce sont mes enfants qui m’ont donné l’idée de développer ce projet. Au début de l’année scolaire, ils recevaient du matériel tout neuf, alors qu’ils en avaient déjà à la maison encore en bon état. Je me suis alors demandé pourquoi ne pas partager ces fournitures. C’est ainsi qu’avec mon épouse et une amie, nous avons lancé Crayons Copains. Aujourd’hui, nous comptons sept autres bénévoles. Nous avons de la demande, c’est sûr. » Son épouse, architecte, est toujours de l’aventure et contribue à l’association en fournissant des locaux. « La cave de notre maison est aussi utilisée pour stocker le matériel avant envoi », sourit Gustavo Hymon.

Les visées développées par le partage de ces biens s’avèrent également éducationnelles et sociales. Dessiner est évidemment essentiel à l’éveil et au développement du cerveau. « Il est souhaitable que tout enfant puisse avoir à sa portée le matériel nécessaire à sa créativité et à son épanouissement à travers le dessin et l’écriture », confirme l’Argentin.

Pour permettre de partager toujours davantage de fournitures, de nouveaux points de collecte ont été ouverts, à Genève et en Valais. Dans le canton de Vaud, la bibliothèque de Gland, de Montriond à Lausanne et la bibliothèque interculturelle de Renens y participent. L’objectif de cette année serait d’étendre les lieux de dons à toute la Suisse. Les réseaux romands de bibliothèques ont déjà été contactés et le flyer de présentation de l’association est en passe d’être traduit en allemand, pour toucher le public Outre-Sarine.

Encourager l’échange

L’enrichissement de la démarche provient aussi du fait que les échanges sont toujours accompagnés de dessins ou de messages élaborés par d’autres enfants, dans un but de partage. Chaque boîte de don se scinde donc en deux parties : une pour récolter le matériel, l’autre pour les illustrations, dont chaque colis sera enrichi. « Les dessins des enfants voyagent à travers le monde entier, s’enthousiasme Gustavo Hymon. Par exemple, des œuvres réalisés par des petit·e·s fribourgeois·es ont été envoyées au Togo. L’idée, c’est que les mômes du Togo, à leur tour, nous envoient des dessins, que nous renverrons ailleurs, au Pérou, par exemple. C’est magnifique que les dessins tournent autour du monde et servent à nouer des liens entre les enfants du monde entier. »

Et c’est sans compter les commentaires qui accompagnent souvent les esquisses enfantines. Gustavo Hymon se souvient notamment de ce mot d’un petit garçon de Carouge, qui, sur son œuvre représentant une trousse emplie de crayons, avait noté : « J’espère que vous pourrez profiter de ces outils autant que j’en ai profité et faire avec de jolis dessins. »

Ce sont dans ces mots, simples et bienveillants, que le fondateur trouve la reconnaissance pour son travail : « C’est magique ».

(Céline Rochat)

Lien vers le site internet de l’association, notamment pour connaître les points de collecte

L'affiche de la semaine

Agenda social et santé

Dernier article

D’usager·e à expert·e: le travail social en mutation
Lundi 26.07.2021
Par Stéphane Rullac
La dichotomie « savant·e vs profane » est-elle révolue ? Les expertises d’usage et usagère représentent un nouveau type de savoir à intégrer aux délibérations professionnelles et scientifiques du travail social.