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Quand les sous-entendus ne se font plus entendre

Lundi 12.09.2022

Les remarques ironiques ou les requêtes indirectes font partie des dialogues au quotidien, mais certaines lésions cérébrales peuvent en altérer la compréhension. Une thèse s’est intéressée au traitement de ces troubles.

langage these logopedie UNINE 400© Depositphotos

S’exclamer « Quelle météo de rêve ! » durant un pique-nique, alors que le temps est pluvieux. Murmurer « Il fait froid ici » pour demander de fermer la fenêtre, sans le dire expressément. Ces deux formulations illustrent bien la notion de langage non littéral, dénommé ainsi lorsque le sens voulu par le locuteur ou la locutrice ne correspond pas à celui des mots effectivement prononcés.

Les deux exemples cités renvoient à des pratiques aisément identifiables : le premier invoque l’ironie, tandis que le second exprime une requête indirecte. Ce sont deux formes de langage non littéral sur lesquelles s’est concentrée durant sa thèse de doctorat Natacha Cordonier. Son travail, réalisé à l'Université de Neuchâtel en cotutelle avec l'Université d'Aix-Marseille, lui a valu le Prix de thèse 2022 décerné en France par l'Union nationale pour le développement de la recherche et de l'évaluation en orthophonie.

Mais la saisie de ces subtilités langagières ne va pas forcément de soi. « En effet, leur compréhension peut être altérée chez des adultes victimes de lésions cérébrales consécutives à un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral (AVC) dans l'hémisphère droit du cerveau, indique la docteure en logopédie. Ces troubles peuvent avoir des répercussions importantes dans la vie quotidienne des personnes atteintes, en termes de reprise professionnelle ou d’interactions avec autrui. Ma thèse visait ainsi à mieux comprendre ces troubles et leurs causes, à développer un outil d’évaluation pour les diagnostiquer et à créer une nouvelle thérapie pour les traiter. »

La recherche a porté sur 33 personnes présentant des lésions cérébrales et 221 sans lésion, à qui ont été soumis des énoncés permettant d’évaluer la compréhension de l’ironie et des requêtes indirectes. En comparant les performances des participant·e·s avec et sans lésion cérébrale, Natacha Cordonier a relevé une importante hétérogénéité des troubles dans le premier groupe. « Alors qu’un tiers des individus ne présentaient aucune difficulté de compréhension du langage non littéral, d’autres avaient tendance à interpréter tous les énoncés au premier degré (sens littéral) ou, à l’inverse, à voir de l’ironie ou des requêtes indirectes dans toutes les histoires. »

Une deuxième étude s’est focalisée sur les 221 personnes sans lésion cérébrale, auxquelles on a demandé de réaliser deux tâches contenant du langage non littéral, afin de déterminer quelles performances correspondent à une compréhension « normale » de l’ironie et des requêtes indirectes. Il s’agit là d’un outil diagnostic susceptible d’être utilisé en clinique : en comparant les performances de patient·e·s à ces données normatives, un ou une logopédiste est ainsi en mesure de déterminer si ceux-ci présentent ou non des troubles de compréhension du langage non littéral.

Finalement, et pour la première fois, une méthode de rééducation a pu être proposée à des individus victimes d’un traumatisme crânien. Cette prise en charge consistait à expliquer par l’exemple les différentes formes de langage non littéral (ironie et requête indirecte notamment), puis à les travailler à l’aide de textes écrits. « Les résultats se sont révélés très positifs, se réjouit la chercheuse, aujourd’hui post-doctorante à l’Institut des sciences logopédiques de l’Université de Neuchâtel (UniNE). La méthode pourra être répliquée dans des hôpitaux ou dans des cabinets de logopédie. »

(Source : UNINE)

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