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Âgisme: le terreau invisible des violences envers les aîné·es

Lundi 15.06.2026

En Suisse, jusqu'à 500'000 personnes de plus de 60 ans sont chaque année victimes de violences ou de négligence. En cause? L’âgisme, cette discrimination basée sur l’âge souvent banalisée et sous-déclarée.

actualite agisme 2026 reiso 400© Jsme MILA / Pexels

À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, ce 15 juin, les regards se tournent vers une réalité suisse aussi massive qu’invisible. Une communication du Conseil fédéral publiée en mars 2026 le confirmait déjà : selon les estimations de référence, entre 300 000 et 500 000 personnes de 60 ans et plus sont chaque année victimes de violences ou de négligence [1]. Si le rapport officiel détaille l’ampleur du phénomène, les spécialistes du secteur soulignent qu’un facteur central demeure encore sous-estimé dans les politiques publiques : l’âgisme, soit les discriminations basées sur l’âge.

Une discrimination répandue et banalisée

Loin d’être marginal, l’âgisme touche une large part de la population. Les données disponibles indiquent que près de trois personnes sur dix en Suisse déclarent avoir déjà subi une discrimination liée à l’âge. Dans le domaine des soins, la perception d’injustice est encore plus marquée : plus de 30% des personnes de plus de 70 ans estiment ne pas être traitées équitablement en raison de leur âge.

Souvent banalisé, l’âgisme s’exprime par des attitudes apparemment anodines, telles que l’infantilisation, la mise à l’écart ou la prise de décisions à la place des personnes âgées. Pourtant, ses effets sont bien réels. Cette discrimination contribue à fragiliser les personnes concernées et à limiter leur accès aux droits.

Quand l’âgisme favorise la violence

Les liens entre âgisme et violence sont étroits. En dévalorisant les personnes âgées, cette discrimination crée un terrain propice aux abus : négligence, humiliations, pressions ou contrôle excessif. La majorité des violences survient dans des relations proches, que ce soit au sein de la famille, de l’entourage ou dans les structures de soins, et reste largement sous-déclarée. La honte, la dépendance ou la peur empêchent souvent les victimes de parler, rendant cette réalité encore largement invisible.

Un dispositif spécialisé face au sous-signalement

Créé en 2022 pour répondre à ces enjeux, le Centre de compétence national Vieillesse sans Violence constitue le principal dispositif spécialisé en Suisse. Sa permanence a recensé 357 situations de violences en 2025. Ce chiffre, bien que concret, illustre surtout l’ampleur du sous-signalement, la majorité des cas ne parvenant jamais aux autorités.

La question de l’âgisme progresse désormais sur le plan politique et sociétal. Une pétition de la FARES/VASOS alerte sur l’absence de cadre clair contre les discriminations liées à l’âge en Suisse. En parallèle, la Confédération a lancé en mars 2026 le programme « Prévenir la violence sur les personnes âgées » (2026–2030), visant à renforcer la prévention et la sensibilisation.

Avec le vieillissement de la population, cette question revêt une importance croissante pour l’ensemble de la société. Réduire la violence envers les personnes âgées implique de reconnaître et de combattre l’âgisme. Le renforcement de la sensibilisation et de l’écoute apparaît comme une condition essentielle pour garantir le respect, la dignité et les droits des aîné·es en Suisse.

(Source : communiqué de presse)

[1] https://www.bsv.admin.ch/fr/vieillesse-sans-violence