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Saint-Nicolas, moteur de participation culturelle

Jeudi 01.12.2022
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Comment encourager des personnes migrantes à faire « leur » une tradition locale ? Une expérience a ouvert la réflexion sur les conditions nécessaires à l’essor de la participation culturelle et au rôle du travail social dans ce processus.

Par Béatrice Vatron-Steiner, professeure associée HES, Ruben Gomes Dias, stagiaire master travail social, et Swetha Rao Dhananka, professeure ordinaire HES, haute école de travail social Fribourg (HES-SO)

« L’importance du patrimoine culturel immatériel ne réside pas tant dans la manifestation culturelle elle-même que dans la richesse des connaissances et du savoir-faire qu’il transmet d’une génération à une autre. Cette transmission du savoir a une valeur sociale et économique pertinente pour les groupes minoritaires comme pour les groupes sociaux majoritaires à l’intérieur d’un État… (…) Il contribue à la cohésion sociale, stimulant un sentiment d’identité et de responsabilité qui aide les individus à se sentir partie d’une ou plusieurs communautés et de la société au sens large. » (UNESCO, 2020)

Le premier samedi de décembre, le cœur des Fribourgeois·e·s bat un peu plus vite que d’ordinaire. Nicolas, le saint dont l’histoire a bercé leur enfance, s’apprête en effet à traverser la cité. Il lancera des biscômes sur lesquels elles et ils se précipiteront avant d’aller écouter son allocution, puis de s’attabler dans un restaurant de la ville avec des ami·e·s, sans doute autour d’une fondue fumante.

Moment de transmission culturelle et familiale, la fête de la Saint-Nicolas joue un rôle identitaire important dans le canton de Fribourg et dans sa capitale, dont sa cathédrale est placée sous son patronage depuis 1182. En Ville de Fribourg, cet événement est porté par le Collège Saint-Michel, symboliquement et historiquement considéré comme le « gardien » de ce « rite ». Son organisation est très codée, depuis la procédure d’élection du Saint-Nicolas jusqu’au déroulement du fameux « cortège ».

Cette fête joue un rôle social important : elle contribue à revitaliser les liens familiaux et amicaux, et favorise la collaboration entre les différents services et instances de la ville. De plus, elle s’inscrit comme un événement où l’on se (re)connecte à un patrimoine historique et identitaire. Ainsi, à quelques exceptions près, les personnes dont l’histoire individuelle et familiale ne s’est pas construite avec la Saint-Nicolas (personnes/familles primo-arrivantes) tendent à rester à la périphérie de cet événement.

Pourtant, en tant que tradition vivante, supposément en évolution constante, cette fête basée sur des valeurs universelles contient un riche potentiel pour renforcer le lien d’appartenance des personnes migrantes avec l’histoire et la vie culturelle fribourgeoise. Cette légende se prête par ailleurs d’autant plus à un travail collectif que sa dimension migratoire en est partie intégrante, Saint-Nicolas étant aussi et avant tout un migrant. Par ailleurs, la coutume repose sur des aspects et des rites qui se manifestent dans les fêtes traditionnelles du monde entier (cortège, nuit, spécialités culinaires, fête en famille, artefacts, mythes, etc.). Cette légende est ainsi porteuse d’une symbolique susceptible de thématiser les expériences de migrations et leur actualisation dans la société fribourgeoise.

Des vécus migratoires en résonance à la tradition

Le projet « La Saint-Nicolas avec toutes et tous » [1] avait précisément pour but de permettre aux personnes non familières de cette légende de lui donner du sens et de « faire leur » cette importante tradition, par leur propre expression culturelle. Pour y parvenir, l’idée a été de prendre appui et d’exploiter le symbolisme universel véhiculé par cette fête. En contribuant à multiplier les sens attribués à cette histoire, il s’agissait de promouvoir une participation culturelle plurielle et de favoriser l’intégration et le bien-vivre ensemble.

Les études empiriques traitant de la citoyenneté en lien avec la diversité (Yuval-Davis, 2006) confirment en effet que pour (se sentir) « appartenir », les gens doivent se sentir libres d’exprimer leur propre identité et être reconnus, dans leurs expressions, comme partie intégrante de la communauté où ils vivent. Le seul rôle des institutions politiques n’est donc pas suffisant : le reste de la société doit également « accorder » cette reconnaissance, ce qui suppose un effort collectif culturel. Toute politique d’appartenance implique ainsi un double mouvement, de revendication et d’octroi de cette reconnaissance et du potentiel d’appartenance qui lui est associé. L’articulation des deux mouvements, qui résulte d’un processus constant de négociation à l’échelle tant individuelle que collective, permet une citoyenneté culturelle, soit une appartenance complète (et pas seulement légale) des personnes migrantes. Ces dernières se voient ainsi conférer la possibilité d’enrichir le tissu social et culturel de la société, tout en se voyant reconnaître leur différence.  

