Transferts de fonds: le dilemme des migrant·es

Lundi 16.03.2026
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Gérer un travail précaire tout en remboursant des dettes et en soutenant la famille restée au pays : de nombreuses personnes migrantes sont soumises à de lourdes responsabilités qui engendrent un stress important.

Par Tessa Vincent, étudiante, Master en travail social, Haute école de travail social et de la santé Lausanne (HES-SO)

Plus de 8'000 millions de francs : c’est le montant total des fonds transférés à leur pays d’origine par des migrant·es travaillant en Suisse en 2023. Ces envois, en constante augmentation [1], sont définis par l’Organisation internationale pour les migrations (2018) comme « un transfert de fonds privés effectué par un·e étranger·ère à destination d’une personne dans son pays d’origine ».

Il existe cependant encore des lacunes dans les données, car elles ne tiennent pas compte des flux financiers passant par des réseaux informels, tels que l’envoi via des proches se rendant dans le pays d’origine. L’ampleur réelle des sommes rapatriées à l’échelle internationale est sans doute supérieure aux estimations effectuées (McAuliffe et Oucho, 2024).

Un soutien essentiel pour les familles

Ces flux financiers représentent bien plus que de simples transactions économiques : il s’agit d’une source déterminante pour la survie de nombreuses familles transnationales (Bréant, 2013). Toutefois, les envois de fonds ne sont pas sans conséquences pour les personnes migrantes elles-mêmes : leur vie dans le pays d’accueil est en effet souvent marquée par des défis considérables, notamment celui de subvenir à leurs besoins tout en soutenant leurs proches à distance. Cette double pression complexifie la gestion de ces transferts financiers (Bréant, 2013). Il semble donc pertinent de se poser la question suivante : « Comment les transferts de fonds influencent-ils les conditions de vie des migrant·es ? »

Les propos de cet article, réalisé dans le cadre d’un module de Master en travail social, reposent sur la combinaison de littérature scientifique, des enseignements de la sociologue Caroline Henchoz [2] , ainsi que des apports tirés de la pratique professionnelle de l’autrice lors de sa formation pratique en tant qu’assistante sociale au sein d’une institution d’accueil des migrant·es en Suisse romande [3]. Certaines situations décrites concernent des bénéficiaires se trouvant en foyer dans cette institution. Si aucun entretien spécifique à ce travail n’a été conduit, des extraits d’entretiens recueillis dans le cadre du travail de Bachelor mené conjointement par l’autrice et une collègue ont été mobilisés. Ils portaient sur l’impact de la distance avec la famille et la culture d’origine sur les différentes sphères de vie d’un·e mineur·e non accompagné·e (MNA) en Suisse (Da Rold et Vincent, 2024).

Une double pression pour les migrant·es

Selon Henchoz et al. (2020), de nombreuses familles s’endettent et investissent toutes leurs économies pour permettre à l’un·e des membres de quitter le pays d’origine et accéder à de meilleures opportunités professionnelles. En effet, entre les frais de transport, de visa et d’installation, la migration implique des dépenses conséquentes que de nombreuses familles ne peuvent pas assumer directement. Lors d’un entretien mené par Da Rold et Vincent (2024), un éducateur en foyer pour MNA a précisé que « le coût d’un passeur pour arriver jusqu’en Suisse s’élève entre 5'000 et 10'000 francs, et le salaire moyen en Afghanistan tourne autour des 60 francs par mois. Ça signifie que les familles s’endettent énormément pour envoyer quelqu’un ici. » Les envois de fonds jouent donc un rôle crucial : ils servent d’abord à rembourser les dettes contractées pour financer le départ, puis à soutenir les familles dans les pays d’origine, en améliorant leur niveau de vie et en subvenant à des besoins essentiels, comme l’éducation ou la santé (Henchoz, 2024).

Le départ de la personne migrante représente également une perte de source de revenus pour les familles, car cela signifie un salaire de moins. Par conséquent, les migrant·es sont soumis·es à des attentes élevées (Henchoz et al., 2020). Une lourde pression sociale et psychologique peut être ressentie (Pécoud, 2013). Les propos recueillis lors d’un entretien avec une travailleuse sociale, également éducatrice en foyer pour MNA, le confirment : « En général, c’est un peu le jeune qui porte la survie de la famille ». Dans ces situations où les migrant·es sont poussé·es à quitter leur pays d’origine par leurs proches, la professionnelle ajoute que « c’est souvent eux·elles qui sont un peu perdu·es et qui sont le plus mal » : leur situation ne relève en effet pas de leur propre volonté et le poids des attentes familiales repose sur leurs épaules (Da Rold et Vincent, 2024).

Selon Ndiaye (2017), les comportements des migrant·es sont fondés sur des normes informelles associées aux coutumes et aux traditions de leur pays d’origine. Ils·elles doivent alors se comporter de manière « adéquate », c’est à-dire jouer le rôle qui est attendu d’eux·elles. Dans ce contexte, cela se traduit par subvenir aux besoins financiers de leurs proches. Cette attitude est renforcée par un sentiment diffus : celui d’une reconnaissance profonde liée à l’idée que le·la migrant·e ne pourra jamais en faire assez pour exprimer pleinement sa gratitude. Toutes ces émotions peuvent être difficiles à gérer pour les migrant·es, loin de leur famille. Ces propos récoltés auprès d’un jeune migrant lors d’un entretien mené par Da Rold et Vincent (2024) le confirment : « J’aime pas trop parler souvent avec [ma famille] parce que j’ai pas mal de problèmes ici. Et en rajoutant leurs problèmes, ça ne fait que me descendre. Et je ne peux pas qu’encaisser des problèmes. Eux, ils sont plusieurs, il y en a pas mal de ma famille qui sont là-bas. Mais celui qui est tout seul, qui risque tout, c’est moi. » (J., 24 ans, originaire de Somalie [4]).

