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«Nous voulons éviter une logique de sélection des publics»

Vendredi 26.06.2026

Depuis deux décennies, c'est davantage le contexte de vie que les besoins des jeunes qui a évolué. Directrice de REPER qui fête ses 20 ans, Béatrice Kaeser confirme que l'accompagnement doit aujourd'hui composer avec des réalités toujours plus imbriquées.

(REISO) Quels changements majeurs avez-vous observés dans les besoins des jeunes en vingt ans ?

actualite kaeser beatrice 2026 reiso 170Béatrice Kaeser © REPER(Béatrice Kaeser, directrice) Les besoins fondamentaux des jeunes restent globalement les mêmes : être écouté·es, soutenu·es et trouver leur place dans la société. En revanche, ce que nous observons, c’est une évolution du contexte, avec davantage d’incertitudes et de pression dans leurs parcours. Les enjeux liés à l’avenir, à la formation, à l’accès au logement ou encore aux transformations rapides de la société — notamment avec l’omniprésence des médias numériques et l’essor de l’intelligence artificielle — influencent davantage leur quotidien. La période de la pandémie de Covid-19 a également marqué un tournant, avec une augmentation des fragilités, en particulier en matière de santé mentale. Ces évolutions concernent aussi les adultes qui entourent les jeunes — parents, professionnel·les, enseignant·es — dont les besoins d’accompagnement se sont accrus, notamment face aux enjeux liés aux médias numériques.

Comment votre travail de terrain a-t-il évolué face à la complexification de ces problématiques sociales ?

Notre présence sur le terrain nous permet d’observer l’évolution des réalités vécues par les publics que nous accompagnons et d’ajuster nos pratiques. Les problématiques sont souvent plus complexes et davantage liées entre elles : santé mentale, isolement, précarité, difficultés familiales, scolaires ou professionnelles. Face à ces évolutions, notre travail consiste à rester au plus près des publics, à identifier rapidement les besoins qui émergent et à construire des réponses adaptées. Cela demande de la souplesse, de la créativité et un dialogue constant avec les publics concernés et les partenaires.

Quelles sont aujourd’hui les principales limites rencontrées par les professionnel·les ?

Une limite importante reste le manque de ressources, alors que les besoins augmentent et se complexifient. Les financements ne suffisent pas toujours pour renforcer suffisamment les actions de prévention et d’accompagnement.

Comment articulez-vous votre mandat institutionnel avec une posture critique sur les politiques publiques ?

Nous nous inscrivons pleinement dans notre mandat institutionnel, tout en restant attentifs aux réalités du terrain. Notre rôle est aussi de faire remonter les besoins et les difficultés observés, de manière constructive et en dialogue avec les partenaires ainsi que les autorités cantonales et communales. Il s’agit moins d’adopter une posture critique que de contribuer, par notre expérience, à l’amélioration continue des dispositifs existants.

Quels publics restent aujourd’hui insuffisamment atteints par vos actions ?

Il ne s’agit pas forcément d’identifier un public unique qui serait insuffisamment atteint, mais plutôt de constater que les besoins évoluent, se renforcent et se diversifient. Nous observons notamment davantage de situations complexes chez des jeunes en rupture, en transition ou confrontés à des difficultés de consommation, de santé mentale, de formation ou d’insertion socio-professionnelle. Ces réalités demandent une grande capacité d’adaptation, ainsi qu’un travail en lien étroit avec les publics concernés, les partenaires et les autorités. L’enjeu est donc moins de toucher « plus » de publics que de pouvoir répondre de manière adéquate à des besoins de plus en plus variés et exigeants.

Au-delà de la communication, quels objectifs concrets poursuit votre campagne anniversaire ?

Au-delà de valoriser 20 ans d’actions sur le terrain, cette campagne vise à renforcer la reconnaissance du travail réalisé et à rappeler que la mission de REPER reste essentielle, aujourd’hui comme pour les années à venir. Elle permet également de mettre en lumière les réalités du terrain, de sensibiliser aux enjeux actuels et de soutenir la pérennité des prestations. Le moment festif prévu le 20 novembre, à Fri-Son, sera aussi l’occasion de réunir les publics, les partenaires, les institutions et les personnes qui ont accompagné REPER au fil des années, afin de célébrer ce chemin parcouru et de les remercier.

Comment évaluez-vous l’impact réel de vos interventions ?

Nous l’évaluons à plusieurs niveaux, chaque prestation ayant défini ses propres modalités d’évaluation en fonction de sa nature : rapports d’activité, données statistiques, retours des bénéficiaires, des partenaires et des mandants, ainsi qu’évaluations menées dans le cadre de certains projets. Au-delà des chiffres, l’impact se mesure aussi dans l’évolution des parcours, le maintien du lien, la participation des publics et la capacité à répondre aux besoins du terrain.

Quels défis prioritaires identifiez-vous pour les prochaines années dans le travail social auprès des jeunes ?

Les défis sont multiples : faire face à une augmentation des besoins dans un contexte de ressources limitées, maintenir des actions de prévention et d’accompagnement de qualité, et éviter une logique de sélection des publics faute de moyens. Il s’agit également de continuer à s’adapter à des réalités en évolution rapide et de garantir la pérennité des prestations, dans un contexte financier et social incertain.

(Propos recueillis par Céline Rochat)