De l’adaptation du logement au lien social
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Dans cinq villes vaudoises, des spécialistes accompagnent les seniors dans la transformation de leur habitat. Derrière ces aménagements ergonomiques se dessine un autre enjeu : atteindre les personnes âgées vulnérables et isolées.
Par Marion Zwygart, responsable de programme Habitat et Vie de quartier, Pro Senectute Vaud
Si aménager son logement représente un aspect essentiel pour soutenir la possibilité de vieillir à domicile, bénéficier de liens sociaux et du soutien du voisinage se révèle également indispensable. C’est dans ce cadre qu’a été lancé « Vieillir chez soi », un programme issu de l’expérience de Pro Senectute Vaud en matière de travail social communautaire.
Le programme intervient sur deux plans à l’échelle de l’immeuble : réaliser des transformations architecturales et investir des espaces de rencontre qui renforcent les solidarités de proximité. Cette approche contribue à améliorer le quotidien des personnes âgées et crée des conditions suffisantes pour favoriser leur maintien à domicile. Depuis 2020, « Vieillir chez soi » a été mené dans les villes de Lausanne, Gland, Morges, Yverdon et Nyon. Après cinq ans d’expérience, il est sorti de sa phase pilote et promet des résultats concrets.
En accompagnant les seniors dans l’adaptation de leur habitation, les professionnel·les ont l’opportunité d’entrer en contact avec une population vulnérable, parfois paupérisée. Car, en ouvrant les portes de leur logement, ces seniors acceptent bien plus que de parler des obstacles architecturaux : ces personnes s’ouvrent à des propositions pour améliorer leur qualité de vie et prévenir les effets négatifs du vieillissement.
Des besoins identifiés avec la personne locataire
Aménagement d'une salle de bain: création d'une cabine de douche. © MZConcrètement, les chargé·es du projet s’appuient, dans un premier temps, sur l’expertise d’usage de la personne âgée. À partir de ses observations, ces spécialistes soumettent des propositions d’aménagement au propriétaire immobilier. En accord avec ce dernier, des aménagements durables sont réalisés, dont pourront bénéficier les locataires suivant·es : une salle de douche, un portillon dans la baignoire, une cabine de douche, une amélioration de l’éclairage ou encore la pose d’une main courante.
Les professionnel·les accompagnent ensuite la création de liens sociaux dans les espaces intermédiaires intérieurs et extérieurs de la résidence. Une communauté se forme ainsi dans la proximité immédiate, à l’échelle du bâtiment, de la barre d’immeubles ou d’un îlot. Les locataires qui partagent un lieu de vie développent progressivement des activités et des intérêts communs. Cette dynamique soutient l’émergence d’initiatives sociales dans les espaces intermédiaires.
Ainsi, une locataire, ancienne monitrice de gym, anime désormais une séance hebdomadaire de gym douce dans le hall d’entrée d’un immeuble. Au moment du rendez-vous, les locataires descendent avec leur propre chaise dans le hall et se mettent en mouvement ensemble. Le temps du cours, ce lieu de passage se transforme en lieu intermédiaire.
Activation d'un espace intermédiaire intérieur. © MZ
Atteindre des seniors éloigné·es des activités sociales
En accédant aux logements, « Vieillir chez soi » contribue à toucher des personnes qui ne participent généralement pas à des projets sociaux ou communautaires. Rejoindre la salle communale du quartier suppose en effet de pouvoir quitter son domicile, mais aussi d’oser rencontrer des inconnu·es dans un environnement peu familier.
Entrer en relation n’est pas à la portée de tout le monde. Pour masquer cet inconfort, les seniors concerné·es déclinent parfois les propositions d’activité conçues à leur intention. « C’est pour les vieux » ou « Je n’en ai pas encore besoin » figurent parmi les arguments invoqués pour justifier leur refus. En proposant une transformation de leur lieu de vie, en entrant dans leur intimité, le programme atteint ce public fragile, qui n’aurait autrement pas les ressources ni même l’envie de participer à une activité sociale. Une fois la relation de confiance établie avec un·e professionnel·le dans le cadre d’un projet d’adaptation, la personne âgée envisage plus facilement de rejoindre un projet plus large.
Les chargé·es du projet peuvent, de plus, jouer un rôle pour améliorer la situation financière. Les seniors rencontré·es ne disposent souvent que de peu de ressources. Ces personnes craignent ainsi que l’adaptation de leur appartement n’entraîne une augmentation de loyer difficile à assumer. Dans ce genre de cas, elles sont orientées vers les consultations sociales de Pro Senectute, pour solliciter une prestation ou une aide ponctuelle à laquelle elles auraient droit.
Le travail social communautaire au-delà de l’immeuble
Parmi les autres projets menés par Pro Senectute, les « Actions communautaires » [1] mobilisent des seniors du troisième âge. Serait-il possible d’articuler le passage du troisième au quatrième âge sans rupture ?
Pour y répondre, une expérience pilote a démarré en 2026 : articuler les interventions à l’échelle de l’immeuble concerné par « Vieillir chez soi » et à l’échelle du quartier avec des Actions communautaires, afin d’assurer une continuité entre ces deux générations. La complémentarité des approches favorise la participation d’un public de personnes âgées à la fois robustes et vulnérables, et encourage les rencontres grâce à des espaces où les seniors qui souhaitent aider peuvent interagir avec ceux·celles qui ont besoin d’aide.
Expérimenter l’entraide dans un environnement familier, en offrant du soutien tout en sachant qu’il sera possible d’en bénéficier à son tour, concourt à prévenir les ruptures sociales susceptibles de survenir lors d’une maladie ou de la perte d’un conjoint·e. Et les rôles ne sont pas figés : une même personne peut se trouver à la fois aidé·e et aidant·e, parfois même sans s’en rendre compte.
Retrouver une utilité au sein d’une communauté, même lorsque la vulnérabilité s’accroît, contribue ainsi à donner du sens à l’existence. Un sentiment d’appartenance et de réciprocité qui, malgré l’avancée en âge, participe à la prévention des effets négatifs du vieillissement.
[1] Pour en savoir plus : https://vd.prosenectute.ch/fr/communes/participer/actions-communautaires.html
Lire également :
- Melissa Ischer et al., «Solitude des seniors: le rôle du travail social», REISO, Revue d'information sociale, publié le 10 septembre 2026
- Délia Danesin-Démarest, «Psychomotricité: un levier pour vieillir autonome», REISO, Revue d'information sociale, publié le 30 avril 2026
- Ruxandra Oana Ciobanu et Stefano Cavalli, «Solitude des aîné·es: agir en amont», REISO, Revue d'information sociale, publié le 9 avril 2026,
- Emile Praplan et al., «Posture d’équilibriste des référentes sociales», REISO, Revue d'information sociale, publié le 2 mars 2026
- Vincent Pasquier et Lionel Constantin, «Promouvoir le mouvement grâce au logement», REISO, Revue d'information sociale, publié le 16 juin 2025
- Laurent Beausoleil, «Des présences actives, recette du Vivre Ensemble», REISO, Revue d'information sociale, publié le 6 janvier 2025
- Laura Beauverd, «L’équilibre, un sixième sens à choyer», REISO, Revue d'information sociale, publié le 1er juillet 2024
- Marion Droz Mendelzweig et Maria Grazia Bedin, «Où les femmes seniors habiteront-elles demain?», REISO, Revue d'information sociale, publié le 7 mars 2024
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Marion Zwygart, «De l’adaptation du logement au lien social», REISO, Revue d'information sociale, publié le 29 octobre 2026, https://www.reiso.org/document/16212