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Lecture / « Juste après dresseuse d’ours »

Dimanche 18.08.2013

Juste après dresseuse d’ours

 

Les histoires brutes et non romancées d’une jeune médecin généraliste. Par Jaddo. Pocket 2013, Paris, 382 pages (1ère édition Fleuve Noir 2011).

Recension par Jean Martin, médecin de santé publique et bio-éthicien

Le récit qui donne envie de devenir médecin généraliste

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Jeune médecin généraliste française, Jaddo tient depuis plusieurs années un blog devenu très populaire. Selon un classement de mai 2013 de Slate.fr, elle est l’une des cent Françaises les plus influentes! Inspiré de son blog, son livre a beaucoup de succès et vient d’être réédité. Incisive, mordante, mais toujours empathique vis-à-vis des malades, elle raconte son activité professionnelle dans des histoires brèves. Les difficultés de communication, les malades qui ne comprennent pas ou restituent drôlement les termes médicaux; ceux qui insistent, qui ne viennent pas aux rendez-vous après en avoir bruyamment exigé, qui se présentent aux urgences sans que leur problème le justifie, ceux qui n’osent pas parler.

Elle évoque aussi la fréquence et l’importance des «consultations de seuil»: quand le patient, alors qu’il est sur le pas de porte pour s’en aller, dit: «Ah et oui, encore une petite chose, docteur», et c’est la raison majeure pour laquelle il est venu. Surtout, elle fait toujours preuve de tendresse, d’affection, d’humanité. «Elle s’est cassé le col du fémur. Au bloc opératoire, on l’installe sur une table, couchée sur le côté. Elle est complètement nue, les jambes écartées, dans l’indifférence de dix personnes dont les yeux sont tellement habitués à la nudité qu’ils ne la voient plus. Elle, elle n’est pas habituée… Elle est à un drap de la dignité.»

Mais Jaddo ne prétend pas être toujours impeccable: «Je ne comprends rien de ce qu’elle me raconte et j’ai encore cinq patients à voir. Plus je ne comprends rien et plus je lui en veux; plus je lui en veux et plus je deviens agressive; plus je deviens mauvaise et plus je m’en veux». Cela étant, on lira avec intérêt sa description sourire en coin du «bon malade» (il est poli, il arrive à l’heure, il me dit bonjour docteur, il a mal avec le sourire, il pose des questions auxquelles je sais répondre et il comprend les réponses…

Des remarques toujours pertinentes et des conseils intelligents: «Autorisons-nous une marge de bon sens autour des règles. Il n’y a pas UNE façon de faire, il y en a autant qu’il y a de familles, qu’il y a d’histoires, qu’il y a de rencontres.» Puis-je dire ici à l’auteure un merci personnel, car il n’y a jamais une seule manière, un seul chemin.

Beaucoup donc sur la vie du cabinet médical ou du service ambulatoire d’hôpital (y compris urgences) que des milliers de nos confrères vivent, en France, en Suisse, ailleurs. «Du grave, du sordide, du pas grave, du touchant, du touché, du drôle (…) Ils sont tous différents, ils se ressemblent tous.»

Un livre drôle, substantiel, pratique, attachant.

Jean Martin, médecin, spécialiste de santé publique et d’éthique

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