Accompagner des victimes d’exploitation: enjeux

Lundi 02.02.2026
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Précarité des statuts, injonction à l’autonomie financière et dévalorisation des compétences «féminisées»: l’accompagnement social des femmes victimes d’exploitation doit faire face à de multiples enjeux.

Par Annika Monney, assistante HES, Haute école de travail social et de la santé, Lausanne (HES-SO)

Cet article est le deuxième d’une série de publications issue de la journée scientifique du domaine Travail social de la HES-SO « Genre et travail social : place à la relève », qui s’est déroulée en février 2025 à la HETSL. L’objectif de cette journée était de mettre en valeur la diversité et la richesse des contributions des jeunes chercheur·euse·x·s des Hautes écoles de travail social, tout en dressant un état des lieux des inégalités, représentations et stéréotypes liés au genre dans le champ du travail social contemporain.

Déjà paru :

Depuis 2015, le nombre de victimes de traite des êtres humains (TEH) détecté augmente dans le canton de Vaud. En 2023, l’Association de soutien aux victimes de traite et d’exploitation (ASTRÉE) [1] a accompagné 118 personnes victimes d’exploitation, contre 18 en 2015 (ASTRÉE, 2024, p.12). Malgré la diversité des profils et l’augmentation des détections d’hommes victimes d’exploitation, la majorité des suivis concernent des femmes en mobilité avec un statut légal qui dépend de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI) (ASTRÉE, 2024, pp. 12-13).

monney graphiques victimes traite astree 400Astrée, 2024, p. 12

Ces éléments témoignent de rapports de domination de genre et de race dans les situations de TEH. Ces rapports de pouvoir sont intersectionnels, l’intersectionnalité désignant la manière dont différentes catégories sociales, comme le genre, la classe ou la race interagissent entre elles et créent des vécus divers de discriminations (Crenshaw, 2013). Ces vulnérabilités multiples s’observent chez toutes les femmes rencontrées dans le cadre d’une étude qualitative menée entre 2023 et 2024 [2]. Les catégories sociales de genre et de race, amenant des oppressions et enjeux spécifiques, sont à prendre en compte dans l’accompagnement social des femmes victimes de TEH.

Catégories sociales de genre et de race

Les termes « homme » et « femme » sont compris ici comme des catégories socialement construites. Le concept de genre a comme but de visibiliser diverses discriminations subies en tant que femmes victimes de traite des êtres humains (TEH) et le terme de race de visibiliser les discriminations spécifiques subies par les personnes racisées. Comme l’écrit Lao (2023), « la race est […] la conséquence d’un rapport de domination, le produit d’une racialisation, une construction sociale » qui produit des expériences différenciées (p.17).

Regards croisés : professionnelles et femmes concernées

Afin de visibiliser des discriminations spécifiques subies, cette étude prend en compte les vécus de personnes accompagnées en tant que victimes de TEH et se base sur la standpoint theory (Harding, 2013), méthodologie épistémologique féministe soulignant l’importance d’intégrer les expériences et points de vue des groupes marginalisés et invisibilisés dans la production des savoirs. Cet article analyse quelques ressources et limites de l’accompagnement des victimes de TEH dans le canton de Vaud, mettant en avant les effets du cadre légal et les vulnérabilités engendrées.

Des limites de l’accompagnement

Politiques migratoires et statuts de séjour

En Suisse, les victimes d’exploitation ont principalement accès à des permis de séjour instables et de courte durée. Elles peuvent par exemple obtenir un permis de séjour temporaire en lien avec la procédure pénale, à condition de dénoncer les auteur·trices de l’exploitation subie. La voie d’asile est aussi possible, mais peu mobilisée car la TEH ne constitue pas un motif d’asile en Suisse (Kokollari & Schmid, 2023).

Les victimes de TEH peuvent également déposer une demande fondée sur la Loi sur les étrangers et l’intégration (LEI), qui prévoit la possibilité d’octroyer une autorisation de séjour en raison d’une « situation personnelle d’extrême gravité ». Cette procédure, couramment utilisée pour les personnes victimes de TEH, repose, notamment, sur la vraisemblance de l’exploitation subie et sur des conditions « d’intégration » spécifiques. Ces permis de séjour sont en principe valables un an et renouvelés uniquement sous condition d’avoir un contrat de travail.

