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«Nos angoisses portent sur l’avenir de nos (petits-)enfants»

Vendredi 05.05.2023

Le mouvement des Grands-parents pour le climat organise diverses actions pour marquer le Jour du dépassement le 13 mai. Alain Frei, membre du mouvement, évoque la position des seniors engagé·e·s en faveur de l'environnement.

Le mouvement des Grands-parents pour le climat organise diverses actions pour marquer le Jour du dépassement le 13 mai. Alain Frei, membre du mouvement, évoque la position des seniors engagé·e·s en faveur de l'environnement.

alain frei grands parents climat 170Alain Frei © A.F.

(REISO) Le 13 mai, la Suisse aura déjà consommé la totalité de la part annuelle des ressources naturelles que la Terre peut fournir à notre pays, ce qui la place en queue de peloton en matière écologique. Le mouvement des Grands-parents pour le climat s’engage avec plusieurs actions ce jour-là : quelle prise de conscience aimeriez-vous (enfin) susciter auprès de la population ?

(Alain Frei, membre du collectif des Grands-parents pour le climat) Tenter, sans catastrophisme, de faire réaliser la gravité et l’urgence à prendre en compte le dérèglement climatique et l’effondrement du vivant ; que c’est l’affaire de toutes et tous, du citoyen au gouvernement fédéral en passant par toutes les instances intermédiaires ; que l’hyperconsommation et le gaspillage nous mènent dans une impasse addictive ; que plus de sobriété n’est pas synonyme d’ascèse sèche, que décroissance consentie ne rime pas avec récession subie. Les efforts doivent absolument être équitables, adaptés au niveau de vie de chacun·e ; les riches (nous sommes tous plus ou moins riches que d’autres !) doivent faire le plus d’efforts pour restreindre leur empreinte écologique, non parce que ce ne serait pas juste qu’ils et elles soient riches, mais parce que leur impact est important, proportionnel à leur train de vie et que s’ils et elles ne font rien, ce sera impossible de limiter les dégâts. Or, ces personnes seront tôt ou tard impactées comme tout un chacun.

En matière de durabilité sociale, quels sont vos constats et/ou vos craintes sur la société suisse actuelle ?

L’inertie et l’immobilisme, largement partagés entre les individus et les gouvernants, me désolent quand ils sont le résultat du déni et me fâchent quand ils découlent du cynisme et de la recherche du profit à court terme. L’aveuglement de personnes pourtant intelligentes est rageant. Je crains beaucoup les conséquences de plus en plus clivantes et potentiellement de plus en plus conflictuelles de ce « rétro-dynamisme ». Les jeunes, toujours plus lucides, ne pourront peut-être plus supporter longtemps encore l’incurie et le manque de volonté.

La Suisse s’illusionne dans sa certitude de tout faire mieux que les autres alors qu’elle est classée chaque année un peu plus parmi les mauvais élèves, près du radiateur du fond de la classe dont elle devrait commencer par baisser la température. Beaucoup de nos élites s’illusionnent quant aux miracles technologiques à venir au lieu de se rendre compte que ce ne sont que des béquilles, certes utiles, mais largement insuffisantes.

En termes de lien des un·e·s avec les autres, comment voyez-vous les influences de la crise climatique ?

Ce qui m’inquiète beaucoup, c’est que la nécessité de changement de nos comportements engendre de plus en plus de propos violents et haineux alors que nous avons vraiment besoin de beaucoup de solidarité. Enfin, impossible de passer sous silence la guerre et les tensions géopolitiques de plus en plus dangereuses. A l’avenir n’aurons-nous d’autre alternative que le réchauffement climatique ou l’hiver nucléaire ?

Le dérèglement écologique engendre également des conséquences néfastes sur la santé. Comment est-ce que les personnes retraitées que vous regroupez vivent-elles ces modifications ?

L’éco-anxiété ne touche que marginalement notre génération. Je ne constate pas encore de fortes inquiétudes parmi nous quant aux conséquences immédiates sur notre santé, si ce n’est que nous ressentons probablement plus mal les épisodes caniculaires. Nous percevons la menace, mais il est difficile d’affirmer que les « bobos » qui nous affectent toutes et tous plus ou moins résultent du changement climatique plutôt que de l’avancée en âge. Toutefois, l’association des Aînées pour la protection du climat attaque avec raison la Suisse en justice [1] pour non-assistance à personnes vulnérables en danger car il est avéré que les individus âgés ou fragiles seront les victimes principales. Mais il faut bien le dire nos angoisses portent surtout sur l’avenir de nos enfants et petits-enfants.

grand parents climat 400© DepositphotosJustement, quelles sont les responsabilités que vous vous sentez vis-à-vis des enfants d’aujourd’hui ?

Beaucoup d’entre nous considèrent que notre génération est particulièrement chanceuse, n’ayant pas connu les angoisses ni les privations de la guerre, ayant vécu longtemps dans l’insouciance. Nous n’avons pas pris au sérieux les premiers avertissements de scientifiques, dont nos sources d’information médiatique se faisaient peu l’écho. Personnellement, je ne me sens pas coupable. En revanche, ayant désormais compris et pris conscience de la situation, nous ne pouvons plus dire que nous ne savons pas ; dès lors, nous avons clairement la responsabilité de lutter, dans la mesure de nos moyens, pour tenter de conserver une planète compatible avec la vie de notre descendance. Je pense ici surtout aux petits-enfants car beaucoup de la génération de nos enfants se comportent de manière aussi délétère que nous, peut-être même parfois pire. On pourrait presque dire sans généraliser à outrance que cette responsabilité se dilue entre deux générations. Ce qui ne veut pas du tout dire que nous devions sombrer dans le défaitisme et nous croiser les bras. Non, les grands-parents conscients se doivent d’agir le mieux qu’ils et elles peuvent pour leurs petits-enfants, mais aussi par respect pour l’ensemble du vivant, bien maltraité et menacé.

Quel regard posez-vous sur votre engagement, en tant que seniors, en faveur de l'environnement ?

Agir collectivement, entre grands-parents mais aussi de manière intergénérationnelle, permet de vivre le présent encore assez calmement. Plus lents et moins réactifs, nous ne sommes pas les plus efficaces dans l’action. Cependant, nous percevons bien que les jeunes activistes, lucides, apprécient de nous sentir de leur côté.

(Propos recueillis par Céline Rochat)

[1] https://ainees-climat.ch/

En savoir plus sur les actions menées le 13 mai par les Grands-parents pour le climat (en Suisse romande, à Fribourg, Genève, Lausanne, Sion, Neuchâtel et Yverdon-les-Bains).

 

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