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Prévention, promotion de la santé et Covid-19

Lundi 24.01.2022

Malgré l’omniprésence du coronavirus, les besoins généraux en promotion de la santé et prévention n’ont pas diminué. Une étude identifie les priorités en la matière, ainsi que les interventions pertinentes en temps de pandémie.

Par Aude Gendre, chargée de projet, Andrea Lutz, chargé de projet et Karin Zürcher, responsable de secteur, Secteur Information et Plaidoyer, Département promotion de la santé et préventions, Unisanté, Lausanne

Depuis 2019 et l’émergence de la pandémie de Covid-19, diverses mesures ont été prises par les autorités politiques pour limiter la propagation de ce virus. Ces dispositions ont entraîné des transformations importantes des conditions de vie de la population partout dans le monde, en augmentant la charge de morbidité liée aux maladies non transmissibles, aux addictions et aux problèmes de santé mentale (Ammar, Brach, et al ; Ammar, Trabelsi, et al. ; Cattaruzza et al. ; Đogaš et al. ; Jackson et al. ; Sánchez-Sánchez et al.).

Ces changements varient cependant selon les groupes sociaux, avec un impact plus important sur les groupes à bas statut socio-économique, les migrant·e·s, les personnes avec enfants, la population active, les individus vivant seuls et les personnes souffrant de maladies chroniques et de handicaps (Balanzá-Martínez et al. ; Carroll et al. ; Di Renzo et al. ; Górnicka et al. ; Jackson et al. ).

Bien que les efforts de santé publique se soient principalement concentrés sur la lutte contre la maladie infectieuse, il semble important de développer en parallèle des interventions répondant aux effets indirects que la pandémie et les mesures de confinement ont sur la santé générale de la population. Quelles sont les priorités en matière de promotion de la santé et prévention (PSP), hors lutte contre le Covid-19, en temps de pandémie ? Quelles sont les interventions les plus pertinentes et prometteuses pour répondre à ces enjeux ?

A partir d’une méthode de type Delphi, l’enquête CoviDelphi a interrogé 282 expert·e·s de toute la Suisse travaillant dans les domaines de la santé publique et du travail social pour répondre à ces questions. La méthode Delphi vise à construire un consensus autour d’un sujet pour lequel il existe peu de connaissances scientifiques, à partir de l’agrégation des opinions de spécialistes du domaine en question. Menée par le Département promotion de la santé et préventions d’Unisanté en collaboration avec Promotion Santé Suisse et le Département de sociologie de l’Université de Genève, cette étude s’est déroulée en 2020 [1].

Questions sanitaires et sociales prioritaires

Selon les expert·e·s interrogé·e·s, les pratiques de promotion de la santé et prévention doivent être poursuivies lors d'une pandémie, mais en s’adaptant aux exigences du nouveau contexte sanitaire. Ils et elles ont souligné le besoin de disposer d’actions couvrant l’ensemble de la population, avec un accent plus fort sur les groupes plus à risque. Les personnes âgées ou socialement isolées, les groupes défavorisés et de faible niveau socio-économique, ainsi que celles et ceux ayant des problèmes de santé mentale ont été identifiés comme les groupes nécessitant le plus d’attention pendant la crise pandémique.

Dans ce contexte, l’action sur les déterminants sociaux et économiques de la santé se révèle encore plus importante que d’habitude. La santé mentale et l'isolement social sont de loin les questions que les expert·e·s considèrent comme les plus importantes durant une pandémie. Les maladies non transmissibles et leurs principaux facteurs de risque sont identifiés comme prioritaires par la majorité des spécialistes, mais moins primordiaux que les autres.

Communiquer pour l’ensemble de la population

Pour communiquer avec la population, les médias de masse et les outils numériques apparaissent comme très pertinents. Les personnes-relais et les multiplicateurs, qui permettent d’accéder aux groupes en situation de vulnérabilité, ayant difficilement accès à ces nouveaux canaux, s’avèrent également être de précieuses ressources.

Si le recours au numérique semble être indispensable, il ressort également un besoin de former les professionnel·le·s à un usage approprié de ces instruments. De plus, les canaux de communication nécessitent d’être adaptés en fonction des groupes-cibles choisis : les moyens numériques pour atteindre les jeunes et les adolescent·e·s, les médias de masse pour les personnes âgées et les personnes socialement isolées, et les personnes-relais (multiplicateurs) pour toucher les enfants et les groupes en situation de vulnérabilité.

