Parler d’argent pour prévenir le surendettement

Jeudi 21.05.2026
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Prévenir le surendettement ne consiste pas uniquement à transmettre des compétences budgétaires. Ces démarches invitent aussi les professionnel·les à interroger leur posture, leurs normes et leur rapport aux inégalités sociales.

Par Alev Ucar et Christine Dupertuis, travailleuses sociales, Jet Service, CSP Vaud

Travail social et éducation financière

L’éducation financière des jeunes est en lien avec des enjeux importants en termes d’inclusion, d’égalité des chances ou de socialisation économique. Dans ce domaine, les professionnel·les du travail social se doivent aussi de réfléchir à leurs pratiques, à leur propre rapport à l’argent, tout en s’adaptant aux besoins actuels des jeunes. REISO publie une série de trois articles sur cette thématique : celui-ci, le premier aborde le sujet des actions préventives visant la gestion du budget et de l’argent destinées aux jeunes. Le second, «Vous avez du travail pour nous ?», se concentre sur les petits jobs proposés dans les centres socioculturels, qui peuvent stimuler la socialisation économique. Enfin, « Jeunes vulnérables et argent en ligne » explore la question de savoir si internet renforce les inégalités, notamment en termes d’accès aux services financiers, aux emplois ou à la consommation. Les trois articles de cette série sont issus du colloque « « Jeunes et argent : enjeux et défis pour l’intervention sociale », qui s’est déroulé à la HETSL le 21 mai 2025.

À l’entrée dans l’âge adulte, les questions d’argent occupent une place centrale dans le quotidien de nombreux·ses jeunes. Bourses d’études ou d’apprentissage, financement d’une formation, difficultés financières : ces problématiques reviennent régulièrement dans les permanences du Service social Jeunes du Centre social protestant (CSP) Vaud, Jet Service. Destiné aux 16-25 ans ainsi qu’aux personnes en formation, ce dispositif propose un accompagnement social et sociojuridique sous forme de consultations individuelles et de permanences, assurées en tandems interprofessionnels — travail social et juridique — dans différentes régions du canton.

Cet appui s’inscrit dans une perspective de justice sociale. Il vise à soutenir l’accès aux dispositifs sociaux — bourses d’études et d’apprentissage, subsides d’assurance-maladie, rentes et prestations complémentaires pour les familles — ainsi qu’à défendre les droits des jeunes dans leurs premières démarches administratives.

Dans le cadre de l’appui social, le budget représente un outil fréquemment utilisé. Il permet une vue d’ensemble de l’argent à disposition, de calculer les droits aux dispositifs sociaux, de planifier la gestion financière pour poursuivre et achever la formation dans de bonnes conditions, de stopper les dettes et de les éviter.

Depuis 2007, en collaboration avec le Service social polyvalent du CSP Vaud (spécialiste de la gestion des dettes et du désendettement pour un public adulte) et sur mandat de l’État de Vaud, une action préventive est développée à destination des jeunes [1]. Elle s’inscrit en milieu scolaire, soit dans les écoles professionnelles et de métiers, les gymnases, les hautes écoles spécialisées, les écoles de la transition ou l’école obligatoire. Elle se déploie également hors milieu scolaire dans les centres de jeunesse, les communes vaudoises et via les plateformes Ciao.ch pour les 11-20 ans et Ontecoute.ch pour les 18-25 ans [2].

Une prévention qui s’adresse à trois publics

La prévention du surendettement s’adresse à tous les jeunes sans distinction, qu’ils·elles rencontrent des difficultés ou non : il s’agit de prévention primaire. Avec des ateliers interactifs, elle apporte informations et connaissances pratiques sur le budget, la consommation, le coût de la vie en appartement, les impôts ou les crédits. Elle vise également à développer l’esprit critique et la connaissance de son propre rapport à l’argent à travers l’échange et la discussion. Enfin, la possibilité pour les jeunes d’accéder à un service d’aide comme le CSP Vaud en cas de besoin constitue un élément rassurant.

