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Témoignages de migrant·e·s en temps de confinement

Mardi 22.09.2020

c 1 Ranta Images AdobeStock 400© Ranta Images / AdobeStock

En marge du dossier spécial «Migration et confinement» qui paraît dans REISO, des témoignages ont été recueillis à chaud. Chez certaines personnes, la situation de confinement a créé l'impression de vide, de manque, d'angoisse, de perte, d'incertitudes. Durga, Radha et Sita [1] ont glané quelques impressions spontanées.

Cet homme, Iranien, toujours avec un permis N après quatre ans en Suisse, avec un premier refus à sa demande d'asile, tente coûte que coûte de rester ici. Il entame sa deuxième année de formation professionnelle. Lorsque je lui demande comment il vit ce confinement, à mon étonnement, il commence par en rire. Il m'explique ensuite que, pour lui, il a juste l'impression de vivre cette situation depuis quatre ans, depuis son arrivée en Suisse. La fermeture des boutiques non essentielles, des bars ou des restaurants, la diminution des contacts sociaux ne change pas beaucoup de son quotidien. Il dit d’ailleurs : « Madame, ce n'est pas nous, avec l'argent d'EVAM, que vous trouverez sur les terrasses. » Cela amène ce jeune homme à reconnaitre un aspect positif de cette expérience : il n'a plus l'impression d'être seul et «nous» voit entrer dans ce monde confiné, un peu à l'image d'une migration.

Ce jeune homme, iranien lui aussi, sportif d'élite en arts martiaux, représente la Suisse à des concours internationaux. Au bout de trois ans avec un permis N, il reçoit son premier refus en novembre, une semaine avant de participer aux championnats mondiaux de karaté au Japon. En mars, le restaurant où il travaille est fermé et il ne peut pas pratiquer son sport. Il fait des footings au bord du lac et se sent très seul. Il dit se sentir délaissé par les Suisses et par la Suisse. Les amis d’ici ont disparu depuis le début du confinement. Il ne comprend pas pourquoi on ne lui fait pas signe, pourquoi les seuls contacts par téléphone sont avec la communauté iranienne.

Un jeune de Syrie en dernière année de CFC de mécanicien doit terminer sa formation à l'aide de son téléphone. Sa connexion 4G fonctionne s'il se met à côté de la fenêtre de son appartement. Il dit se débrouiller avec les moyens qu'il a. Finalement, il avoue qu’il est le seul de sa classe à ne pas avoir un ordinateur. Il passe de longs moments à rédiger ses travaux scolaires avec son petit écran tactile pour éviter de divulguer qu'il n'est pas équipé comme les autres.

Ce jeune homme syrien est en fin de formation dans une école de coiffure. Il a refusé de quitter les lieux lors de l'annonce du confinement. Le jeune tient à tout prix à terminer sa formation et obtenir son diplôme. Il y a escalade et finalement la police doit intervenir. Quelques jours plus tard, le jeune m'explique pourquoi il a perdu ses moyens. Cette situation lui rappelle des souvenirs de la guerre dans son pays : les magasins et les écoles fermées, les rues vides, la population angoissée et méfiante, l’interdiction de sortir. Il a déjà connu le couvre-feu et la vie sous un état policier.

Cette mère de famille syrienne devient soudainement la référente scolaire pour ses trois enfants dans leurs 2,5 pièces. Peu habituée à l'écrit, elle lit difficilement le français et n'a pas d'ordinateur. Les maitresses de ses enfants ne proposent aucune solution pour faciliter l'école à la maison. Elle demande à son enseignant de français de contacter le collège. Pour finir, une personne bénévole est trouvée pour l'aide aux devoirs et les fiches scolaires pour les enfants sont envoyées par courrier.

Ce jeune homme d'Afghanistan vit seul. Il ne doit pas visiter sa mère, diabétique, qui habite le village d'à côté. Ses cours de français sont suspendus. Il se préoccupe pour son avenir : comment trouver une formation cette année si son niveau de français ne s'est pas amélioré ?

Ces migrant·e·s habitant en foyer se sont sentis délaissé·e·s. Le personnel du foyer a subitement été absent, en congé ou malade. Ils et elles étaient seul·e·s et confiné·e·s, vivaient en proximité et dans la peur de la contagion. Ces migrant·e·s ont peu à peu retrouvé un certain calme avec le retour des assistant·e·s et une présence renforcée dans le foyer.

Et finalement, l'histoire de Sanghar [2], cet homme qui a suscité beaucoup d'émotions et de révolte dans les médias. Cinéaste et invité à de nombreux évènements culturels en Suisse romande, il travaille dans la désinfection des hôpitaux et reçoit en pleine crise sanitaire une décision de renvoi de la Suisse. Il a aussi suivi un semestre de formation à la HETSL, car il voulait « mettre toutes les chances de son côté pour rester en Suisse.» Son sort n’est pas encore connu à ce jour.

Lire aussi : Bhama Steiger, «Les migrant·e·s, est-ce aussi nous?», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 22 septembre 2020

[1] Ces trois noms de déesses hindoues se substituent aux prénoms des trois travailleuses sociales qui ont recueilli ces témoignages.

[2] Article de Asile.ch

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