Mesurer l’insertion sans en perdre le sens

Mercredi 13.05.2026
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Dans l’insertion socioprofessionnelle, l’évaluation des mesures repose sur des indicateurs d’impact. Leur usage, loin d’être neutre, met en jeu des choix méthodologiques et des effets sur les pratiques.

Par Éric Moachon, professeur HES associé, et Morgane Kuehni, professeure HES ordinaire, Haute école de travail social et de la santé Lausanne (HES·SO)

En septembre 2025, le colloque annuel d’Insertion Suisse s’est interrogé sur une question centrale du domaine de l’insertion, celle de savoir comment mesurer l’impact des mesures d’insertion socioprofessionnelle. Entre exigences croissantes des mandant·es et volonté pour les organisations d’insertion de renforcer la qualité des prestations, l’évaluation de l’impact s’impose comme un enjeu majeur pour le secteur. REISO propose ici une série de trois articles, rédigés dans le prolongement du colloque, et une interview éclairent sur la complexité de cette thématique. Cet article est le deuxième de la série, après «Insertion: l’impact ne se résume pas aux chiffres».

L’évaluation de l’insertion socioprofessionnelle repose largement sur des indicateurs d’impact. Or, ces outils peinent à saisir la complexité des parcours et des effets produits par les interventions. L’analyse de quatre indicateurs couramment mobilisés par les structures d’insertion socioprofessionnelle met en évidence leurs apports et leurs limites, tout en dégageant des repères pour une conception et un usage plus pertinent de ces outils.

Plusieurs caractéristiques propres à l’insertion socioprofessionnelle rendent son évaluation délicate. Tout d’abord, ce domaine, contrairement à d’autres, ne repose pas sur un modèle causal unique reliant une seule activité à un impact clairement identifiable, comme la construction d’un pont et l’accroissement de la mobilité. Les trajectoires d’insertion des individus dépendent de multiples facteurs — ressources à disposition, contexte économique, besoins de main-d’œuvre — qui échappent à la maîtrise des personnes concernées et des professionnel·les qui les accompagnent.

Ensuite, les parcours d’insertion sont pluriels, sans passage obligé par des étapes prédéfinies, telles qu’un cours de techniques de recherche d’emploi ou un stage professionnel. Par ailleurs, l’insertion ne se définit pas de manière univoque et n’implique pas forcément la (re)prise d’un emploi : une personne peut être insérée socialement sans être active professionnellement. Enfin, en matière d’insertion professionnelle, la qualité de l’emploi retrouvé mérite d’être interrogée : est-il durable ou précaire ? Correspond-il aux besoins et aux attentes des individus en matière de conditions de travail (salaire, taux d’occupation) ou de conciliation entre les différentes sphères de vie ?

À cette complexité s’ajoute la diversité des dispositifs d’insertion socioprofessionnelle. En effet, les pratiques des professionnel·les de l’insertion varient selon les mandats institutionnels (assurance chômage, assurance invalidité, aide sociale, migration), les problématiques traitées (absence de qualification, santé, isolement) et les publics accompagnés (âge, niveau de formation).

Évaluer l’impact: enjeux et approches

Face à cette pluralité de parcours et de dispositifs, la question de l’évaluation de l’impact se poste avec acuité. Le domaine de l’évaluation se caractérise par une terminologie foisonnante de termes — inputs, ressources, outputs, activités, réalisations, outcomes, résultats, effets directs, indirects, impacts, à court, moyen, long terme — dont les définitions restent parfois ambiguës (Delahais et al.,. Cette profusion peut s’avérer déroutante pour les personnes non initiées.

Dans un souci de clarification, cet article propose de se limiter à une distinction binaire entre, d’une part,le fonctionnement d’une mesure et, d’autre part, ses conséquences. Dans le domaine de l’insertion socioprofessionnelle, les impacts désignent alors l’ensemble des effets — attendus ou non, anticipés ou non — qu’une mesure produit sur les participant·es et sur leur contexte [1].

Il existe, schématiquement, deux perspectives complémentaires d’étude de l’impact. La première, l’approche causale linéaire, est avant tout quantitative. Elle cherche à établir des liens de cause à effet entre une intervention et un impact, en neutralisant au mieux les facteurs externes à l’intervention évaluée. Elle s’appuie sur la comparaison d’indicateurs d’impact de deux interventions menées dans des contextes similaires avec des publics similaires, sur un modèle proche de celui des essais cliniques. Il peut s’agir, par exemple, de comparer le taux d’insertion sur le marché du travail d’un groupe de jeunes ayant pris part à un semestre de motivation (Semo) avec celui d’un autre groupe ne l’ayant pas suivi. L’approche causale est surtout plébiscitée par les personnes qui décident du financement d’une mesure.

L’approche compréhensive, souvent de nature qualitative, cherche moins à répondre à la question du combien qu’à celle du comment. En s’intéressant davantage aux processus qu’aux résultats chiffrés, elle documente les effets d’une mesure sur un public en termes de transformations vécues, comme le renforcement de la confiance, le développement des compétences ou l’élaboration d’un réseau. Cette approche s’efforce aussi de déterminer les changements les plus significatifs en fonction des profils des participant·es et du contexte socio-économique. Elle analyse aussi les liens entre ces différents changements et les impacts visés (Devaux-Spatarakis, 2023), par exemple montrer comment le coaching influence la confiance en soi ou comment des stages agissent sur les attitudes par rapport à l’emploi. Une telle approche éclaire les leviers d’amélioration pour les professionnel·les qui mettent en œuvre les interventions.

