Un outil contre la solitude des seniors

Lundi 27.07.2026
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L’association Connect! développe de nouvelles approches pour faire face à l’isolement des personnes âgées. Les professionnel·le·s du travail social occupent une place centrale dans ce processus. [1]

Par Thomas Pfluger, coresponsable du programme « Connect ! Ensemble, moins seul·e », et Jürgen Stremlow, professeur et responsable de projet, Haute école de Lucerne

La solitude est un sentiment désagréable et pesant qui se manifeste lorsque les relations sociales d’une personne ne correspondent pas à ses souhaits personnels et sont perçues comme insuffisantes. Elle peut concerner aussi bien la qualité des relations (par exemple, manque de relations de confiance) que la quantité des contacts sociaux [2], mais aussi l’appartenance à une communauté plus large ou à la société [3].

La solitude est un phénomène normal. Comme tous les sentiments, il est difficile de l’appréhender objectivement. Ainsi, on ne ressent pas forcément de solitude lorsqu’on est seul·e, et à l’inverse, on peut se sentir seul·e même au milieu d’une foule.

Connect! Ensemble moins seul.e

Avec ce programme, l’association Connect! s’engage avec un réseau d’institutions et d’organisations pour prévenir et réduire la solitude en Suisse et les risques y relatifs. La phase actuelle du projet se concentre sur la solitude des personnes âgées. L’association oriente ses produits et ses prestations en fonction des besoins de ses partenaires et les membres de son réseau bénéficient de ses prestations à titre gracieux.

La solitude persistante est associée à un plus grand risque de maladies physiques et psychiques ainsi qu’à une plus forte mortalité [4]. Elle est si répandue aujourd’hui qu’elle en est devenue un véritable défi pour la société. En Suisse, les seniors très âgé·es sont les plus touché·es : 5 à 9% des personnes âgées de 65 ans et plus se sentent souvent seules, et les prévalences sont nettement plus élevées chez celles de plus de 80 ans [5].

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est nécessaire d’adopter une action coordonnée à trois niveaux afin de réduire efficacement la solitude et de promouvoir la cohésion sociale : au niveau de l’individu, de la communauté et de la société dans son ensemble [6].

Il convient également de ne pas sous-estimer la stigmatisation qui peut accompagner la solitude. En effet, elle peut être associée à un sentiment de honte. Afin de contrer ce stigmate, des relations profondes et empreintes de confiance s’avèrent bénéfiques.

Exemples de travail social de proximité

Lausanne (VD)

Cette ville vaudoise a réalisé un sondage en 2021 avec la Haute école de travail social et de la santé (HETSL). Résultats : environ un tiers des plus de 75 ans est exposé à un risque de solitude. Les facteurs de risque incluent le réseau relationnel, l’état de santé, l’insécurité financière et l’origine migratoire. L’étude montre que le voisinage gagne en importance avec l’âge, et que le travail de quartier joue un rôle central pour la prévention et la réduction de la solitude. La Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise s’engage dans ce secteur avec 16 lieux dans différents quartiers. Pour lutter contre la fracture numérique, la municipalité mène un programme de mentorat en collaboration avec Caritas. En outre, des subventions pour les transports publics et d’autres mesures garantissent l’accessibilité à la vie sociale pour les personnes à mobilité réduite.

À ch-connect.ch

Cham (ZG)

À Cham (ZG), le travail social de proximité entend améliorer la qualité de vie des habitant·e·s, lutter activement contre la solitude et permettre la participation sociale avec des offres accessibles, coordonnées et intergénérationnelles. Il recueille ainsi les besoins et les idées de la population et propose des projets en animation socioculturelle. Les communautés et les quartiers solidaires sont impliqués dans le processus. Le réseau des prestataires de services est sensibilisé à l’ampleur de la solitude. Sur le plan structurel, l’aménagement des quartiers, la mobilité douce et les lieux de rencontre renforcent la cohésion sociale.

À cham.ch

Le rôle du travail social

Les professionnel·les du travail social peuvent compter parmi les rares contacts que les personnes âgées et seules conservent, avec les professionnel·les de la santé, comme les médecins de famille ou le personnel de santé des soins à domicile. Lorsque des entretiens permettent de détecter rapidement la solitude, des évaluations complémentaires peuvent être réalisées et des offres de soutien proposées.