La prévention s’adresse également au public professionnel qui entoure les jeunes : corps enseignant, équipe d’animation, intervenant·es sociaux·ales. S’il le souhaite, celui-ci peut reprendre la démarche et les outils dans une optique de démultiplication. Cette reprise est accompagnée d’une formation de sensibilisation sur la posture professionnelle et le rapport à l’argent.

Le troisième public de l’action de prévention sont les instances cantonales qui pilotent et financent les programmes de prévention. En effet, des causes structurelles peuvent engendrer des retards de paiement et des dettes. Elles relèvent de plusieurs ordres : par exemple, de l’accès difficile aux dispositifs sociaux en raison de leur complexité, de la fracture numérique, ou encore de logiques administratives. On peut aussi citer les retards dans l’octroi des aides, surtout pour les bourses d’études et d’apprentissage et les subsides d’assurance-maladie. Dans des cas plus délicats, une « maltraitance » administrative peut produire de la phobie et du non-recours. Les problèmes rencontrés dans la pratique peuvent ainsi être communiqués aux instances cantonales.

Des outils conçus pour ouvrir le débat

Les outils utilisés dans le cadre de cette action préventive ont été créés [3] à partir des constats des deux services du CSP Vaud dans le cadre du travail social curatif. Ainsi, des moments-charnière comme la décohabitation, avec un premier salaire après le diplôme, sont mis en scène dans les « Histoires d’argent de Sam, Axel et Rafaela », utilisées dans le post-obligatoire. L’assurance-maladie et les impôts sont abordés à travers la présentation du budget d’un personnage fictif, tout comme les contrats (fitness, leasing), le crédit et les nouvelles pratiques de paiement et d’usage de l’argent.

Ce matériel a été conçu pour être accessible aux différents publics en termes de niveau de scolarité, d’âge ou de maîtrise du français (pas de ciblage). Il a parfois été co-construit avec d’autres professionnel·les ainsi qu’avec des jeunes.

Certains outils sont destinés à ouvrir le débat et à provoquer une réflexion sur son propre rapport à l’argent. C’est notamment le cas de l’exercice « Besoins et envies », utilisé dans les dernières années de la scolarité obligatoire. Mené en groupe d’une dizaine d’élèves, il consiste à classer des cartes représentant des objets de la vie quotidienne selon qu’il s’agit d’un besoin ou d’une envie. Il conduit à une discussion entre élèves sur les choix en matière de consommation.

D’autres exercices permettent l’émergence de l’intimité et des émotions : par exemple, les récits des huit jeunes du film « Cache Cash », qui témoignent de leur manière de faire avec l’argent. Ce média, utilisé dans le cursus post-obligatoire, permet d’aborder des mécanismes plus globaux concernant chacun·e, et de traiter des inégalités entre individus, de classe, de genre, et des rapports de domination.

De nombreux autres outils privilégient la collaboration entre jeunes, comme celui utilisé dans les classes de transition avec des élèves allophones. Dans cet exercice, les élèves doivent imaginer les dépenses d’un·e jeune ayant terminé sa formation et s’installant en appartement. Les dépenses liées à cette décohabitation font l’objet de discussions et d’échange de pratiques entre jeunes.

Posture professionnelle pour parler d’argent

Aborder les questions d’argent nécessite un important travail de questionnement sur la posture professionnelle à adopter, tant dans le cadre de l’action préventive que dans celui de l’action curative. En effet, parler d’argent, de ce qu’il représente et de la manière dont il est dépensé, est loin d’être cantonné à la relation d’accompagnement. La chercheuse Ana Perrin-Heredia rappelle qu’en tant qu’« agents de socialisation économique » [4], les professionnel·les peuvent reproduire, même avec bienveillance, un discours économique dominant qui gratifie les « bon·nes gestionnaires » — celles et ceux qui savent prioriser et hiérarchiser leurs dépenses —, et dévalorise les « mauvais·es gestionnaires » — dont les choix seraient qualifiés d’économiquement irrationnels.