Ce projet s’est ainsi employé à « substantialiser » ce double mouvement avec l’initiation d’un processus participatif à finalité artistique. Onze personnes, qui ont expérimenté très diversement la migration, se sont lancées dans cette aventure de création collective artistique. Lors d’ateliers coopératifs, qui ont rassemblé régulièrement l’ensemble des citoyen·ne·s-artistes, la chaussure a été choisie pour thématiser le lien entre la Saint-Nicolas et la migration. Porteur d’une riche symbolique, le soulier incarne en effet la dimension de voyageur de Saint-Nicolas et représente l’élément du don (à travers la botte que l’on place devant la cheminée en attendant Saint-Nicolas). En parallèle, il rend visible l’effort, la souffrance — et les empreintes — des personnes amenées à migrer.

Des productions artistiques dans l’espace public

S’appuyant et s’inspirant de ce visuel de la chaussure, trois projets ont ensuite été élaborés.

Le premier projet a consisté en l’installation d’un « tracé migratoire » : celle-ci a pris la forme d’une chaîne de chaussures illuminée et suspendue à quatre mètres du sol. Cherchant à faire écho aux voies « invisibles » des migrant·e·s d’hier et d’aujourd’hui, elle a été mise en place sur plus d’un kilomètre, le long du parcours emprunté traditionnellement par le cortège de la Saint-Nicolas. Le défilé n’ayant pu avoir lieu à cause des mesures sanitaires, l’aménagement a alors également constitué un rappel de la foule absente. Un appel aux dons de matériel pour peindre et dessiner a été mis en place sous forme de boites de collecte, en collaboration avec les commerçants locaux, sur le chemin de l’installation.

Ensuite, les ateliers de création participative « Quo vadis » (où vas-tu ?) ont encouragé des personnes d’ici et d’ailleurs — notamment des familles — à faire connaissance, à échanger de manière ludique sur différentes expériences de la Saint-Nicolas, puis à tisser des liens avec d’autres fêtes à la symbolique proche ; les participant·e·s ont, à leur tour, été invité·e·s à produire des objets artistiques autour du symbole de la chaussure. Le but ici était de partager les parcours de vie et de migration, ainsi que leur sentiment d’appartenance à un lieu.

spectacle scene libre st nicolas hets fr 400Spectacle Ramène ta chaussure, le 5 décembre 2021 à Fribourg © HETS-FR

Enfin, le spectacle Ramène ta chaussure, on va voyager ensemble a retracé, à travers la narration d’un conte imaginé pour l’occasion, le voyage de Saint-Nicolas. Dans ce cadre, l’expérience de la migration des requérant·e·s d’asile a été relatée par des migrant·e·s d’hier et d’aujourd’hui.

Un résultat qui a répondu aux attentes

Malgré la multitude d’obstacles et de contretemps rencontrés lors de la mise en place des trois productions artistiques, ce projet est parvenu à répondre aux différents objectifs (artistique, inclusivité, réflexivité) qui lui avaient été fixés, officiellement et officieusement, par les porteur·se·s et partenaires du projet. Les trois productions ont en effet été saluées par le public et par les médias pour leur qualité artistique, mais aussi pour leur côté innovant et ambitieux, notamment en ce qui concerne la guirlande.

En termes de cohésion sociale, « La Saint-Nicolas avec toutes et tous » avait volontairement été pensée autour d’un appel à candidatures (et non d’un appel à projets déjà constitué), afin de favoriser la rencontre et l’initiation d’un processus de cocréation entre personnes ayant expérimenté la migration de différentes manières, mais qui ne se connaissaient pas. Cette démarche de reconnaissance mutuelle a pleinement fonctionné, en particulier dans le cadre du spectacle, qui constitue l’œuvre collective et coopérative d’artistes professionnel·le·s et non professionnel·le·s aux origines et statut migratoires variés. Il subsiste par ailleurs de ces instants partagés de véritables liens d’amitié et de solidarité qui ont largement dépassé les contours du projet.

Enfin, en termes de problématisation, les séances de travail collaboratif ont été l’occasion de soumettre la légende de Saint-Nicolas, relativement statique et construite autour de personnages et d’un type d’altérité stéréotypés, à un processus de déconstruction. Les citoyen·ne·s artistes se sont réapproprié·e·s cette mystagogie [2] en choisissant collectivement un nouvel angle de lecture (par le biais de la chaussure). Celui-ci a permis d’intégrer de nouveaux et nouvelles protagonistes, aux rôles actifs et engagés, visibilisant tout à la fois la diversité, ainsi que le potentiel créatif et d’innovation des expériences migratoires.