La crise, booster d’innovation

Les données récoltées montrent que les acteurs du domaine de la promotion de la santé et prévention ont fait preuve d’innovation, en adaptant leurs pratiques au nouveau contexte sociosanitaire et en développant des nouvelles approches lorsque cela était nécessaire. Les pratiques des acteurs de terrain sont cependant restées majoritairement centrées sur les facteurs de risque des maladies non transmissibles, qui représentent leur core buiseness en temps normal. Des actions ciblant plus spécifiquement la santé mentale, l’isolement et différentes problématiques socio-économiques ont tout de même été développées ou renforcées dans ce contexte. Sur le long terme, ces nouvelles pratiques pourraient contribuer à renforcer le plaidoyer de la PSP en faveur de mesures structurelles et intersectorielles s’attaquant aux déterminants sociaux de la santé.

En termes de canaux de communication, ces interventions étaient souvent diffusées sous forme numérique. La majorité des expert·e·s estiment que l'utilisation des outils numériques dans le domaine de la santé publique se poursuivra au-delà de la pandémie et ne diminuera pas de manière significative une fois celle-ci terminée. Les spécialistes ont cependant identifié le risque de ne pas atteindre tous les publics au travers de ce support de communication.

Se coordonner, une nécessité

L’étude a permis de confirmer le besoin important de coordination des activités de promotion de la santé et prévention dans le contexte de crise socio-sanitaire. Certes, le fonctionnement du système fédéraliste suisse a offert une grande flexibilité et autonomie aux acteurs·rices, qui ont pu mettre rapidement en place des nouvelles pratiques. Cependant, le manque de coordination a aussi engendré de l’incertitude et un certain éclatement des actions. Les expert·e·s ont tout·e·s affirmé le besoin d’une plus forte coordination des actions de PSP dans ce contexte.

Des exemples de mesures qui pourraient contribuer à renforcer cette coordination ont été identifiés : une plateforme d'échange interprofessionnelle ; un organe de coordination national ; des messages et des informations coordonnés ; une base de données des activités de PSP ; des projets de collaboration ; une plateforme d'information publique centralisée ; des directives fédérales ; l'allocation de ressources supplémentaires ; des initiatives de coopération régionale et locale ; la création d'une task force de PSP en temps de crise socio-sanitaire.

Cadres stratégiques clairs à élaborer

Les résultats de l’étude CoviDelphi fournissent un ensemble d'enseignements pour les pratiques professionnelles en santé publique. Dans le contexte de la crise pandémique, il semble essentiel de développer une approche globale de promotion de la santé et prévention couvrant l'ensemble de la population, avec une attention particulière aux besoins des groupes les plus vulnérables.

Les acteurs et actrices de santé publique doivent prendre en considération les multiples enjeux sanitaires et sociaux, résultant des effets directs et indirects de la pandémie et des mesures de confinement. Ils doivent renforcer l'action sur les déterminants sociaux de la santé, afin de faire face aux conséquences socio-économiques de la crise. Les nouvelles interventions à distance utilisant la technologie numérique ont un grand potentiel, mais elles posent des défis du point de vue de l'accessibilité universelle. Il s’avère donc fondamental d'activer les ressources communautaires (personnes-relais, multiplicateurs) afin de compenser le manque d'accès aux services de santé pour les groupes en situation de vulnérabilité exposés à la fracture numérique.

Seule l’utilisation de multiples canaux et approches d'intervention peut assurer un accès équitable aux messages et services de santé pour tous les groupes de la population. Étant donné que les scénarios de pandémie sont susceptibles de se reproduire dans le futur, les acteurs, actrices et institutions du domaine de la promotion de la santé et prévention ont tout intérêt à élaborer des lignes et cadres stratégiques clairs pour leurs activités en temps de crise socio-sanitaire.

Références

[1] Le rapport complet est disponible sur le site d’Unisanté : Lutz, A., Gendre, A., Duperrex, O., & Zürcher, K. (2021) Projet de recherche CoviDelphi « Promotion de la santé et prévention en période de pandémie et de confinement ». Unisanté : Lausanne. Disponible sur : https://www.unisante.ch/sites/default/files/upload/pdf-2021-04/CoviDelphi_rapport%20final_Unisant%C3%A9_04.202.pdf

Comment citer cet article ?

Aude Gendre, Andrea Lutz et Karin Zürcher, «Prévention, promotion de la santé et Covid-19», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 24 janvier 2022, https://www.reiso.org/document/8477

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