Les personnes précaires ou pauvres adoptent des choix et des stratégies budgétaires qui possèdent leur propre rationalité du fait de privations chroniques, même s’ils ne font pas l’objet d’approbation collective. Ana Perrin-Heredia souligne la confrontation entre la façon dont les contraintes budgétaires et sociales pèsent sur leurs décisions d’économie domestique [5] et les logiques des professionnel·les qui les accompagnent. Cette opposition occulterait « les effets des structures sociales sur les préférences des consommateurs ». Et ce d’autant qu’il est plus facile d’agir sur les comportements des personnes que de changer les dispositifs administratifs et juridiques.

Or, les personnes qui font face à des difficultés sont différemment impactées selon leur socialisation économique et leur appartenance à une classe sociale donnée. Un imprévu financier n’est pas absorbé de la même manière par une personne qui dispose d’économies ou d’un entourage prompt à l’aider, que par une personne qui n’en a pas. Les effets d’un « accident de parcours » comme la perte d’un emploi ne seront pas non plus les mêmes. Ainsi, le rapport à l’argent est une construction sociale, issue en partie de la socialisation économique porteuse de valeurs, de savoirs et de compétences inégalement réparties. Les professionnel·les du travail social n’y échappent pas. Le rapport à l’argent et son usage défient aussi leur propre système de valeurs et de représentations.

Ce contexte conduit à porter une attention particulière au rapport à l’argent en général et à l’outil budget en particulier. Il s’agit également de se questionner sans cesse sur la posture professionnelle. Le budget ne représente pas seulement un instrument neutre et technique, il peut aussi être considéré comme hautement politique : il cristallise les biais moraux ainsi que les comportements jugés répréhensibles et non répréhensibles dans la gestion du budget et du rapport à l’argent. Il occulte de plus un élément fondamental, celui des effets des structures sociales et économiques qui pèsent sur les individus et qui orientent les logiques de consommation et de gestion du budget.

Travailler sa posture professionnelle lorsqu’il est question d’accompagner des jeunes consiste à la fois à viser la libération de la parole sur les questions d’argent et à comprendre comment les personnes sont amenées à faire leurs choix ou leurs non-choix. Mais il s’agit aussi de s’indigner des salaires trop bas, des métiers dévalorisés et pourtant essentiels à la population comme le care, de la situation des working poors, des difficultés d’accès à la formation, voire à la formation supérieure, ou encore des dispositifs législatifs et administratifs contraignants qui pèsent sur les individus. Dans cet objectif, la littérature sociologique et le Code de déontologie du travail social suisse constituent des supports intéressants pour problématiser les enjeux évoqués dans cet article.

Bibliographie

  • Perrin-Heredia, A., Le « choix » en économie, le cas des consommateurs pauvres, Actes de la recherche en sciences sociales, numéro 199, p. 46-67, 2013/4.

Sites internet

[1] Programme Parlons Cash

[2] Voir le site Ciao.ch, pages « Argent » pour les 11-20 ans, et Ontecoute.ch, pages « Argent et Administratif » pour les 18-25 ans.

[3] En classe, les ateliers sont conformes au Plan d’études romand, et l’animation des ateliers par des professionnel·les du travail social est basée sur le Code de déontologie du travail social en suisse (Avenir social).

[4] Ana Perrin-Heredia, Le « choix » en économie, le cas des consommateurs pauvres, Actes de la recherche en sciences sociales, numéro 199, p. 46-67, 2013/4

[5] Ana Perrin-Heredia, idem, p. 48


 Lire également :

Comment citer cet article ?

Alev Ucar et Christine Dupertuis, «Parler d’argent pour prévenir le surendettement», REISO, Revue d'information sociale, publié le 21 mai 2026, https://www.reiso.org/document/15592