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Prévenir la violence domestique auprès des jeunes

Mercredi 28.05.2014

Dans les relations amoureuses, des comportements abusifs sont parfois banalisés. Une sensibilisation précoce permet de mieux identifier les diverses formes de violences, notamment verbales et émotionnelles.

Par Raphaela Minore, chargée de recherche et projet, Fondation Charlotte Olivier, Lausanne, et Marie-Claude Hofner, Médecin associée, Unité de médecine des violences, Centre universitaire romand de médecine légale, CHUV, Lausanne

Sensibiliser et éduquer les jeunes à la problématique des violences et des comportements abusifs est essentiel notamment afin de prévenir la violence conjugale à l’âge adulte. Ces comportements sont observés chez les garçons et les filles et peuvent se présenter dès les premières fréquentations amoureuses. Les comportements abusifs, surtout de nature verbale et émotionnelle, tendent à être banalisés et sont souvent en lien avec l’adhésion à des stéréotypes sur les rôles des hommes et des femmes.

Une série de mesures de prévention de la violence au sein des relations de couple pour les jeunes existent en Suisse : plateformes internet, brochures, campagnes, programmes éducatifs, etc. Le site internet « Jeunes et violence » de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) [1] présente ces initiatives dont le programme « Sortir Ensemble Et Se Respecter » fait partie. Cet outil de prévention des comportements abusifs dans les relations amoureuses offre aux jeunes la possibilité d’identifier les comportements à risque ou abusifs, les encourage à changer d’attitudes ou de comportements, et leur permet d’acquérir de nouvelles compétences.

Un programme qui a fait ses preuves

« Sortir Ensemble Et Se Respecter » est l’adaptation au contexte suisse [2] du programme américain « Safe Dates » [3] dont l’impact a été évalué positivement sur plus de 1000 participant·e·s. En effet, après avoir participé aux activités de prévention, les jeunes banalisaient moins les violences, percevaient mieux les conséquences négatives de leur comportement, étaient mieux au courant des services d’aide et réagissaient de manière moins destructive à la colère.

Concrètement, ce programme s’adresse à des groupes mixtes de 6 à 12 adolescent·e·s, dont l’âge se situe entre 13 et 16 ans (il peut être adapté à d’autres tranches d’âge). Les animateurs et les animatrices sont idéalement un duo également mixte. La sensibilisation se déroule sur neuf séances et propose des activités variées avec des exercices de communication, des simulations ou des jeux de rôle. Ces diverses approches favorisent la discussion et permettent aux jeunes de réfléchir à ce qu’ils et elles cherchent dans une relation amoureuse. Au fil de ces échanges, les participant·e·s sont amené·e·s à définir ce que sont des comportements abusifs et à comprendre leur origine. Ils et elles sont initié·e·s à divers outils qui leur permettent par exemple d’aider les ami·e·s en difficulté, d’identifier les stéréotypes de genre et d’aborder la problématique des agressions sexuelles. Au long de la démarche, chacun·e est guidé pour découvrir quelles sont ses propres ressources et celles qui sont à sa disposition.

Sur la base des résultats positifs de l’évaluation du programme d’origine « Safe Dates », son adaptation suisse a été choisie par le canton de Vaud afin de mener une prévention précoce de la violence de couple. La promotion du programme « Sortir Ensemble Et Se Respecter » auprès des institutions en contact avec les jeunes a ainsi été intégrée au plan de lutte contre la violence domestique du Conseil d’Etat [4]. Des expériences pilotes d’implantation du programme sont actuellement proposées à diverses institutions, par exemple dans les centres de loisirs, foyers, écoles, programmes d’insertion professionnelle. Elles sont soutenues et accompagnées et permettront d’établir des recommandations pour une mise en œuvre optimale du programme, de manière plus extensive. Ce projet pilote est mené en collaboration par la Fondation Charlotte Olivier (FCHO), le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes du canton de Vaud et l’Unité de médecine des violences du CHUV. Le projet d’implantation est soutenu par La Commission cantonale de lutte contre la violence domestique du canton de Vaud, le programme « Jeunes et violence » de l’OFAS et la Loterie romande. Les professionnel-le-s qui souhaitent animer ce programme doivent avoir une expérience avec les jeunes et suivre une formation spécifique organisée par la FCHO [5].

