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Recension par Jean Martin / « Qui décide de ma vie et de ma mort ? »

Jeudi 14.04.2016

Qui décide de ma vie et de ma mort ? 25 questions de bioéthique

Laurent Degos, Paris : Le Pommier, 2015, 96 pages

Recension par Jean Martin, médecin de santé publique

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Laurent Degos est un hématologue et immunologue parisien. Après d’autres ouvrages, il publie un essai bref sur les enjeux actuels de bioéthique, regroupés en quatre parties :

  • Qu’est-ce qu’une personne ? (et depuis quand)
  • Qui décide de la mort ? (y compris problématique du suicide assisté)
  • La dignité de la personne (le consentement est-il toujours libre ?)
  • A qui appartient le corps ? (notamment à propos de don d’organes et transplantation).

Dans cet ouvrage ramassé, il aborde les défis actuels pour la pratique biomédicale qui demandent des appréciations sociétales et soulèvent la question d’élaborations juridiques. Il les met dans leur contexte et indique des options possibles, le plus souvent sans porter de jugement ni donner de réponse. Cette manière d’aborder les enjeux pourra surprendre le lecteur qui serait venu trouver des solutions. Mais elle permet, et c’est essentiel aujourd’hui, d’ouvrir l’esprit aux avancées impressionnantes des sciences et des techniques et de proposer des moyens de les apprécier, sans à chaque fois formuler une conclusion qui pourra s’avérer rapidement obsolète. Degos note que son ouvrage contient les éléments utiles aux élèves de classe terminale pour leur cours d’éducation civique, juridique et sociale. Si il évite ainsi l’écueil de donner des conseils de façon paternaliste, peut-être aurait-il pu néanmoins tracer un ou quelques chemins d’élaboration du thème.

Sur les tensions entre santé publique et santé individuelle, l’auteur cite le Comité consultatif national d’éthique : « Le progrès médical s’est souvent fondé sur des rapports bénéfices /risques initialement asymétriques (…) La société dans son ensemble doit être consciente que l’exigence de la recherche peut conduire à privilégier parfois les intérêts de la communauté. » Degos relève que les pesées d’intérêts sont particulièrement ardues dans les situations qu’il appelle « sauts technologiques ».

Sa conclusion est interpelante. « L’espèce humaine est riche de sa diversité, qui lui permet de survivre face à tout type d’agression, riche de sa vulnérabilité, qui permet de révéler sa solidarité. L’homogénéité signe sa mort. Le rejet du vulnérable et du fragile amène l’humanité à la barbarie. Le désir de la normalité et la quête d’un transhumanisme sont deux grandes tentations, rendues envisageables par la science, mais aussi deux impasses ». Beau programme de réflexion éthique, au moment où congrès et revues spécialisées sont pleins d’envolées trans- ou post-humanistes ! Dans la pratique quotidienne, beaucoup d’efforts de la médecine tendent à assurer que les enfants qui naissent soient aussi bien (parfaits ?) que possible. Qui arrêtera ce train ? Peut-on et faut-il l’arrêter ou contrôler sa direction et sa vitesse ?

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