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Tour d’horizon sur «La retraite. Quels projets de vie?»

Lundi 11.03.2019
  • De Jean-Pierre Fragnière ; Lausanne : Editions Socialinfo, 2019, 154 pages.

Recension par Jean Martin, médecin de santé publique et bio-éthicien


La retraite FragniereJean-Pierre Fragnière a enseigné les sciences sociales, particulièrement la politique sociale, à la Haute école de travail social de Lausanne (EESP) et aux Universités de Genève et Neuchâtel. Souvent présent dans les médias, il est un spécialiste des enjeux liés à ce qu’il appelle la « société de longue vie ». Il a aussi récemment retenu l’attention avec un livre sur la fin de vie.

Son dernier ouvrage est un tour d’horizon-bilan-guide sur la retraite, cette période devenue de plus en plus importante au cours des dernières décennies. Il n’est pas exagéré de parler d’une « nouvelle vie », qui appelle quatre questions :

  1. De quelles images de la vieillesse suis-je habité, me permettent-elles de construire l’avenir ?
  2. Quel contenu donner aux jours et aux années qui s’offrent ?
  3. Comment gérer les risques inhérents à ces transformations – porteuses de formes nouvelles de vulnérabilités auxquelles il faut faire face ?
  4. Quel sera mon statut dans un environnement qui ne va pas manquer d’étiqueter mes choix et mes attitudes ?

A propos de laisser sa place : « En période de croissance et de mobilité ascendante, la question se résout assez naturellement. Dans les temps marqués par une ‘panne de l’ascenseur social’, la fin de carrière résonne des invitations à s’effacer, à faire place nette. Et la même musique peut accompagner les tentatives de conserver une part d’activité (…) Cette période est aussi habitée par la question de la transmission du savoir acquis, du savoir-faire, de l’expérience.» Le retraité doit apprendre à accueillir, conseiller et partager. Une bonne formule de Vauvenargues : « Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil d’hiver. »

Avis interpelant de la conseillère fédérale Ruth Dreifuss : « Que les grands-parents et leurs petits-enfants se mettent ensemble pour prendre en tenaille notre génération, la génération d’âge moyen, pour qu’elle élargisse son champ de vision, pour qu’elle comprenne qu’il faut à ce pays à la fois la stabilité et le mouvement. »

Le retraité a un devoir d’ouverture, son poids sur la vie sociale et politique implique un effort de compréhension des nouveaux besoins. Il s’agit entre autres de réduire les forces qui tendent à placer les diverses générations dans des ghettos. Le problème grave, universel peut-on dire, de la croissance des inégalités est souligné : «La pratique des solidarités est la condition de l’existence des autonomies. »

Noter cet encouragement à relativiser les choses (dans le bon sens) : « L’approche de ce temps de la vie invite à accepter des solutions approximatives, à cultiver une tolérance solide face aux hésitations et aux échecs. [Pour établir ses projets de retraité,] rédiger et réécrire plusieurs brouillons. » Il faudra aussi « prévenir nombre de tentatives de nous disqualifier, de nous sous-estimer, de nous renvoyer à nos tricots ou à nos collections de timbres. » Et aussi : « Il faut le redire, parler de retraite ne saurait en aucun cas correspondre à un projet de retrait. »

L’avant-dernier chapitre, « Il faudra bien mourir », esquisse l’ensemble du travail éthique auquel sont appelés, devant la fin prochaine d’une personne, ses proches, les professionnels (de la santé, du social, du droit même), en réalité la société en général. Avec cette phase de Vladimir Jankélévitch : « Quand on pense à quel point la mort est familière et combien totale est notre ignorance, et qu’il n’y a jamais eu de fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé. »

« La retraite » perce-t-il tous les secrets d’une vie bien vécue après la cessation de l’activité de l’âge adulte ? Il serait prétentieux de l’affirmer mais ce livre apporte une réelle contribution dans ce sens, de manière structurée en sections courtes et claires, agréable à lire, vivante.

Socialinfo

 

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