Travail domestique: le syndicat comme levier

Lundi 07.09.2026
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Valerii Honcharuk / AdobeStock

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Valerii Honcharuk / AdobeStock

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Une étude sur l’impact du COVD-19 auprès de travailleuses domestiques souligne le rôle du syndicat dans la transformation de l’isolement et de la précarité en action collective.

 Par Myrian Carbajal, professeure, et Emma Gauttier, collaboratrice scientifique, Haute école de travail social de Fribourg (HES-SO), et Christina Mittmasser, collaboratrice scientifique, Haute école de travail social de Genève (HES-SO)

Le travail domestique se caractérise par plusieurs formes de précarité : des emplois à temps partiel, des contrats flexibles, temporaires ou à durée déterminée, un accès limité, voire inexistant, aux structures de négociation collective, ainsi qu’un manque de protections et de droits. S’ajoutent à cela des conditions de travail dangereuses sur les plans psychologique et physique, de même qu’une stigmatisation sociale (Borges, 2024). Combinée à l’absence ou à l’instabilité d’un statut de séjour légal, cette précarité expose les personnes qui l’exercent à des situations de grande vulnérabilité.

Entre 2023 et 2026, des chercheuses des hautes écoles de travail social de Fribourg et Genève ont mené une étude sur l’impact du Covid-19 sur les formes d’agir développées par les travailleuses domestiques [1]. Parmi elles, celles qui ne possèdent pas de titre de séjour, ou celles bénéficiant de permis précaires (F, B ou régularisation récente), ont été les plus affectées par la pandémie. Cette exposition accrue s’explique notamment par des licenciements massifs, l’absence de protection sociale et le non-recours aux aides publiques (Carbajal et al., 2026). L’analyse souligne également le rôle essentiel d’organisations de la société civile, dont le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) à Genève. Celui-ci a soutenu un grand nombre de ces personnes face à des situations d’injustice liées au travail.

Créer la confiance avec les travailleuses domestiques

Le SIT, organisation syndicale, défend les intérêts des travailleur·euses domestiques à Genève. L’un de ses axes de militantisme porte sur l’accompagnement des travailleur·euses sans statut légal. Il les soutient dans la régularisation de leur statut de séjour et s’engage pour une réglementation protectrice dans les secteurs où ces personnes exercent, comme l’économie domestique [2].

Le SIT a créé des espaces d’écoute spécialement destinés aux travailleur·euses domestiques. Avant la pandémie de Covid-19, il organisait des réunions mensuelles pour ses membres. Le syndicat proposait aussi des permanences gratuites deux à trois fois par semaine, ouvertes aussi bien aux membres qu’aux non-membres. Leur adaptation à la réalité des travailleur·euses domestiques a contribué à établir des relations de confiance solides.

Lorsque la pandémie a débuté, ces liens préalables avec le syndicat ont apporté à un groupe de travailleuses domestiques des soutiens et des conseils en matière de droits du travail. Cette crise a en effet révélé avec force leurs conditions de travail déficientes. Une importante partie d’entre elles a été confrontée à une cessation soudaine d’activité, tandis que d’autres ont dû poursuivre leur travail même lorsque leurs employeur∙euses étaient atteint·es par le virus.

« Grâce aux diverses actions menées avec nos membres, comme la préparation de la grève féministe du 14 juin 2019 et l’opération Papyrus [3], nous avions mené un important travail de mobilisation, raconte Mirella Falco, secrétaire syndicale au SIT pour le secteur tertiaire privé [4]. Ces relations régulières nous ont beaucoup aidées durant le Covid-19. Nous avons pu les maintenir avec des réunions en visioconférence ou par téléphone. Nous avons ainsi renseigné les personnes sur leurs droits, parfois dans leur langue d’origine, et contribué au développement d’une communauté. »

Informer sur les droits et les conditions de travail

Durant la pandémie, ces travailleuses domestiques étaient confrontées à de nombreuses questions. Mirella Falco en rapporte quelques-unes, récurrentes : « Je me suis fait virer, je suis malade, que faire ? Est-ce que je peux être payée sans travailler ? » S’y ajoutaient « des interrogations basiques liées aux salaires ou aux vacances. »

Le SIT consacre une part substantielle de ses activités à la transmission d’informations élémentaires sur les droits du travail. Si l’employeur·euse ne respecte pas le contrat-type de travail, le syndicat lui écrit et l’invite à procéder au paiement des sommes dues. En cas de refus, le tribunal des prud’hommes est saisi. Cette situation comporte également des risques pour les personnes dépourvues de statut légal, qui s’exposent à une dénonciation de leur employeur∙euse. Mirella Falco souligne que « quand on est sans papiers, il est possible de réclamer ses droits. Mais on n’est pas à l’abri d’une dénonciation à la police. » En effet, si l’employeur∙euse fait l’objet d’une dénonciation, il·elle uniquement une amende. Le·la travailleur·euse s’expose en revanche à une décision de renvoi, une amende et une expulsion.