Un emploi stable est donc un facteur déterminant. Ainsi, seules les « victimes prometteuses » (Chauvin et al., 2021), soit celles « utiles » à l’économie du pays, peuvent rester vivre sur le territoire et accéder à un permis de séjour. La « bonne victime » est celle « qui travaille ou qui reste occupée par des activités multiples » (Jakšić, 2013, p. 207). Cette « injonction à la performance économique dans la construction de la légitimité migratoire » (Chauvin et al., 2021, p.160) révèle une vision utilitariste des politiques de mobilité humaine qui contrôlent les activités des victimes de TEH et mènent à des discriminations spécifiques liées aux parcours migratoires.

Autonomie financière : des injonctions inaccessibles

Ce cadre légal imposant une autonomie financière accentue diverses vulnérabilités. Les permis de courte durée entravent l’accès à des formations longues ou à des emplois valorisés. Les politiques migratoires incitent les personnes concernées à accepter des emplois précaires (Chauvin et al., 2021). Les personnes accompagnées « se retrouvent à travailler toujours dans les mêmes secteurs : nettoyage, soins et cuisine » (Kokollari & Schmid, 2023, p.16). Les compétences pour exercer ces métiers, perçues comme « naturellement féminines », justifient des bas salaires et déqualifient ces emplois (Dauphin & Perrier, 2022, p.235).

Toutes les femmes concernées rencontrées sont employées de ménage, un emploi féminisé, peu rémunéré et valorisé, recréant des situations de vulnérabilité. Par exemple, Juliane [3], femme accompagnée à ASTRÉE et employée de ménage, exprime son anxiété liée à sa situation financière : « je ne m’en sors pas bien parce que je reçois mon argent, mais je paie pour tout, pour le réseau, tout ça, et après il n’y a plus rien. [...] C’est ça la chose qui me casse la tête tout le temps : les factures ». La situation financière des femmes anciennement victimes de TEH reste donc précaire.

Dans ce contexte où l’autonomie financière conditionne l’obtention d’un permis de séjour, l’accès à des formations qualifiantes et à des emplois valorisés devient un enjeu central des accompagnements. Toutefois, l’accès à un emploi valorisé reste complexe, demandant une formation reconnue. Même avec un diplôme ou de l’expérience professionnelle, les femmes anciennement victimes de TEH voient leurs compétences dévalorisées (Restrepo, 2017). Les femmes concernées restent ainsi cantonnées à des salaires précaires. Revaloriser les métiers dits « féminisés », typiquement pratiqués par des personnes racisées ou en mobilité, auxquels les femmes victimes de TEH ont accès, constitue donc un levier essentiel.

Accompagnement social : ressources et leviers

Sororité et lien social

Selon les femmes accompagnées à ASTRÉE, rencontrer des pair·es favorise l’écoute et l’entraide. Cette sororité, qui « souligne l’importance de la solidarité des femmes entre elles pour leur émancipation » (Le Quentrec, 2013, p.64), contribue à rendre visible des exemples concrets d’émancipation et à ouvrir de nouvelles perspectives après avoir été victime de TEH.

Toutes les personnes concernées rencontrées exposent des exemples d’autres femmes de l’association qui leur ont prodigué des conseils pour effectuer des cours de langue, de calculs ou d’informatique, trouver des stages ou un travail rémunéré. La création de liens sociaux donne donc accès à diverses connaissances et à un soutien pour « s’en sortir », comme le dit Noémie [4], femme accompagnée à ASTRÉE. La sororité semble ainsi primordiale pour gagner en stabilité et pour se sentir moins seule.

Travail social et care : une double importance

Au-delà de l’entraide entre pair·es, les femmes accompagnées rencontrées soulignent l’importance de l’accompagnement social : offre de formations, suivi psychologique, administratif et juridique lors du dépôt de plainte ou de demandes de permis de séjour, accès aux activités de loisirs, au soutien, à l’écoute et à la réassurance des professionnel·les, notamment lors des audiences pénales.

