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Les conditions de production du travail social

Jeudi 15.01.2026
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Une étude analyse les conditions de production dans le secteur de l’action sociale : types d’organismes, formation des professionnel·les ou causes de la pénurie de personnel qualifié. Il en ressort notamment une absence de protection des métiers.

Par Camille Naef, responsable d’études, AvenirSocial, et Véréna Keller, professeure honoraire HES, HETSL (HES-SO)

Une majorité des lecteurs et lectrices de REISO connait bien le domaine du travail social. Mais savent-ils·elles dans quels types d’organismes œuvrent ses professionnel·les ? Quelles sont leurs formations, leurs conditions d’emploi et quelle est la place des femmes ? La recherche ne s’est, jusqu’ici, guère intéressée aux conditions concrètes de production du travail social. Ainsi, les connaissances y relatives s’avèrent souvent lacunaires, voire erronées, même parmi les spécialistes. Cette méconnaissance freine le développement du champ au détriment de prestations de qualité pour le public et de la satisfaction des professionnel·les.

Rares sont en effet les études qui se sont penchées sur les conditions concrètes de la production du travail social en Suisse. La première se base sur les données nationales complètes de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Elle a été publiée par l’association professionnelle suisse du travail social AvenirSocial (Naef & Keller, 2025). La deuxième, menée par SavoirSocial et la Conférence des hautes écoles spécialisées suisses de travail social (SASSA) (Amberg et al., 2025), documente la pénurie de personnel qualifié au moyen d’un sondage réalisé auprès d’environ 15% des institutions de l’action sociale.

Cet article souhaite partager quelques résultats de l’étude d’AvenirSocial, publiée sous le titre « La formation et l’emploi dans le champ du travail social ». Elle présente, sous forme de cinq constats, le profil détaillé des travailleurs·euses sociaux·ales, de leurs formations, des contextes organisationnels, des conditions d’emploi, ainsi que des transformations en cours.

Une multiplicité de petits organismes

En abordant le paysage des organismes (institutions, services, centres, foyers, etc.) de l’action sociale, l’étude constate tout d’abord que leur nombre est en augmentation : on en dénombre 17'000 en 2021 (13'000 en 2011). La part des sociétés privées, à but lucratif, est également en croissance. Elles représentent désormais près de 40% des établissements (OFS, 2024a) et comprennent notamment des organisations dans les domaines de l’asile, de l’accueil des enfants ou de l’aide sociale.

L’orientation lucrative peut générer des conflits d’intérêts majeurs, puisqu’elle pousse à économiser les ressources. Cette évolution ne signifie cependant pas un désengagement de l’État. Les pouvoirs publics continuent de jouer un rôle central à travers la délégation de mandats, les financements et les contrôles. L’étude souligne aussi que les établissements de l’action sociale sont de taille réduite : neuf établissements sur dix totalisent moins de cinquante emplois. Ces éléments conduisent à un premier constat : l’action sociale, en croissance, se caractérise par une multiplicité non coordonnée d’organismes de petite taille, une privatisation croissante et un enchevêtrement des compétences assurées par une nuée d’acteurs·trices.

Reconnaissance tardive mais complète des formations

L’étude esquisse le long chemin parcouru depuis les premières écoles d’études sociales pour femmes fondées au début du XXème siècle. Entre les années 1950 et 1970, les formations en travail social se sont multipliées et diversifiées dans le sillon du développement de l’action sociale. Mais la reconnaissance nationale de ces formations n’interviendra que dans les années 1990. Le travail social bénéficiera alors du double processus de restructuration des formations tant supérieures que professionnelles.

À la suite de la réforme de Bologne, les écoles sociales se sont transformées en hautes écoles spécialisées (HES) offrant des études professionnalisantes de bachelor et de master. Du côté de la formation professionnelle, de nouveaux titres ont été créés, le certificat fédéral de capacité (CFC), les diplômes des écoles supérieures (ES) et les examens fédéraux. Aujourd’hui, la Suisse offre, dans le domaine du travail social, la palette complète des formations professionnelles et des études supérieures avec dix titres allant de l’apprentissage au doctorat. Ce dernier, inauguré en 2022, témoigne de la reconnaissance du travail social comme discipline académique.

Ces réformes ont suscité — et continuent à le faire — de vifs débats quant à savoir quelle est la « meilleure » manière de se préparer à l’exercice des métiers du travail social. On peut toutefois, aujourd’hui, se réjouir de ce deuxième constat : la reconnaissance des formations en travail social, quoique tardive, est désormais complète jusqu’au plus haut niveau d’études.

Exercer sans formation

Ces réformes ont contribué à une augmentation considérable du nombre de diplômes en travail social délivré chaque année, lequel a presque triplé en quatorze ans (11'000 en 2023). La moitié de ces titres valident un apprentissage, un quart une école supérieure ou un examen fédéral et un cinquième une haute école spécialisée (OFS, 2024d).

Cette croissance n’a toutefois pas permis de former l’ensemble des personnes qui exercent dans le travail social. C’est le troisième constat relevé par l’étude, largement méconnu : seule un peu plus de la moitié (55%) des personnes engagées dans un des métiers du travail social est titulaire d’une formation spécifique, soit de l’un des dix titres disponibles dans le domaine. L’autre moitié (45%) dispose de formations diverses telles que boulanger·ère, enseignant·e, psychologue, sociologue ou vendeur·euse (OFS, 2024b). Il est impossible de connaître l’évolution de ce taux de formation dans le temps, tant les bases statistiques, le paysage des formations et des établissements se transforment.

