Go Top

Petite enfance : l’égalité des chances par le sport

Lundi 11.12.2017

Comment encourager l’activité physique et les relations parents-enfants ? Un programme lancé en 2011 dans les salles de gym des écoles attire les petits dès l’âge de 2 ans. Cet encouragement précoce favorise l’intégration sociale des familles.

Par Tess Rosset, chargée de projet, bureau romand de la Fondation IdéeSport

Les premières années de vie d’un enfant sont déterminantes pour son développement futur. Ce fait est aujourd’hui largement reconnu et l’encouragement précoce est un domaine en plein essor en Suisse, tant au niveau communal, cantonal que fédéral. Un grand nombre d’études et de guides offrent des recommandations sur le sujet. Ils s’accordent sur le fait que l’encouragement précoce a pour objectif de favoriser la santé, les processus d’apprentissage et l’intégration des enfants en bas âge par la création de structures et d’offres permettant d’identifier et d’éliminer, mais aussi de prévenir les déficits [1]. Les mesures décrites dans ces études visent à stimuler le développement des compétences motrices, langagières, cognitives, émotionnelles et sociales de l’enfant et à le préparer à son entrée à l’école.

La littérature scientifique traitant de la thématique de l’encouragement précoce porte cependant principalement sur le domaine « formation, accueil, éducation de la petite enfance » (FAE-PE) et peu d’études se sont intéressées aux offres qui ne font pas partie de ce répertoire. Un bon nombre d’entre elles participent pourtant également à la promotion de l’égalité des chances pour la petite enfance.

Focale sur les milieux défavorisés

De par sa finalité, l’encouragement précoce accorde une attention particulière aux familles provenant d’un milieu socio-économique défavorisé [2]. Il serait même l’un des principaux instruments pour prévenir la pauvreté et les inégalités persistantes [3].

Les familles défavorisées sont moins actives sur le plan sportif que les personnes avec un niveau de formation et de revenu plus élevé. Elles sont aussi plus rarement représentées dans les clubs de sport. C’est pourquoi un programme, intitulé MiniMove, a été créé en 2011 par la Fondation IdéeSport [4]. Il s’adresse à toutes les familles, mais accueille spécifiquement des personnes avec un parcours migratoire. Son objectif : ouvrir gratuitement les salles de sport aux jeunes enfants ainsi qu’à leurs parents et soutenir ainsi le développement de l’enfant et son intégration, indépendamment de son statut social et de son origine ethnique.

Appliquant les principes établis par la charte et les objectifs de la Coalition Ready! qui réunit des partenaires et ambassadeurs actifs dans l’accueil des enfants âgés de 0 à 4 ans [5], ce programme d’activité physique destiné aux familles est gratuit et ne nécessite pas de s’inscrire au préalable. Il se déroule le dimanche après-midi de 14h à 17h en période hivernale, quand il est plus difficile d’accéder aux espaces de jeux extérieurs à cause de la météo. Destiné aux enfants de 2 à 5 ans, accompagnés de leurs parents, il propose diverses activités sportives et ludiques. L’idée principale est de transformer les salles de sport des écoles en un espace libre, utilisé simultanément pour se dépenser et se rencontrer. Les projets se déroulent généralement dans des salles de sport doubles. De la sorte, l’environnement et les activités sont adaptés en fonction de l’âge de l’enfant – la zone « mini » pour les 2-3 ans et la zone « maxi » pour les 4-5 ans.

Encourager les compétences motrices

La variété de jeux proposés est vaste. Les enfants sont invités à s’exprimer et à découvrir une large gamme de mouvements, de manière individuelle, avec leurs parents ou en groupe : lancer, dribbler, se balancer, glisser, courir, sauter, grimper, danser et ainsi de suite. Les activités alternent et évoluent au fil de l’après-midi. Les petits sont libres de choisir celles auxquelles ils ont envie de participer et d’en changer au gré de leurs envies.

Le programme encourage en premier lieu les compétences motrices des enfants, mais également les interactions entre parents et enfants puisque les participants viennent en famille. Les statistiques montrent qu’il y a en moyenne 75 personnes par dimanche après-midi, dont 56% d’enfants, 27% de mamans et 17% de papas [6].