Juliane expose par exemple que « le jour du jugement, ce n’était pas facile. On doit réfléchir à tout ce qu’on a vécu, on doit parler de tout ça et ça c’était vraiment dur. Mais à la fin j’ai réussi à tout dire. ASTRÉE est toujours là avec moi pour me calmer ». Ces compétences de soutien ou de réassurance s’apparentent aux « compétences de care » (Dauphin & Perrier, 2022, p.226). Ce travail, essentiel selon les femmes concernées rencontrées, reste néanmoins peu reconnu. Valoriser le travail de care et reconnaître son apport aux suivis est donc nécessaire (Dauphin et Perrier, 2022). Cela contribuerait à la valorisation du travail social et à la prise en compte des besoins énoncés par les victimes d’exploitation rencontrées.

Finalement, intégrer une approche intersectionnelle considérant a minima les enjeux de genre, de classe et de race dans les pratiques du travail social renforcerait la visibilité de la pluralité des discriminations subies en tant que femmes victimes de TEH et orienterait le suivi vers des droits et des réponses ajustées aux formes d’oppressions subies.

Références

Association de soutien aux victimes de traite et d’exploitation. (ASTRÉE). (2024). Rapport d’activité 2023. ASTRÉE : Lausanne.

Chauvin, S., Le Courant, S., & Tourette, L. (2021). Le travail de l’irrégularité. Les migrant·e·s sans papiers et l’économie morale de l’emploi. Revue européenne des migrations internationales, 37(1-2), 139-161. 

Crenshaw, K. (2013). Demarginalizing the intersection of race and sex: A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics. In Feminist legal theories (pp. 23-51). Routledge.

Dauphin, S. & Perrier, G. (2022). Les politiques sociales au prisme du genre. In : Giraud éd., Politiques sociales : l’état des savoirs (pp. 221-238). La Découverte. 

Harding, S. (2013). Rethinking standpoint epistemology: What is “strong objectivity”?. In Feminist epistemologies (pp. 49-82). Routledge.

Jakšić, M. (2013). Le mérite et le besoin : Critères de justice et contraintes institutionnelles des associations d’aide aux victimes de la traite. Terrains & travaux, 22, 201-216. 

Kokollari, M. & Schmid, A. (2023, avril). Rapport alternatif sur la mise en œuvre de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains en Suisse. Plateforme Traite. 

Le Quentrec, Y. (2013). Militer dans un syndicat féminisé : la sororité comme ressource. Travail, genre et sociétés, 30, 53-72. 

Lao, F. (2023). Décolonisons-nous. Éditions Jean-Claude Lattès.

Restrepo, R. (2017). Témoignage | « Femmes migrantes qualifiées et gaspillage de compétences. Mon propre parcours » par Rocio Restrepo. Vivre ensemble, 162, Bulletin de liaison pour la défense du droit d’asile.

[1] Dans le canton de Vaud, ASTRÉE accompagne les victimes de traite des TEH depuis 2015. Elle offre un hébergement sûr, un accompagnement médical, social, psychologique, administratif et juridique. L’association se bat également pour améliorer les normes de protection des victimes en sensibilisant le grand public et différents corps de métiers concernés (ASTRÉE, 2024). ASTRÉE collabore ainsi avec diverses institutions, dont le Centre social d’intégration des réfugiés (CSIR), avec lequel un accord de collaboration a été signé pour renforcer l’accompagnement des victimes de traite dans leurs recherches d’emploi et de logement après ASTRÉE (ASTRÉE, 2024). Le CSIR octroie également des prestations financières du revenu d’insertion pour les personnes en recherche d’emploi.

[2]  L’article est basé sur le travail de Master d’Annika Monney « Les ressources et les limites de l’accompagnement des personnes victimes d’exploitation sexuelle dans le canton de Vaud : regards croisés entre pratiques professionnelles et expériences vécues », Kuehni Morgane, 2024, 93 pages, disponible sur https://sonar.ch/hesso/documents/328491. L’étude s’est centrée sur une revue de la littérature sur l’accompagnement en travail social et la TEH, ainsi que sur sept entretiens semi-directifs menés auprès de personnes concernées accompagnées en tant que victimes de TEH (N=3) et de professionnelles (N=4) officiant dans deux institutions actives dans l’accompagnement de ces personnes : ASTRÉE et le CSIR.

[3] Prénom d’emprunt

[4] Prénom d’emprunt


 Lire également :

Comment citer cet article ?

Annika Monney, «Accompagner des victimes d’exploitation: enjeux», REISO, Revue d'information sociale, publié le 2 février 2026, https://www.reiso.org/document/15114