Dans un contexte marqué par la prévalence de l’informalité (Pignolo, 2023) et de l’absence de statut de séjour légal, les rumeurs, une peur généralisée et une prudence constante représentent des phénomènes récurrents (Carbajal, 2004). Dans ces conditions, l’accès à des informations fiables revêt une importance cruciale pour les personnes concernées. Nancy Aguirre, présidente du comité du SIT [5], indique que « dans ce domaine, il n’existe pas d’information provenant de l’État, ni de site, ni d’endroit où la trouver. C’est pourquoi le SIT s’est imposé comme un pilier pour ces personnes, car il leur donne accès à des renseignements et à une assistance. »

L’information sur les droits et l’amélioration des conditions de travail, notamment par les revendications relatives au contrat type, structurent l’action du SIT. L’organisation mène aussi une réflexion sur le travail domestique, en lien avec les enjeux féministes et migratoires. Elle a, par exemple, créé un sous-groupe de travailleuses qui participent à des mobilisations féministes.

Du contrat-type au dialogue social

L’équipe de recherche a analysé, conjointement avec Nancy Aguirre et Mirella Falco, les initiatives déployées au SIT de Genève pour promouvoir l’action collective et l’organisation des travailleuses domestiques. Il s’agissait de dégager des conseils pratiques transposables dans d’autres cantons et de favoriser le développement de pratiques exemplaires.

Nancy Aguirre et Mirella Falco ont tout d’abord précisé que le financement du SIT était reposait sur les cotisations de ses membres. En raison de la modicité des salaires des travailleuses, le montant des cotisations est proportionnel à leurs ressources économiques : « La cotisation minimale mensuelle est de 8.40 francs, mais elle peut atteindre 10 ou 15 francs », commente la présidente du comité du SIT.

Elles ont ensuite souligné l’importance de vérifier l’existence d’un contrat-type de travail cantonal ou, à défaut, de déterminer si le contrat-type fédéral peut servir de référence. Ce dernier présente une portée limitée : il ne s’applique qu’aux personnes travaillant plus de cinq heures par semaine chez un·e même employeur∙euse [6]. Cela exclut de fait les personnes qui cumulent les petits emplois.

Dans cette perspective, les deux spécialistes préconisent la mise en place d’un contrat-type à l’échelle cantonale. S’il existe déjà, il convient de l’adapter à la réalité des travailleuses domestiques. Enfin, des sessions d’information ciblées sur le contrat-type doivent préciser la portée des différentes clauses : « Qu’est-ce qui est prévu, qu’est-ce qui ne l’est pas ? La première chose, c’est l’information, affirme Mirella Falco. Puis vient la question des droits. »

En deuxième lieu, il s’agit d’identifier les interlocutrices et interlocuteurs et de créer un dialogue social avec les autorités. À Genève, la Communauté genevoise d’action syndicale joue un rôle central dans ce processus. Coalition d’organisations syndicales genevoises, elle se positionne comme le partenaire social de l’État. Elle adresse régulièrement à l’État des communications formelles portant notamment sur les revendications du SIT. Une telle organisation soutient l’organisation collective et porte les revendications syndicales dans la sphère politique : « Nous disons à nos membres qu’au nom de ce partenariat social, nous disposons d’un espace de négociation avec les autorités, résume Mirella Falco. Nos membres nous rapportent alors ce qui ne va pas sur le terrain. »

Pour finir, la confiance des travailleuses domestiques doit être gagnée avec la mise en place d’espaces de rencontre et l’organisation de séances d’information gratuites et adaptées. « Cela contribue à fidéliser les personnes », constate Nancy Aguirre.

De l’isolement à l’action collective

En adaptant ses cotisations aux moyens de chaque membre et en entretenant un lien de confiance, y compris durant la crise sanitaire, le SIT a favorisé le passage de l’isolement à l’action collective parmi les travailleuses domestiques. Cette démarche souligne le rôle de la solidarité et de l’écoute des travailleur∙euses dans l’instauration d’une réglementation plus juste, qui renforce la protection des personnes dont les parcours migratoires et professionnels sont marqués par la précarité.  

Bibliographie

[1] Plus d’informations : https://www.hets-fr.ch/fr/recherche-innovation/projets-de-recherche/hypervulnerability-and-agency/

[2] Source : https://sit-syndicat.ch/themes/migration/

[3] L’opération Papyrus est un projet mis en place en février 2017 par le canton de Genève et des associations et syndicats pour régulariser des personnes et des familles sans statut légal vivant et travaillant depuis de nombreuses années à Genève. Plus de 2000 personnes ont été régularisées, une part importante travaillant dans l’économie domestique. Sources : https://www.ge.ch/document/operation-papyrus-bilan-final-perspectives

[4] En plus de son témoignage, Mirella Falco a également contribué à la réflexion et à la relecture de cet article.

[5] En plus de son témoignage, Nancy Aguirre a également contribué à la réflexion et à la relecture de cet article.

[6] Source : https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Arbeit/Personenfreizugigkeit_Arbeitsbeziehungen/normalarbeitsvertraege/Normalarbeitsvertraege_Bund.html


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Comment citer cet article ?

Myrian Carbajal et al. «Travail domestique: le syndicat comme levier», REISO, Revue d'information sociale, publié le 7 septembre 2026, https://www.reiso.org/document/15967