La mise en œuvre en Suisse romande

Une étude de faisabilité [6] a été menée auprès d’animateurs et d’animatrices formé·e·s : éducateurs sociaux et éducatrices sociales, conseiller·ère·s en santé sexuelle, psychologues, animateur·trice·s socioculturel·le·s, formateur·trice·s d’adulte, responsables prévention. Les réponses de ces professionnel·le·s actif·ive·s au sein de plus de vingt-cinq institutions de Suisse romande ont montré que des structures très diverses, telles que des établissements scolaires, des écoles professionnelles spécialisées, des centres de prévention, des centres de loisirs et des foyers d’accueils, ont déjà mis en œuvre « Sortir Ensemble Et Se Respecter » par le passé ou le proposent actuellement. Selon les estimations, plus de 600 jeunes ont participé ces dernières années à cette démarche de sensibilisation. Les animateur·trice·s interrogé·e·s soutiennent que ce programme est un outil « clé en main », qu’il offre de bonnes solutions et répond à un besoin actuel. Les jeunes impliqué·e·s montrent de l’intérêt et de la motivation.

Si ces expériences préalables sont globalement positives, elles ont aussi mis en évidence des besoins et des questions en termes de contenu et d’organisation. Par exemple, certaines problématiques nouvelles ou importantes en termes de prévention ne sont pas abordées dans la version actuelle du programme. Quant à la mise en œuvre dans certaines structures, elle se révèle difficile par manque de soutien institutionnel, par les difficultés à obtenir une autorisation, par manque de temps ou de ressources matérielles. Ces contingences induisent parfois des usages divers du programme, de neuf sessions à quelques sessions ou à quelques exercices, d’une session par semaine à quatre sessions réparties sur un week-end. Afin de répondre à ces demandes, plusieurs développements sont en cours :

  • Un questionnaire d’impact auprès des jeunes participant·e·s est en phase de test et sera proposé à tous les animateur·trice·s qui souhaitent mesurer les effets du programme. L’évalutation du programme a été mesurée lorsque les neuf séances sont effectuées à la suite et durant neuf semaines. Les modalités d’usage différentes et leurs effets sur les jeunes doivent être évalués, afin de documenter les effets de ces modifications et de maintenir un impact positif du programme.
  • Une version actualisée du programme est en cours d’élaboration, elle intégrera, suite à une étude par focus-group et revue de la littérature, les thèmes suivants : l’utilisation problématique des réseaux sociaux, les questions relatives à l’homosexualité, la bisexualité et le transgenre (LGBTIq) ainsi que les questions liées aux différences culturelles.
  • Un vademecum à l’intention des animateur·trice·s contenant la marche à suivre pour implanter le programme dans une institution (y compris des modèles de lettres et de documents utiles) sera disponible dans le courant de l’année.
  • Un réseau des animateur·trice·s devrait se développer afin de permettre l’échange d’expériences, l’intervision, le recours à un·e collègue pour constituer un binôme, le partage de matériel et d’information.

La FCHO, organise les formations d’animateurs, développe et diffuse le matériel, centralise les informations relatives au programme, ce qui permet un monitoring régulier des expériences et des développements, avec un objectif précis : assurer la qualité du programme tout en facilitant sa mise en œuvre.

[1] Site internet du programme national « Jeunes et violences ».

[2] De Puy, J., Monnier, S., Hamby, S.L. (2009). Sortir ensemble et se respecter. Prévention des violences et promotion des compétences positives dans les relations amoureuses entre les jeunes. Ed. IES, Suisse, Genève.

[3] Foshee, V.A., Langwick, S. (1994). Safe Dates : an adolescent dating abuse prevention curriculum. Chapel Hill, N.C. : University of North Carolina et Chapel Hill.

[4] Commission cantonale de lutte contre la violence domestique (2011). Plan stratégique 2011-2015 de lutte contre la violence domestique dans le canton de Vaud. Portail Violence domestique.

[5] Renseignements sur le site de la Fondation Charlotte Olivier

[6] Minore, R., & Hofner, M.-C. (août, 2013). « Sortir Ensemble Et Se Respecter », Swiss prevention program : Feasibility study report. Rapport d’évaluation, Fondation Charlotte Olivier. Disponible en format pdf

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