Et un résultat qui « interroge »

Le processus d’évaluation développementale (Patton, 2010) qui a servi de boussole à la conduite de ce projet a toutefois fait émerger un certain nombre d’interrogations sur les conditions et les enjeux liés à la mise en œuvre des projets participatifs dans le domaine de la participation culturelle. En guise de conclusion, trois d’entre elles sont évoquées ici.

« La Saint-Nicolas avec toutes et tous » a pris une ampleur difficile à prévoir et a souvent placé l’équipe exécutive aux confins de son champ de compétence. Toutefois, le projet a pu être mené à terme grâce à un engagement sans précédent de la part de l’ensemble de ses différents acteurs et actrices. Les artistes citoyen·ne·s, les collaborateurs et collaboratrices scientifiques et administratives, des bénévoles, ainsi qu’une multitude de représentant·e·s d’associations, d’institutions et d’entreprises ont fait don de centaines d’heures, lesquelles ne figurent pas dans le rapport financier. Un tel décalage, caractéristique de maints projets participatifs, interroge la possibilité et la nécessité de quantifier et de visibiliser cet engagement. Cette mise en lumière contribuerait à un double processus de reconnaissance, en termes de valorisation de l’engagement et des expertises des personnes impliquées d’une part. Secondement, cela concourrait, en matière d’acceptation des besoins effectifs de ressources financières, temporelles et d’accompagnement à faire évoluer et à adapter les conditions-cadres de réalisation de ce type de projets.

Le développement de programmes expérimentant l’articulation explicite des politiques de la culture et de la cohésion sociale pour les institutionnaliser ensuite comme des politiques publiques [3] questionne les conditions-cadres émises pour favoriser ce genre de projets, notamment en matière de ressources et d’équité pour que les populations concernées puissent participer de manière égalitaire. Il s’agirait, à ce titre, de mener des réflexions autour des problématiques suivantes : quelles rétributions sont offertes aux participant·e·s intégré·e·s à l’émergence d’une politique publique visant à développer le pouvoir d’agir ? Quels éléments sont nécessaires pour leur permettre d’adosser un rôle d’acteur et d’actrice de la médiation culturelle ? Quelles compétences spécifiques se révèlent nécessaires à la conduite de ces projets ? Quelles instances et quels champs de formation portent de tels projets ? Quel renouvellement des collaborations interdisciplinaires et interinstitutionnelles et des cadres de financement appellent-ils ?

Pareilles questions, auxquelles les acteurs et actrices de « La Saint-Nicolas avec toutes et tous » ont été confronté·e·s, représentent autant de rappels de la non-unification du domaine de la participation culturelle. Ce champ résulte d’une rencontre et de négociations progressives entre les champs d’action publique de la culture et de la cohésion sociale, qui ont chacun porté cet objet d’intervention en s’appuyant sur des référentiels spécifiques (Moroni, Bianco, 2016).

Depuis plusieurs années, la participation culturelle tend à s’autonomiser en un domaine tiers, à l’interface de la culture et de la cohésion sociale. Cette émancipation suppose toutefois un important travail d’élaboration d’un référentiel conceptuel et de compétences spécifiques afin de créer du « commun » aux professionnel·le·s des différents domaines et mondes qui y œuvrent.

Le travail social peut participer à consolider cet espace tiers. En prenant part à l’élaboration de politiques publiques, ainsi que par son ancrage dans les communautés concernées et les compétences professionnelles de médiation, il dispose des outils de facilitation pour ancrer des principes de travail congruents avec les buts de la participation culturelle.

Références

[1] Ce projet a été porté par la Haute école de travail social Fribourg (HETS-FR) en partenariat avec le Service de la culture et le Secteur de la cohésion sociale de la Ville de Fribourg. Il a été financé par la Commission fédérale des migrations (dans le cadre du projet Nouveau Nous), par la HETS-FR, ainsi que par le Canton et la Ville de Fribourg. 

[2] La mystagogie est l’initiation aux mystères sacrés.

[3] On peut citer comme exemple ici les programmes Nouveau Nous de la Commission fédérale de migration ou Interculturalité de Pro Helvetia.

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Comment citer cet article ?

Béatrice Vatron-Steiner et al., «Saint-Nicolas, moteur de participation culturelle», REISO, Revue d'information sociale, publié le 1er décembre 2022, https://www.reiso.org/document/9952

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