Il favorise également la cohésion et le soutien au sein d’un quartier, d’une commune, d’une ville. Dans le hall d’entrée de la salle de sport, une zone est dédiée aux parents, afin qu’ils puissent se retrouver autour d’un café, souffler un peu et échanger entre eux. Une fois encore, l’idée est de bâtir des ponts entre les différents acteurs de l’encouragement précoce et de travailler en réseau. C’est pourquoi les professionnels actifs dans les milieux de l’éducation, de la santé et de la migration sont régulièrement invités à prendre part à ces évènements ainsi que les personnes clés importantes dans le contexte familial. De même, les sociétés sportives et culturelles locales sont conviées à venir faire une démonstration ou animer un atelier si elles le souhaitent.

Une communication multilingue

Les participants sont encadrés par une équipe composée d’adultes et de jeunes coaches. La principale difficulté concerne la communication. Au sens promotionnel d’abord, puisqu’il n’est pas toujours facile d’atteindre les familles d’enfants en bas âge pour leur expliquer l’existence de ce projet, notamment les familles défavorisées. Dans la salle de sport ensuite, puisque les langues fédérales ne sont pas forcément maîtrisées ni même comprises par les participants. Pour répondre à cet enjeu, les flyers sont traduits dans douze langues et, dans la mesure du possible, les coaches recrutés possèdent des compétences transculturelles et linguistiques larges.

La mise sur pied d’un MiniMove se fait à l’initiative d’une commune ou d’une ville qui finance en partie le projet et qui mandate la Fondation IdéeSport pour sa réalisation. A ce jour, sept programmes existent en Suisse et d’autres seront inaugurés l’année prochaine. L’objectif est d’étendre ce programme à l’ensemble du pays et de réaliser un tel projet en Suisse romande.

Précisons que deux autres programmes s’adressent aux tranches d’âge suivantes. Les OpenSunday, le dimanche, sont destinés aux enfants de 6 à 12 ans [7]. Les MidnightSports ont lieu le samedi soir de 21h à minuit et s’adressent aux adolescent·e·s dès 13 ans. A chaque fois, l’objectif est semblable : rendre accessibles à tous des espaces gratuits pour que les enfants et les jeunes puissent bouger régulièrement et passer du temps ensemble. Ce, indépendamment de leur sexe, leur origine, leur statut ou leur religion. Le but visé est la promotion de la santé et l’égalité des chances chez les enfants et les jeunes. Grâce à une étroite collaboration avec les communes et les villes ainsi qu’avec des partenaires financiers 
et stratégiques, des programmes sont à ce jour organisés dans 177 salles en Suisse.

[1] Office fédéral des assurance sociales (OFAS), Guide : Critères de bonnes pratiques pour l’encouragement précoce, Berne, 2016

[2] C’est-à-dire les familles concernées par au moins trois des facteurs suivants : 1) faible revenu 2) chômage ou précarité de l’emploi 3) faible niveau de formation 4) parcours migratoire 5) connaissances linguistiques insuffisantes 6) difficultés psychosociales 7) difficultés physiques et psychiques. Selon la définition du groupe cible « Familles socialement défavorisées », Vlle de Zurich, colloque sur l’encouragement précoce, 4 mars 2014.

[3] Office fédéral des assurances sociales (OFAS), Literaturstudie und Good-Practice-Kriterien zur Ausgestaltung von Angeboten der frühen Förderung für Kinder aus sozial benachteiligten Familien, Berne, 2016.

[4] Fondation IdéeSport, site internet

[5] La coalition Ready! réunit des partenaires et des ambassadeurs de premier plan qui ont choisi d’unir leurs forces pour garantir aux enfants âgés de zéro à quatre ans une formation, un accueil et une éducation de la petite enfance exemplaires. Pour ce faire, Ready! souhaite sensibiliser les autorités locales, cantonales et fédérales compétentes afin qu’une politique globale de la petite enfance puisse être mise en place.

[6] Selon les statistiques de la saison 2016-2017. Données recueillies sur place, lors de l’inscription des participants (nom, prénom, date de naissance des enfants, domicile, relation à l’enfant).

[7] Lire l’article de Julia Nusslé Jaton, «Le sport, les rencontres et le jeu pour s’intégrer», REISO, 3 octobre 2016.

Cet article appartient au dossier Inclure les étrangers

Comment citer cet article ?

Tess Rosset, «Petite enfance : l’égalité des chances par le sport», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 11 décembre 2017, https://www.reiso.org/document/2463

L'affiche de la semaine

Agenda social et santé