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Le 7 octobre 2025, la Fondation de l’Orme a reçu l'émission «La Ligne de cœur». Entre témoignages éclairants, échanges sincères et joie du partage, la soirée a mis en lumière la force du lien dans le rétablissement en santé mentale.
© Fondation de l'Orme
Par Eliane Bovitutti, directrice, Fondation de l’Orme
« Il arrive quand Jean-Marc ? », « On s’installe où pendant l’émission ? » : l’air vibre d’impatience à la Cité des inventions, l’une des institutions du Pôle santé mentale (PSM) de la Fondation de l’Orme. Nous sommes le 7 octobre 2025, à l’aube de la Journée mondiale de la santé mentale. Quelques minutes plus tard, Jean-Marc Richard, l’animateur de La Ligne de cœur, aura installé son équipement pour recueillir des témoignages. Autour de lui, des invité·es évoqueront leur propre parcours de rétablissement, le travail des institutions et la pair-aidance.
« C’est mon fils, ma bataille, fallait pas qu’elle s’en aille… » : le cri du cœur de Daniel Balavoine retentit dans la salle de conférence, studio de diffusion improvisé, où les conversations vont bon train. « On démarre dans trois minutes », annonce Jean-Marc Richard. Tout le monde se redresse sur son siège. Résident à la Cité des Inventions, Léo connaît bien l’émission ; sa première intervention date de 2014. Ce soir, comme tous les invité·es, il est convié à parler du lien social, que certains incidents de parcours fragilisent. Le voilà qui s’entretient avec Pascal Bernheim, auteur d’une exposition de portraits photos intitulée « Liens ! » réalisés dans les ateliers du GRAAP. « Entre Liens ! et Viens !, il n’y a qu’une lettre », remarque Léo avec malice.
Dans la salle à manger communautaire, en attendant la prise d’antenne, résident·es de la Cité des inventions et invité·es du Comité romand d'orientation et d'éducation professionnelle des invalides (CROEPI), dénouent les liens dans toute leur complexité. C’est Carla, paire praticienne en santé mentale au PSM, qui guide les discussions. Le groupe le sait trop bien : quand le mal-être s’installe durablement, les liens s’effritent. Isolement, estime de soi en berne, communication difficile… Subsiste juste l’envie de rester dans sa bulle, voire de disparaître.
À l’inverse, les relations bienveillantes jouent un rôle essentiel dans le processus de rétablissement. Grâce à l’écoute, la parole, les activités collectives ou la pair-aidance, les liens se retissent. C’est précisément l’apport des associations, à défaut d’autre réponse collective à la détresse psychique. Actives à la boutique du CROEPI, qui vend des produits textiles faits main, des bénéficiaires témoignent : « Quelle bouffée d’air ce job à « La Lausenette », au sein d’une équipe sympa ! »
Elles abordent aussi une thématique sensible : les liens délétères. Pour se protéger de relations malfaisantes ou pour se retrouver avec soi-même, la solitude a du bon. Mais elle doit être choisie et non subie. Comme en écho aux propos des auditrices, Nadia, résidente de la Cité des inventions, se raconte au micro : pour « sauver sa peau », elle a dû s’éloigner de mauvaises fréquentations. Elle a trouvé la force de le faire auprès de son fils.
Si un jour je peux aider, je le ferai. (...) La pair-aidance apporte une réponse.
Alix a vécu quarante hospitalisations. Sans trop y croire, elle se répétait : « Si un jour je peux aider à mon tour, je le ferai ». Aujourd’hui pair-aidante, elle se sent légitime pour accompagner d’autres personnes, donnant ainsi du sens à son parcours. Autour de la table, Tania, paire-praticienne en santé mentale abonde : « Chacun a une expérience propre de la santé mentale. Mais que faire de tout ce vécu ? La pair-aidance apporte une réponse ». Après des épisodes de dépression, Delphine a quant à elle entamé son chemin de rétablissement avant tout grâce au soutien d’autres patients de l’hôpital psychiatrique où elle a séjourné. « Les professionnels disposent d’outils conceptuels et théoriques mais l’apport des pairs-aidants permet de mieux comprendre les patients. Ce sont des passeurs de vécus », éclaire Diego Lichelli, directeur du Collège de Rétablissement à Genève. C’est au tour de Corinne de s’exprimer. Elle raconte la honte du PAFA, la colère suscitée par les expertises psychiatriques, l’envie de mourir. Mais elle va mieux et elle veut s’en sortir. Les témoignages des paires-aidantes l’inspirent. Applaudissements dans la salle.
Deux heures de partage s’écoulent au rythme des témoignages autour de la table et par téléphone. Les auditeurs et auditrices de La ligne de cœur peuvent aussi envoyer des messages via WhatsApp. Celui de Michel tombe à point nommé, en fin d’émission : « J’irai dormir heureux, très belle soirée et merci ! ».

REISO vous souhaite de belles fêtes de fin d’année et se réjouit de vous retrouver à la rentrée de 2026 pour de nouveaux partages de connaissances en travail social et santé.