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Le commentaire du Dr Jean Martin sur la corona-crise

Mercredi 18.03.2020

Corona-crise, corona-émotion, corona-mesures ! Nos autorités sont mises au défi de faire «juste». La société aussi. Et elle découvre aujourd’hui la corona-gentillesse.

Commentaire du Dr Jean Martin, médecin de santé publique et bioéthicien

En ce moment, en plus de suivre attentivement l’actualité comme chacun, le médecin cantonal à la retraite que je suis a surtout des sentiments de sympathie, d'admiration aussi. Je pense à mes collègues en fonction, aux magistrats au service desquels ils agissent et, bien sûr, à toutes celles et ceux qui ont pour mandat et vocation de soigner les personnes touchées. Ils assurent les soins, mais aussi la gestion de l’épidémie, maintenant pandémie, pour qu'elle soit jugulée de la meilleure manière. Ou faudrait-il dire de la «moins mauvaise manière»?

La vie professionnelle et personnelle m'a appris que dans certaines situations, et je ne fais pas référence spécifiquement au coronavirus, il n'y a aucune bonne solution, mais seulement des mauvaises et des moins mauvaises. Il importe de rechercher la moins mauvaise.

On lit et entend un certain nombre de commentaires ou demandes estimant que le Conseil fédéral n'a pas fait assez fort assez vite. Je ne suis pas sûr et je conserve ma confiance au Gouvernement. Dans les circonstances urgentes, menaçantes, il est impossible aux gens de santé publique et aux politiques au-dessus d'eux de faire «juste». Parce que :

  • S'ils ont pris des mesures fortes, rapides et coûteuses et qu'il ne se passe pas grand-chose, ils seront l'objet de critiques selon lesquelles ils ont manqué de jugement, ont paniqué et gaspillé l’argent public. En France, pour le H1N1, si ma mémoire est bonne, le Ministère français de la santé a commandé quelque 90 millions de vaccins qui n'ont pas été utilisés (mais ont néanmoins amélioré le bilan de quelques pharmas).
  • Quand les choses deviennent sérieuses, graves, très graves, comme dans le cas actuel, les pouvoirs publics n’ont jamais fait assez ni assez vite, n'ont pas vu passer le ballon, ont dormi sur ce dossier.

Diriger une collectivité n'est pas simple. Il y a dix jours encore, des voix s’élevaient pour considérer que nos autorités perdaient la boule en en faisant trop. Et aujourd’hui, certains dénoncent la «lenteur» du gouvernement. Je n’associerai pas ma voix aux leurs.

Une chose encourageante: la «corona-kindness», comme l’ont baptisée les Américains, ou corona-gentillesse. Il est bien bon de voir que des initiatives de ce genre se développent chez nous. Tous ces gestes et manifestations de solidarité, d'aide de voisinage, de soutien moral, notamment à l'endroit des personnes âgées, pour leur faciliter une vie «confinée». Gestes, paroles, etc., mais bien sûr à distance et sans embrassades.

Ce que je sais aussi, c'est que dans un mois ou quelques mois, celles et ceux qui sont intensément impliqués dans cette crise majeure s'en souviendront comme de leur «Guerre de Troie». Du conseiller fédéral en charge de la santé et ses collègues du gouvernement, en passant par les autorités sanitaires cantonales, à toutes celles et ceux qui œuvrent dans les hôpitaux et le système de santé en général. Et bien sûr, la collectivité se souviendra d'avoir été plongée dans une situation véritablement inouïe - au sens étymologique du terme.

Commentaires
 
Ansermoz Gilles le 18.03.2020

Une réflexion intelligente et toute en nuances. On en a besoin...

Gilles Ansermoz, Jongny

Rédaction le 18.03.2020

Oui, toute notre reconnaissance aux soignant·e·s et aux personnes qui créent spontanément des groupes sur les réseaux sociaux afin d'apporter leur aide aux personnes âgées.

Une pensée aussi pour les caissières des magasins, les ouvriers des chantiers, de la voirie, les employé·e·s de la poste, les transporteurs publics et privés et toutes celles et ceux qui ne peuvent pas respecter le confinement conseillé.

Marylou Rey, REISO

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