Tirer profit du Dossier électronique du patient
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Un guide a été conçu pour faciliter l’utilisation du Dossier électronique du patient dans le cadre d’un programme de réadaptation oncologique. Une étude a exploré ses effets, entre surcharge de travail, obstacles techniques et santé participative.
Par Audrey Wampler, Paolo Martinelli, et Francesca Bosisio, Haute école d'ingénierie et de gestion du Canton de Vaud (HES-SO), Rafael Fink et Thierry Dagaeff, Institut et Haute école de la santé La Source (HES-SO).
Regrouper de manière sécurisée des documents et des informations concernant les traitements, les prescriptions, les résultats d’examens ou encore les images médicales d’un·e patient·e : c’est ce qu’offre le Dossier électronique du patient (DEP). Du côté des soignant·es, il permet un accès facilité aux documents médicaux des patient·es, tout en favorisant une interaction accrue avec elles et eux. Toutefois, malgré son potentiel, l’usage du DEP reste limité.
Un guide pour s’approprier l’outil
Dans ce contexte, un guide a été conçu afin de faciliter l’appropriation du DEP par les patient·es et les professionnel·les durant un programme de réadaptation oncologique proposé par la Ligue vaudoise contre le cancer. Il visait aussi à clarifier les démarches possibles et les usages pertinents. Une étude a ensuite été menée pour explorer les effets de ce document.
Durant douze semaines, des patient·es et des professionnel·les de la santé – dont des infirmier·ères, des psychologues et des diététicien·nes – ont utilisé le guide. Il décrivait les étapes d’accès au DEP, les types de documents à transmettre aux patient·es, les autorisations à gérer et les fichiers à consulter. À l’issue du programme, un questionnaire et des entretiens semi-structurés ont été réalisés avec les participant·es. Leur objectif consistait à évaluer les effets du manuel sur les échanges entre patient∙es et professionnel∙les, les pratiques ainsi que les perceptions.
Les résultats montrent que le guide a facilité l'appropriation du DEP et a régularisé son emploi pendant le programme. Il a été utilisé comme moyen de familiarisation initial, puis comme aide-mémoire. Il a ainsi contribué à une meilleure compréhension du rôle du DEP et à une clarification des interventions durant le processus de réadaptation oncologique. Sur cette base, les patient·es ont développé des stratégies d’appropriation, de remémoration, de compréhension, de comparaison et de vérification des informations médicales. Par exemple, certain·es ont utilisé le DEP pour contrôler différents avis diététiques reçus dans le cadre du programme et en amont de celui-ci.
Du côté des professionnel·les, l’utilisation du guide a favorisé une réflexion sur la rédaction des documents et leur accessibilité. Les rapports et bilans ont été adaptés en fonction des destinataires, avec une attention accrue à la clarté, à la rigueur et à l’objectivité. Cette dynamique semble avoir renforcé la qualité de la communication interprofessionnelle et le partenariat avec les patient·es.
Surcharge de travail et obstacles techniques
Cependant, l’usage du DEP est resté ponctuel. Ce constat reflète l’engagement qui a été demandé aux professionnel·les impliqué·es dans ce projet. En effet, ils·elles ont été confronté·es à une surcharge documentaire, cumulée à une difficulté de discernement des informations pertinentes dans le cadre de la réadaptation oncologique en cours. Les patient·es ont quant à eux rencontré des obstacles techniques : une lenteur de téléchargement, une complexité du langage médical employé dans les documents consultés. Ils·elles ont aussi mentionné des difficultés à naviguer dans les différents contenus.
Cette étude met en lumière le potentiel du DEP pour façonner les pratiques de soin et de suivi. Elle montre que, lorsqu’il est accompagné, l’emploi du DEP peut favoriser l’autonomisation des patient·es et enrichir la coordination interprofessionnelle. Les guides d’utilisation apparaissent comme des outils précieux pour soutenir cette transition vers une santé numérique plus inclusive et participative.
Pour que le DEP devienne un outil pleinement intégré dans les parcours de soins permettant d’améliorer la qualité et la sécurité des soins, une réflexion systémique s’impose cependant. Il est important que les trajectoires de soins soient davantage formalisées et, dans ce contexte, que les informations échangeables entre professionnel·les et entre professionnel·les et patient·es soient définies et détaillées avec une clarté accrue. Sur cette base, il serait utile de définir des formats et une liste d’informations à faire figurer dans la documentation échangée entre professionnel·les. Cela contribuerait également à veiller à ce que la documentation médicale transmise aux patient·es soit compréhensible. Et ce également pour des populations avec des difficultés sociales et des compétences en littératie en santé hétérogènes.
Le double enjeu d’un outil structurant et structuré
Le Dossier électronique du patient doit répondre à un double enjeu : être un outil structuré et structurant. Il doit favoriser une organisation cohérente de l’information et disposer d’un niveau d’accessibilité approprié à la diversité de ses utilisateur·rices. Cela implique des efforts à la fois pour l’amélioration de l’accessibilité pour les patient·es et pour la formation (continue) des professionnel·les. L’équipe d’auteur·trices encourage ses collègues à entreprendre un travail systématique de création des guides d’utilisation du DEP adaptés à différentes trajectoires de soin et populations d’usager·ères.
Le DEP ne transformera pas les soins à lui seul. Accompagné d’outils pédagogiques et d’une vision partagée, il peut toutefois devenir le catalyseur d’une santé plus collaborative, inclusive, transparente et centrée sur les besoins des patient·es.
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Audrey Wampler et al., «Tirer profit du Dossier électronique du patient», REISO, Revue d'information sociale, publié le 23 mars 2026, https://www.reiso.org/document/15300