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Quand l’économie bloque la prévention santé

Mercredi 07.11.2018

Commentaire de Jean Martin, médecin de santé publique et bio-éhticien


Dans le dernier numéro de la revue française « Santé publique » (vol. 30, no 4, juillet-août 2018, p. 443-444), on trouve un éditorial de Jean-Pierre Couteron, administrateur de la Fédération française Addiction, dont les termes vigoureux illustrent une situation, et des contraintes, qui ne sont en rien spécifiques à la France.

« Au fur et à mesure des publications sur ses effets négatifs, le réquisitoire s’alourdit : l’alcool est dangereux pour la santé. Il ne devrait y avoir aucune hésitation à réguler l’accès à l’alcool, par des mesures recommandées par les instances internationales, et à les accompagner d’un travail d’éducation à la santé. Or cela bloque. N’est-ce pas dû au statut de marchandise qu’ont aujourd’hui les drogues ? Leur marché, légal ou clandestin, en organise la circulation, les soumet aux intérêts de l’économie mondialisée. La santé est placée au second plan. »

« Une communication bien rodée habille de façon respectable cet impératif économique. Elle évoque la ‘défense des métiers et des emplois’. En période d’inconfort face aux évolutions sociétales, elle valorise un ’art de vivre’, elle se donne une image ‘responsable’, faisant mine de soutenir des mesures soi-disant consensuelles. Cette rhétorique a pris le contrôle d’un packaging sémantique, à coup de ‘modération’ et de ‘dégustation’.»

« L’impératif économique bloque toute mesure susceptible de ‘brider le marché’, comme : limitation de la publicité, prix minimum, logo sur les dangers de l’alcoolisation fœtale… Le lobby qui manoeuvre dans le champ politique est au service des profits d’un marché qui se veut sans limite. »

Sentiment de déjà lu, déjà entendu, déjà vu ? La problématique est, nous le savons, comparable en Suisse, à propos de toutes les substances - ou comportements - qui peuvent mener à l’addiction. Ceux qui s’engagent pour la protection de la santé ne sont pas menacés de désoeuvrement… et doivent s’engager d’autant plus pour surmonter les obstacles ; il s’agit en particulier de sensibiliser une partie malheureusement importante de l’éventail politique qui regarde ailleurs quand on lui parle de cette problématique.

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