L’association Connect! a conçu une boîte à outils à cette fin. Sous le nom de « Toolkit Screening & Follow-up Loneliness », celle-ci a été développée ensemble avec un consortium de Hautes écoles suisses. Les professionnel·les et les bénévoles en contact avec des personnes âgées ont besoin d’instruments pour identifier celles qui souffrent de solitude et mettre en place les mesures nécessaires. La boîte à outils offre une base commune, avec une procédure adaptée aux différents domaines. Elle comprend un questionnaire de dépistage (screening) pour identifier la solitude, un guide adapté aux besoins des différentes professions pour une évaluation approfondie par les professionnel·les impliqué·es et un suivi fondé sur des données probantes. Jusqu’à la fin de l’année 2026, des formations seront élaborées pour les professionnel·les du travail social, des soins médicaux de base et des soins à domicile. Des outils spécifiques seront développés pour les bénévoles.

Parallèlement aux entretiens de conseil, le travail de proximité peut aussi contribuer de manière significative à lutter contre la solitude et à la prévenir. Le travail social de proximité et les approches de l’animation socioculturelle favorisent les relations, les échanges et la cohésion sociale dans les communes et les quartiers. Des exemples éloquents sont la promotion de « communautés bienveillantes » (Caring Communities) et les initiatives mises en place par des villes comme Lausanne et Cham (voir encadré) [7], [8]. Cependant, les études sur l’impact du travail social de proximité auprès des personnes isolées restent relativement limitées.

Promotion professionnelle du bénévolat

En travail social, les entretiens de consultation et le travail social de proximité sont des méthodes-clés pour prévenir et atténuer la solitude. L’engagement bénévole joue également un rôle central dans ce contexte. Toutefois, il a connu une transformation au cours des dernières décennies et les bénévoles s’engagent désormais plus souvent pour une durée limitée et sur des projets spécifiques. Cela rend plus complexe l’adéquation entre leurs souhaits individuels et les besoins en aide et en soutien. Pour y remédier, les solutions numériques et l’accompagnement par des professionnel·les gagnent en importance. En effet, pour exploiter le potentiel des nouvelles formes de bénévolat, il est essentiel de fournir un soutien et un accompagnement professionnels, par exemple dans le cadre de l’animation socioculturelle. Ces efforts visent à atteindre également les groupes vulnérables et socialement défavorisés.

Coopération interdisciplinaire nécessaire

Le travail social se trouve de plus en plus confronté à la difficulté d’identifier la solitude et d’y apporter des réponses appropriées. Au cœur de cette action se trouve une combinaison d’offres de consultation, d’animation socioculturelle, de promotion du bénévolat et de coopération interprofessionnelle, en particulier avec l’ensemble des professionnel·les du secteur de la santé.

[1] Cet article a initialement été publié en novembre 2025 sous le titre « Un outil contre la solitude ! » dans ActualitéSociale, la revue spécialisée en travail social de l'association faîtière AvenirSocial avec qui REISO entretient un partenariat rédactionnel.

[2] Perlman, D. & Peplau, L.A. (1981). Toward a Social Psychology of Loneliness. In S. Duck & R. Gilmour (Eds.), Personal Relationships in Disorder (p. 32). London : Academic Press.

[3] Cf. p. ex. Cacioppo, John T. & Cacioppo S. (2012). The phenotype of loneliness. The European Journal of Developmental Psychology, 9/4, 446-452.

[4] Holt-Lunstad J., Smith, T.B., Baker, M. et al. (2015). Loneliness and social isolation as risk factors for ­mortality : a meta-analytic review. Persp Psychol Sci, 10, 227-237.

[5] Spezialauswertungen von F. Höpflinger zur Schweizerischen Gesundheitsbefragung 2022 und von D. Schuler zum OBSAN-Bericht 03/2023 zur Psychischen Gesundheit in der Schweiz. Erhältlich bei Connect!.

[6] who.int

[7] Ciobanu RO et al. (2022). Étude sur le sentiment de solitude chez les personnes âgées de 75 ans et plus résidant en ville de Lausanne. HETSL, Lausanne.

[8] Hansen et al. (2024). Tackling social disconnection : an umbrella review of RCT-based interventions ­targeting social isolation and loneliness. BMC Public Health.


 Lire également :

Cet article appartient au dossier Vieillir actif·ve, vieillir engagé·e

Comment citer cet article ?

Thomas Pfluger et Jürgen Stremlow, «Un outil contre la solitude des seniors», REISO, Revue d'information sociale, publié le 27 juillet 2026, https://www.reiso.org/document/15818