Des privations au quotidien

Selon Dia et Lacan (2015), les migrant·es doivent naviguer entre des obligations économiques et sociales, à la fois de leur pays d’accueil et de leur pays d’origine. Ils·elles s’efforcent de concilier leur loyauté auprès de leur famille avec les attentes du pays d’accueil, souvent déconnectées de la réalité de leurs obligations. Dans les foyers de l’institution d’accueil des migrant·es romande, plusieurs bénéficiaires sont pris·es dans ces dynamiques. Par exemple, A., originaire d’Iran, empruntait régulièrement de l’argent à d’autres bénéficiaires du foyer. Il envoyait ensuite des sommes importantes à ses proches et il lui restait souvent très peu pour couvrir ses besoins jusqu’à la fin du mois. Cette attitude créait des tensions avec les autres bénéficiaires.

D’après Chort et Dia (2013), ces transferts d’argent peuvent représenter une charge financière lourde pour certain·es migrant·es. Ils·elles se trouvent contraint·es de vivre avec un budget serré au quotidien, se contentant du minimum vital. Les loisirs et les biens matériels sont mis de côté. Toutes leurs sphères sont impactées, telles que leur vie professionnelle, financière et même sociale. Des sorties permettant de développer leur réseau social sont souvent déclinées. Elles risquent en effet de conduire à des dépenses compromettant la capacité à rembourser leurs dettes (Henchoz et al., 2020).

Dans l’institution d’accueil précitée, il a été possible de constater que certain·es bénéficiaires avaient tendance à se priver, afin de donner davantage à leurs proches. C’est le cas par exemple de B., usager âgé avec une santé vulnérable, qui préférait envoyer la majorité de son assistance financière à sa famille. Il s’endettait ainsi en Suisse, se privait des plaisirs de la vie quotidienne et prenait soin de sa santé au minimum.

Selon les données récoltées par Henchoz et al. (2020), certain·es migrant·es envoyé·es en Suisse par leur famille ont tendance à saisir le premier travail qui leur est proposé, malgré des conditions précaires. Un entretien mené par Henchoz et ses collègues (2020) confirme que de nombreux individus ayant migré en Suisse priorisent le remboursement de leurs dettes. Comme témoigne M., 30 ans, originaire du Sri Lanka : « Ils·elles se trouvent des fois avec beaucoup de travail, sont exploité·es et n’arrivent pas à vivre correctement. Alors ils·elles sont ici à travailler comme des malades pour envoyer de l’argent. » Ces propos sont confirmés par Leconte (2021), qui souligne que les migrant·es, motivé·es à gagner de l’argent rapidement, se dirigent souvent vers des métiers ayant une forte demande.

Au-delà de l’aide financière qu’il apporte, cet argent permet de maintenir des liens sociaux avec les proches resté·es au pays. Ces relations sont précieuses, car elles renforcent l’estime de soi et le statut social des personnes migrantes : ces dernières occupent souvent une position moins favorable dans le pays d’accueil. Elles peuvent ainsi se sentir aussi bien valorisées que respectées par leurs apports à leur communauté d’origine (Dia et Lacan,2015). Ce « capital social et symbolique » apporte un équilibre à leur vie et un soutien moral (Dia et Lacan,2015). Ndiaye (2017) confirme que ces normes sociales sont intégrées et ne sont pas vécues comme pénibles pour les personnes s’y soumettant.

Soutenir les migrant·es en tenant compte de leurs réalités

Les transferts de fonds influencent profondément les conditions de vie des migrant·es en Suisse et révèlent une contradiction : bien qu’ils permettent de renforcer leur estime de soi, de maintenir des liens sociaux à distance (Chort et Dia, 2013) et d’améliorer les conditions de vie des proches resté·es au pays (Henchoz et al., 2020), ces envois s’accompagnent souvent de sacrifices personnels. Entre pressions sociales, financières et privations, les migrant·es tentent de concilier leurs propres besoins avec ceux de leur famille, souvent au péril de leur santé. Certain·es acceptent même des emplois précaires, priorisant le fait de gagner rapidement de l’argent (Leconte, 2021). Néanmoins, maintenir un équilibre entre ces responsabilités et leurs priorités reste un défi quotidien. Ce dilemme invite à réfléchir : comment soutenir davantage les personnes migrantes en tenant compte de leur réalité ? Trouver des solutions équilibrant ces enjeux permettrait de renforcer l’impact positif des envois de fonds, en réduisant les sacrifices des migrant·es.

Bibliographie

[1] Office fédéral de la statistique, 2024.

[2] Caroline Henchoz est professeure à la Haute école de travail social et de la santé Lausanne.

[3] Institution vaudoise soutenant les requérant·e×s d’asile ayant demandé une protection à la Suisse.

[4] Les données personnelles ont été modifiées afin de préserver l’anonymat des bénéficiaires.

Comment citer cet article ?

Tessa Vincent, «Transferts de fonds: le dilemme des migrant·es», REISO, Revue d'information sociale, publié le 16 mars 2026, https://www.reiso.org/document/15198