Cette situation nuit à la crédibilité et à la qualité des prestations fournies. Elle met aussi les personnes exerçant sans titre professionnel en difficulté et témoigne d’un angle mort préoccupant : aucune loi nationale ou cantonale ne réglemente l’exercice du travail social en Suisse. Toute personne peut être engagée comme professionnelle du travail social, indépendamment de sa formation et des tâches dont elle est chargée. D’ailleurs, l’OFS recense 170 intitulés de métiers attribués au travail social, tels sociothérapeute, intervenant·e, agent·e d’insertion ou job coach (CH-ISCO-19 Confédération Suisse, 2024). Cette multiplicité exceptionnelle distingue le travail social de tous les métiers proches. Et cette « ouverture » s’avère à sens unique : jamais un·e professionnel·le du travail social ne pourrait être engagé·e comme psychologue, infirmier·ère ou enseignant·e.

L’absence de protection de l’exercice des métiers du travail social s’exprime et se perpétue dans les offres d’emploi en travail social. Elles précisent souvent qu’une formation « équivalente » ou « similaire » est acceptée. Or, qui accepterait d’être traité·e par un médecin disposant d’une formation « similaire » ? Qui confierait la construction d’un pont à une ingénieure avec une formation « équivalente » ?

Inégalités de genre et naturalisation des compétences

Le travail social reste un champ professionnel largement féminin. Les données à disposition n’indiquent guère d’évolution. En 2022, près de trois quarts (72%) des personnes exerçant un métier du travail social étaient des femmes (OFS, 2024c). Une large majorité (69%) d’entre elles sont engagées à temps partiel, un taux supérieur à la moyenne suisse. Souvent pensé comme un choix individuel, l’emploi à temps partiel exprime pourtant des réalités structurelles telles que la division sexuée du travail et des salaires féminins inférieurs. Il entraîne de lourdes conséquences sur l’autonomie économique des femmes pendant et après la vie professionnelle, tout en représentant un obstacle à l’accès aux postes à responsabilité (« plafond de verre »). Les hommes, bien que trois fois moins nombreux dans le travail social que les femmes, occupent des postes à responsabilité plus souvent qu’elles (Friedli, 2019).

Les métiers traditionnellement exercés par des femmes se caractérisent par une proximité avec les tâches de la vie quotidienne centrées sur les besoins des personnes. Ces activités de care sont facilement naturalisées dans les qualités attribuées aux femmes. Ceci mène à un quatrième constat : l’exercice du travail social est marqué par des inégalités de genre et par la naturalisation de qualités attribuées aux femmes. Et cela entretient le doute sur sa professionnalité.

Une pénurie de personnel qualifié persistante

Depuis ses débuts, l’action sociale se déploie par une grande diversité de personnels appartenant à de nombreux métiers. Si le nombre de professionnel·les considéré·es comme travailleurs·euses sociaux·ales a considérablement augmenté, passant de 17'000 en 1990 à 76'000 en 2022 (OFS, 2024c), une réalité a persisté au fil des décennies : une partie d’entre eux·elles seulement dispose d’une formation en travail social. La pénurie de personnel qualifié n’a ainsi rien de nouveau. Ce sont sa visibilité et le discours y relatif qui sont récents.

Plusieurs enquêtes menées dernièrement chiffrent la pénurie. Celle de SavoirSocial et de la SASSA révèle que seulement 60% des postes peuvent être pourvus dans les délais et avec les qualifications requises (Amberg et al., 2025, p.80). Les conditions de travail et l’inadéquation des ressources sont systématiquement nommées comme des facteurs poussant à quitter la profession. Dans ce contexte, AvenirSocial revendique des mesures concrètes pour adapter les ressources aux mandats, augmenter les salaires et les vacances, réorganiser les horaires et soutenir la formation de base et continue (AvenirSocial, 2025).

De là découle un cinquième constat : la pénurie de personnel qualifié témoigne d’une professionnalisation inachevée, de l’insuffisance des ressources et de conditions de travail difficiles.

Des mobilisations collectives sont nécessaires

L’étude d’AvenirSocial a mis en lumière la richesse du champ du travail social en Suisse. Ce secteur dynamique est en constante expansion, mais il est fragmenté. Si ses formations sont désormais reconnues, les conditions de production de l’action sociale posent des défis importants : absence de réglementation nationale des métiers et de standards de qualité des prestations, taux élevé de personnes exerçant sans formation spécifique, pénurie de personnel qualifié et conditions de travail difficiles. Dans un tel contexte, il serait souhaitable que les constats de l’étude sur la production du travail social favorisent des mobilisations collectives, des alliances entre les écoles, la recherche et les organisations professionnelles, syndicales, employeuses et politiques.

Bibliographie

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Comment citer cet article ?

Camille Naef et Véréna Keller, «Les conditions de production du travail social», REISO, Revue d'information sociale, publié le 15 janvier 2026, https://www.reiso.org/document/15033

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