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Recension de «Prévention du suicide», 80 co-auteurs

Lundi 29.01.2018
  • Prévention du suicide. Rencontrer, évaluer, intervenir.
  • Laurent Michaud et Charles Bonsack (dir.publ.), Chêne-Bourg/Genève : Médecine et Hygiène, 2017, 375 pages.

Recension par Jean Martin, médecin de santé publique et bioéthicien


Suicide BonsackSur un sujet de grande importance clinique et de santé publique, près de 80 auteurs ont contribué à ce livre fourni, précis. Moitié de femmes et moitié d’hommes, attachés à des services du CHUV pour deux tiers d’entre eux. La plupart sont psychiatres-psychothérapeutes. Une trentaine sont d’autres disciplines : notamment psychologues-psychothérapeutes, infirmiers, quelques médecins non-psychiatres.

La première partie présente le contexte global du suicide, la seconde le modèle de rencontre, d’évaluation et d’intervention utilisé. On différencie trois niveaux : la prévention universelle (visant toute la population), la prévention sélective (à l’endroit de groupes à risque) et la prévention dite indiquée (pour ceux à risque manifeste). Sont évoqués l’intervention scolaire, les programmes sentinelles (gatekeepers) formant des bénévoles ou des professionnels, la coopération avec les médias, la prévention situationnelle (limitation de l’accès aux moyens - considération majeure de santé publique, qu’il s’agisse de médicaments , d’alcool ou d’endroits qui se prêtent au suicide). Les auteurs insistent sur l’importance d’inscrire programmes et mesures dans une stratégie globale et dans la durée - ce qui implique d’anticiper les obstacles et les enjeux financiers et d’obtenir un soutien politique au meilleur niveau.

Les parties suivantes abordent chacune une problématique spécifique du suicide, en fonction des périodes de la vie, de problèmes de santé et des dispositifs de soins. Sont également présentés les possibles déterminants sociaux et politiques ; la postvention pour limiter la récidive ou la contagion ; l’impact du suicide auprès de l’entourage, chez les proches, les professionnels, en milieu scolaire. Parmi les sujets moins « classiques » : spiritualité, formation, incarcération, migration, LGBT, violence contre autrui, addiction à des substances, aux jeux de hasard et d’argent, troubles du comportement alimentaire, périnatalité.

Chacune de ces « pièces d’un large puzzle » commence avec une vignette clinique puis fait le point sur les connaissances, les particularités de la situation clinique présentée, les modes d’intervention, les erreurs à éviter, le suivi et l’issue de l’histoire présentée.

Les auteurs de la préface : «Dans chaque cas, le lecteur est confronté à une situation spécifique qui lui montre la prévention en mouvement, de l’impasse d’une souffrance insurmontable à l’ouverture d’un chemin qui préserve la vie. […] Il nous est aisé de faire partager notre enthousiasme. Ouvrage homogène et plein de vie, avec une colonne vertébrale robuste […] Le lecteur est sensibilisé à la vulnérabilité suicidaire, telle qu’elle apparaît aux professionnels de la santé et du social […] Les auteurs partagent le même référentiel d’évaluation, en distinguant le risque, l’urgence et la dangerosité suicidaires - langage commun de transversalité. » Le choix de procéder per entrées multiples permet à des acteurs différents d’accéder rapidement à des connaissances et recommandations pertinentes.

Une question, en toute humilité : dans un ouvrage sur la prévention, il est logique que les cas présentés se terminent habituellement bien, ou pour le moins permettent d’espérer une stabilisation. Aurait-il été pertinent de discuter des situations où des efforts compétents d’aide et de prévention n’ont pas rencontré le succès ? Cette démarche a été partiellement réalisée à propos de postvention.

A noter enfin que le dernier chapitre traite du suicide assisté. J’ai (J.M.) apprécié, en huit pages, une présentation basée sur l’expérience professionnelle et humaine de l’auteur, factuelle, non-jugeante, équilibrée quant aux enjeux éthiques et pratiques que pose cette problématique - qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer, ni de vouer aux gémonies.


Médecine et Hygiène

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