Indicateurs d’impact: forces, limites et usages

Dans le domaine de l’insertion socioprofessionnelle, il n’existe pas de consensus sur les indicateurs pertinents pour évaluer l’impact. Les mandants attendent le plus souvent un taux de sorties positives des publics (en emploi ou en formation). Toutefois, la plupart des prestataires jugent cette approche réductrice et combinent plusieurs indicateurs afin de rendre compte de la diversité des effets de leurs pratiques et d’identifier d’éventuels leviers d’amélioration.

Le tableau ci-dessous propose un aperçu des forces et faiblesses de quatre indicateurs souvent mobilisés par les structures d’insertion socioprofessionnelle : la comparaison avant-après des compétences des participant·es, le taux de reprise d’emploi, le taux de satisfaction des publics et le taux d’abandon de la mesure.

moachon tableau 1 indicateurs 2026Tableau 1: Forces et faiblesses de quatre indicateurs

L’utilisation d’indicateurs est souvent pertinente, notamment pour démontrer certaines dimensions de l’impact d’une mesure d’insertion socioprofessionnelle. Toutefois, la mesure d’un phénomène par le biais d’un indicateur constitue une importante simplification de la réalité. Par définition, un indicateur se focalise sur un aspect particulier et ne dit rien du contexte. En outre, la récolte d’un indicateur ne permet pas d’affirmer un lien clair entre une intervention et un impact : la reprise d’emploi d’une personne après une mesure ne signifie pas que celle-ci en est la cause. Mesurer un indicateur n’équivaut en aucun cas à une évaluation globale, portant sur l’efficacité, la pertinence ou encore l’impact d’une intervention.

Les indicateurs sont également chargés d’une dimension politique. Il s’agit d’instruments situés au cœur de rapports de pouvoir, par exemple entre mandants et prestataires d’une mesure d’insertion. Ils peuvent être utilisés pour placer des entités en concurrence (en comparant leur performance) et peuvent donner lieu à des récompenses ou à des sanctions (avec un système de bonus-malus). Une telle utilisation entraîne parfois des comportements opportunistes, conduisant les structures et les professionnel·les à travailler pour les indicateurs plutôt que pour les publics (Moachon, 2007).

Concevoir et utiliser des indicateurs pertinents

Travailler avec des indicateurs nécessite quelques précautions. Plusieurs éléments méritent une attention particulière, tant dans leur conception que dans leur utilisation.

Tout d’abord, il s’agit de s’assurer que l’on dispose d’indicateurs pertinents. Pour que l’impact mesuré ait du sens, il faut connaître la réalité et les préoccupations des différentes personnes concernées au-delà des seules attentes des financeurs. Il convient pour cela de construire les indicateurs avec les parties prenantes.

Une fois l’indicateur choisi, il convient de le définir précisément afin de garantir sa fiabilité. Des critères explicites et partagés doivent être définis. La clarté et la transparence sont ici essentielles. Par exemple, l’indicateur « taux de retour à l’emploi » nécessite de réfléchir aux données à partir desquelles ce taux sera calculé. Quelle est la population de référence : toutes les personnes qui ont participé à la mesure ou seules les personnes qui ont terminé la mesure ? Quelle est la temporalité de l’investigation : immédiatement au sortir de la mesure, six mois ou une année après la fin de mesure ? Est-ce que n’importe quel contrat de travail peut être considéré comme un retour à l’emploi (contrat à durée déterminée, mission temporaire, stages) ?

Une fois l’indicateur choisi et défini, encore faut-il qu’il soit utilisable, c’est-à-dire que l’on dispose des ressources nécessaires pour assurer la récolte des données. Pour les organisateurs de mesures, le temps et les ressources méthodologiques sont souvent limités. Il convient donc de réduire au maximum les coûts de collecte et de mise en forme des données en évitant des dispositifs trop lourds et trop complexes.

Finalement, une perspective réflexive s’impose, en restant attentif·ve à l’utilisation et à l’interprétation des indicateurs. Il est ainsi plus sage d’utiliser les indicateurs pour comprendre l’évolution de l’impact d’une mesure, que de chercher à déterminer des seuils minimaux à atteindre (par exemple 40% de (re)prise d’emploi). En matière de management, les études convergent pour montrer les effets non voulus de telles pratiques : un stress important pour atteindre ce seuil et un certain relâchement une fois qu’il est atteint.

Comprendre plutôt que seulement mesurer

S’intéresser à l’impact des mesures d’insertion, surtout dans une perspective constructive d’amélioration des pratiques, se révèle pertinent. Des indicateurs quantitatifs simples peuvent fonctionner pour rendre compte de l’impact pour des cas simples (population homogène, objectif unique). En revanche, pour des situations plus complexes, il convient de ne pas se limiter à mesurer, mais d’essayer plutôt de comprendre pourquoi et comment une intervention produit ou non des effets. Les démarches participatives permettent souvent d’élargir les perspectives et de tenir compte de la variété des objectifs des dispositifs, ainsi que les impacts qui n’étaient pas anticipés.

Bibliographie

  • Delahais, T., Devaux-Spatarakis, A., Revillard, A.,& Ridde, V . (dir) (2022). Évaluation. Fondements, controverses, perspectives. Éditions science et bien commun.
  • Devaux-Spatarakis, A. (2023). L’évaluation basée sur la théorie, in A. Revillard (dir.) Méthodes et approches en évaluation des politiques publiques (pp. 269-278). Éditions science et bien commun.
  • Moachon, E. (2007). La mise en œuvre de la lutte contre les abus : le cas du chômage. Carnets de bord, 13, 16-24.

Lire également :

[1] Par exemple un changement des attitudes ou des pratiques des employeur·euses.

Comment citer cet article ?

Éric Moachon et Morgane Kuehni, «Mesurer l’insertion sans en perdre le sens», REISO, Revue d'information sociale, publié le 13 mai 2026, https://www.reiso.org/document/15557