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Le CERES : 40 ans de recherche en lien avec la cité

Mercredi 24.02.2010

Le Centre de recherche sociale (ceres) de la Haute école de travail social de Genève vient de fêter ses 40 ans. Passage en revue des points forts de l’histoire du ceres et des enjeux actuels de la recherche sociale.

A la fin des années 1960, afin de répondre à la nécessité d’accompagner les travaux de recherches réalisés par les étudiants au cours de leurs études et de produire des recherches portant sur des problématiques et des pratiques propres au travail social, l’Institut d’Etudes Sociales d’alors a créé le ceres.

Dès sa création, le centre a veillé à entretenir des liens avec la cité. C’est ainsi qu’il a encouragé par exemple la production des mémoires collectives d’étudiants qui visaient à analyser, à partir de plusieurs perspectives complémentaires, les réalités sociales des quartiers de Genève. Cependant, ce n’est qu’à partir du début des années 1990 que l’activité de recherche s’est vraiment développée, avec la participation à des projets dans le cadre des programmes nationaux de recherche (PNR) du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Les équipes de recherche du ceres ont été en effet activement impliquées dans des études pionnières en Suisse sur les jeunes en rupture de formation ou sur les jeunes rentiers à l’AI. Elles ont également été parmi les premières à explorer la situation des personnes âgées en institution ou à mettre en évidence les conditions de vie précaires des personnes âgées immigrées. Elles ont également contribué à la remise en cause des stéréotypes sur les « secondos », les descendants des immigrés, comme « population problème ». Au début des années 2000, toujours dans le cadre des PNR, elles se sont penchées sur des problématiques telles que la violence raciste au quotidien, les fonctions des entreprises sociales de réinsertion, les relations qui se nouent entre assistants sociaux et assistés, les politiques de prise en charge des enfants.

Avec le passage aux Hautes écoles spécialisées (HES) au début des années 2000, la recherche orientée vers la pratique a connu encore une extension plus importante. En effet, au niveau suisse, la Confédération a créé un fonds de soutien aux HES appelé DORE (do research). La HES-SO, de son côté, a mis en œuvre un Fonds stratégique destiné à soutenir les projets de recherche dans les domaines de la santé et du social. Dans ce contexte, entre 2000 et 2009, les équipes du ceres se sont impliquées dans une trentaine de projets. Par ailleurs, des instances fédérales, cantonales et communales, ainsi que des institutions et associations du domaine social ont commandé ou financé des études, des évaluations, des expertises ou des recherches.

Collaborations avec des partenaires de terrain

Actuellement, les recherches en travail social et en psychomotricité (les deux filières de la hets) se caractérisent par leur orientation vers la pratique et sont généralement menées en lien avec des partenaires de terrain. Les résultats leur permettent d’élargir et de systématiser les connaissances qu’ils possèdent, mais surtout d’ouvrir de nouvelles perspectives en réponse à des questions que la pratique leur pose. La recherche est ainsi loin d’être un luxe, mais permet, au contraire, à l’ensemble des acteurs concernés de disposer d’instruments et de méthodologies pour s’interroger sur des questions de grande actualité telles que la maltraitance en institution, les incidents racistes entre professionnels et jeunes, les modalités d’intervention concrètes des professionnels auprès des usagers ou le sentiment d’insécurité des habitants de certains quartiers.

L’intégration de nouveaux savoirs dans la pratique professionnelle bénéficie directement aux étudiant-e-s formé-e-s à la hets qui peuvent se familiariser, lors des périodes de formation pratique et des cours, avec des connaissances constamment actualisées.

La recherche constitue ainsi un maillon indispensable qui contribue à alimenter les nombreuses collaborations tissées au fil du temps entre la hets et les acteurs de la cité.

Quelques enjeux en lien avec la cité

L’enquête menée par le ceres, ainsi que la Journée d’étude organisée le 29 septembre 2009 ont cependant mis en évidence la nécessité d’approfondir la collaboration entre la recherche et les terrains du travail social et de la psychomotricité. Par exemple, la majorité des institutions sociales estime que les recherches devraient servir à mieux faire connaître leurs problématiques (notamment comment faire plus avec moins de ressources) auprès du monde politique. Autrement dit, d’après les enquêtés, les savoirs produits par la recherche, pourraient donner un certain écho à des réalités institutionnelles devenues plus difficiles, que les décideurs ont de la peine à entendre.

La Journée a permis aussi de constater que les recherches, de par leurs méthodologies en lien avec l’intervention, ne sont pas seulement productrices de connaissances nouvelles, mais peuvent également fournir aux acteurs de la cité des outils d’échange, de sensibilisation ou de formation qui sont particulièrement pertinents pour eux. Il n’en demeure pas moins que ces outils sont mal connus et que l’un des défis d’avenir du ceres est de se rapprocher davantage de ces acteurs.

On le voit, la recherche sociale est confrontée à des enjeux et demandes multiples. Elle doit être attentive aux questions émergentes dans le monde social, produire de nouveaux savoirs par le biais des méthodes rigoureuses, restituer les résultats obtenus aux acteurs de la cité et les utiliser dans la formation, poursuivre un dialogue permanent avec les partenaires de terrain, sans oublier son insertion dans le monde scientifique. Une subtile alchimie à créer constamment dans un monde complexe et mouvant.

Claudio Bolzman, responsable du ceres

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