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Première romande: séjour pour pères solos avec enfants

Mercredi 12.05.2021

Pro Junior Fribourg et MenCare organisent pour la première fois un séjour destiné aux papas seuls avec leur(s) enfant(s). Le but ? Offrir à ces hommes un espace de réflexion sur la parentalité, entre pairs, et un temps de loisirs avec leurs enfants. Inscriptions jusqu’au 30 juin.

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Responsable du programme MenCare en Suisse romande, Gilles Crettenand détaille le concept de camp pour « pères solos ».

Crettenand GillesGilles Crettenand, à quel « type » de père votre séjour est-il destiné ?

Ce séjour d’une semaine est ouvert à tous les pères qui assument seuls la charge de leur(s) enfant(s) âgés de 3 à 11 ans, à plein temps, en garde partagée, ou de manière occasionnelle. Il s’agit, pour les participants, d’avoir envie d’enrichir leurs compétences de parent et de partager un moment en famille dans la nature, à Charmey. Ils doivent comprendre le français.

Pourquoi organiser un séjour destiné uniquement aux pères ?

C’est une question qui revient régulièrement. Pro Junior Fribourg (anciennement Pro Juventute Fribourg) organise depuis 15 ans des séjours mères solos-enfants avec succès. C’est à la suite de demandes réitérées de pères qui se trouvent dans la même situation que MenCare Suisse romande a été approché. Le projet a été développé avec le soutien scientifique de la Haute école de travail social Fribourg.

Les papas n’osent-ils donc pas se mêler aux mamans ?

Si, vu de l’extérieur, la situation semble similaire entre des mères ou des pères seul·e·s avec leurs enfants, les expériences vécues et ressenties sont en réalité spécifiques. Ainsi, les résultats de l’étude prospective effectuée en 2020 par la HETS-FR* « mettent en lumière les nombreux défis auxquels se trouvent confrontés les pères solos. » Cette recherche montre qu’ils « doivent composer avec la tension de vouloir s’investir en tant que pères, mais de ne pas toujours se reconnaître ni être reconnus dans cette place. Les représentations sociales genrées de la parentalité qui considèrent les tâches parentales comme relevant essentiellement de la responsabilité des mères, constituent un obstacle important à l’appropriation de la place de père ». Un tel séjour souhaite notamment aborder ces défis, les identifier et par un partage des ressources propres des participants, contribuer à renforcer leurs compétences.

Pourquoi réserver votre camp aux pères « solos » ? D’autres, par exemple des papas qui passent peu de temps de qualité avec leurs enfants ou qui ne trouvent pas leur place quand la mère est présente, auraient peut-être envie de vivre ce temps privilégié...

L’étude de la HETS-FR a en effet montré que les « représentations peuvent expliquer les réticences de certaines mères à reconnaître au père ses compétences parentales, mais aussi l’organisation du système social, juridique et économique, qui a tendance à enfermer le père dans un rôle de pourvoyeur et les mères dans le rôle de responsable des tâches d’éducation et nourricières. Même s’ils doutent parfois de leur légitimité en tant que père, les hommes (...) disposent toutefois de peu de soutiens et souvent, par fierté ou peur des jugements, ils ne vont pas chercher l’aide dont ils auraient besoin. » Il est donc clair que ces espaces conviennent à l’ensemble des pères. Toutefois, si les besoins peuvent être similaires, ils ne sont pas identiques parce que le contexte joue un rôle central. La réalité d’un parent solo (pères ou mère) n’est pas comparable par de nombreux aspects avec celle d’un parent en couple. Le regard et la pression sociale, par exemple, augmente lorsque l’entourage réalise que le père est seul à s’occuper de l’enfant. Il en est de même de la pesante responsabilité, peu ou pas partagée avec un·e partenaire, autour des décisions du quotidien, simples ou lourdes de conséquences. Les échanges gagnent à être partagés entre vécus et expériences de vie similaires.

Quels sont les défis dans l’organisation d’un camp pour les pères ?

Le plus grand défi est de réussir à faire que les principaux intéressés se sentent concernés par cette proposition ! Pour l’être, ils doivent réaliser la plus-value d’une telle expérience pour eux - en tant que parent solo et en tant qu’homme - pour leurs enfants et pour la famille qui s’occupe de l’enfant. Or, on rencontre encore une véritable gène de la part des pères solos à faire ce pas. Beaucoup restent très seuls avec leurs préoccupations. C’est pourquoi nous avons besoin du soutien des institutions et des professionnel·le·s en contact avec les familles et les pères pour relayer cette opportunité !

Vous avez une grande expérience dans le travail avec les hommes, et particulièrement les futurs pères. Que leur dire, pour qu’ils osent s’inscrire ?

Je rencontre en effet depuis plusieurs années des futurs pères ou des pères de jeunes enfants. Je constate avec quel plaisir et confiance ces moments leur permettent de partager leurs expériences et ressentis, de ressortir avec une plus grande confiance en leur capacité de prendre en charge un enfant, du mieux qu’ils le peuvent, à l’instar de chaque parent, père ou mère.

Quels sont les bénéfices d’une telle semaine, tant pour les pères que pour les enfants ?

Nous le leur demanderons à la fin du séjour ! Mais l’expérience de formats similaires a montré divers bénéfices*, comme un renforcement de la parentalité des pères solos et la facilitation de la coparentalité. En passant une semaine dans la nature avec leurs enfants et d’autres familles, ces hommes ont l’occasion d’éprouver leur travail parental sans arrêt durant une semaine, tout en travaillant des thématiques liées à la parentalité dans le cadre d’ateliers animés par un professionnel.

D’autre part, ces échanges contribuent à renforcer le lien père-enfant(s), pour des pères qui ne voient que peu leurs enfants. Plusieurs d’entre eux ont peu les moyens et/ou l’occasion de prendre des vacances et d’avoir des moments de détente en famille. En outre, certains peuvent se sentir démunis lorsqu’ils sont amenés à réaliser des activités adaptées à l’âge de leur progéniture et/ou trouver un équilibre entre s’amuser et poser un cadre dans la relation éducative. Un séjour pères-enfants donne l’occasion d’expérimenter des activités éducatives, nourricières et de détente avec leurs enfants, dans un cadre sécurisé.

Est-ce que le fait que les hommes se retrouvent entre eux facilite le dialogue ?

Il est clair que la non-mixité favorise la confiance et les échanges spontanés. Cela diminue la peur du jugement, valorise les compétences de ces pères et favorise l’apprentissage basé sur les expériences vécues par les autres. En outre, ils reçoivent les informations pratiques dont ils ont besoin grâce à la présence de professionnel·le·s à l’écoute de leurs besoins.

 Ils rencontrent en fait la solidarité masculine...

Vivre un tel moment permet aux participants de voir qu’ils ne sont pas seuls dans leur situation, ce qui fait beaucoup de bien et fait baisser la pression de manière spectaculaire. Réaliser que chaque père solo à ses soucis mais aussi ses stratégies pour y faire face rassure. Enfin, cette expérience permet de créer des liens entre pères solos, liens qui sont autant de ressources supplémentaires pour affronter au mieux leur réalité.

(Propos recueillis par Céline Rochat)

*Etude en vue de la conceptualisation d’une offre de séjour pour pères solos avec enfants

Annamaria Colombo et François Geiser, HES-SO Haute école de travail social Fribourg, Résumé des résultats - 25.02.2021

Infos pratiques

Charmey, du 8 au 13 août 2021

550 fr. par famille (hébergement en pension complète, ateliers et animations)

Inscriptions auprès de Pro Junior Fribourg jusqu’au 30 juin 2021

Lien vers le flyer

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