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Décès de Jean-Luc Baierlé, ancien médecin cantonal jurassien

Lundi 11.10.2021

Egalement fondateur de l’Opération Nez Rouge en Suisse, Jean-Luc Baierlé est décédé le 7 octobre 2021 à l'âge de 70 ans. Son ancien confrère et ami, le Dr Jean Martin, lui rend hommage.

Jean Luc Baierle 400© JLB / Opération Nez Rouge

Ancien médecin cantonal du Jura, le docteur Jean-Luc Baierlé est décédé le 7 octobre dernier après une vie « remplie de passions, de voyages, de projets, d’amour, d’humour et de chocolat », selon les mots de sa famille. Âgé de 70 ans, il a été emporté prématurément par une funeste affection que la médecine n'est pas parvenue à maîtriser.

Vaudois d'origine, Jean-Luc Baierlé a passé une partie de son enfance dans le Jura, son père ayant exercé au Centre psychologique de Porrentruy. Il suit ses études de médecine à Lausanne, puis effectue ses stages, notamment à l'hôpital de Porrentruy où il rencontre sa future épouse, une infirmière québécoise. C’est à Courgenay qu’il ouvre, en 1982, son propre cabinet. Il accepte le poste de médecin cantonal deux ans plus tard, tout en maintenant en parallèle son activité de médecin de famille : « Au début, j'ai cru devoir choisir, mais j'aimais les deux choses, convaincu que chacune bénéficie et se nourrit de l'autre. Pour moi, il est important de garder un pied dans la pratique tout en me tournant, comme j'ai toujours eu une vision sociale de la médecine, vers la santé publique », confiait-il au Quotidien Jurassien, dans une page hommage parue à l’approche de sa retraite, le 30 janvier 2013.

La fonction de médecin cantonal aura permis à Jean-Luc Baierlé de donner corps à ses convictions : « Tout était à faire en matière de santé publique dans le Jura, se souvenait-il dans ce même article. Et je voulais suivre mes idéaux de médecine préventive, en me consacrant beaucoup aux problèmes de drogues et de dépendances. »

Le médecin cantonal aura vécu l’apparition du sida, et le développement d’actions de prévention. « La politique fédérale en matière de drogue s'est développée à cause de cette maladie. Il fallait prendre les toxicomanes au sérieux, les protéger aussi en distribuant des préservatifs et des seringues », se rappelait-il. Et de se souvenir de son engagement hors du commun, lorsqu’il était allé en personne faire la promotion du préservatif au marché de Delémont... « La nécessité de faire de la prévention du sida auprès des jeunes a aussi donné un grand coup d'accélérateur au dossier, à l'époque enlisé, de l'éducation sexuelle à l'école », s’était-il réjoui.

Opération Nez Rouge orpheline

Le Dr Baierlé s'est aussi fait connaître pour avoir introduit en Suisse, en 1990, l'Opération Nez Rouge, lancée en 1984 au Québec, patrie de son épouse. Pendant plus de 30 ans, il a ainsi entraîné dans son sillage des milliers de bénévoles qui, durant les Fêtes de fin d’année et dans toute la Suisse, reconduisent les fêtards n’étant plus en mesure de conduire. Le succès de cette action aura également contribué (et contribue encore) à sensibiliser la population aux risques que représente la conduite d’un véhicule avec des facultés affaiblies. Sur son site internet, la Fondation Nez Rouge salue « un homme magnifique aux valeurs humanistes, tellement humble et d’une vive intelligence. »

Le témoignage de Jean Martin

« J'ai énormément apprécié le Dr Jean-Luc Baierlé comme confrère et ami. Je me souviens l'avoir découvert avec beaucoup de plaisir au sein de la sympathique équipe des médecins cantonaux, amenée à se réunir plusieurs fois par an pour discuter des enjeux auxquels il s’agissait de faire face, tout en cherchant à élaborer des positions communes. Jean-Luc Baierlé a d'ailleurs présidé, avec honneur comme on dit chez nous, l'Association des médecins cantonaux suisses. Sur un plan plus festif, je me souviens de l'invitation qu'il nous avait lancé, un automne, de vivre dans le Jura un banquet de la Saint-Martin !

Attentif, pertinent, incisif, il a illustré dans son canton une bonne combinaison de médecin de famille et médecin cantonal. Avec beaucoup d’autres qualités, son dynamisme, sa lucidité et sa cordialité nous manqueront. Nos sentiments de très vive sympathie vont à son épouse, ses enfants, petits-enfants et proches, durement touchés.

Adieu, l'Ami. Merci pour tout. »

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal vaudois

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